Facebook à l’aube d’une nouvelle ère

Cette semaine, Facebook a déposé son dossier d’introduction en bourse auprès de la SEC, avec une levée des fonds estimée à 5 milliards de dollars. Une entrée en bourse qui s’annonce exceptionnelle mais qui soulève néanmoins quelques questions. Facebook vaut-il réellement les 100 milliards de valorisation annoncés ? Qu’en est-il de la situation actuelle du réseau social ? Faut-il investir dans l’entreprise ? S’agit-il d’un placement à risque ? La société a-t-elle toujours un avenir radieux devant-elle ? Autant de questions auxquelles nous tenterons de répondre dans ce dossier.

Facebook se lance en bourse

Nous vous l’annoncions plus tôt dans la semaine, Facebook a déposé son dossier d’introduction en bourse auprès de la SEC (Securities Exchanges Commission). La société espère lever un minimum de 5 milliards de dollars pour se lancer en bourse, ce qui pourrait lui offrir une capitalisation de 100 milliards de dollars, soit l’une des plus grosses entrées en bourse de tous les temps, et la plus grosse dans le secteur de l’Internet. Son entrée en bourse serait par exemple six fois supérieure à celle de Google et représenterait l’une des plus grosses prises de risque dans l’histoire du réseau social.

Facebook : une entreprise qui rapporte gros !

On entend souvent des idées reçues selon lesquelles Facebook est une société en déficit qui devrait devenir rentable sur le long terme. Si c’était vrai en  2008, la réalité est toute autre de nos jours. En fait, Facebook a connu trois principales phases dans son existence : une progression lente au début, un investissement massif qui a considérablement augmenté le nombre d’utilisateurs mais aussi couté très cher au réseau, et un gros retour sur l’investissement par la suite. Lors de sa création, en 2004, le réseau enregistrait un maigre bénéfice de 382 000 dollars. Petit à petit, l’entreprise a enregistré des recettes de plus en plus élevées, atteignant les 153 millions de dollars en 2007. En 2008, l’entreprise est entrée dans le rouge pour la toute première fois avec 56 millions de dollars de pertes. Un passage difficile pour Facebook, mais nécessaire pour son expansion, et qui lui permettra d’ailleurs d’enregistrer des bénéfices records ces dernières années, jusqu’à atteindre le milliard de revenus nets en 2011. Rarement une entreprise basée sur un site Internet avait autant rapporté.

Vient alors la question fatidique : d’où Facebook tire-t-il ses ressources ? Comme nous l’avons déjà vu cette semaine, principalement de la publicité (environ 85% des revenus), le reste venant des paiements in-app des utilisateurs. Facebook reçoit en effet une commission de 30% sur chaque paiement effectué pour l’utilisation d’une app payante. C’est bien, mais ce n’est pas assez. Pour espérer rester dans la rentabilité, Facebook devra diversifier ses activités. D’ailleurs, l’entreprise imagine d’autres moyens de générer des revenus. Elle pourrait prochainement investir dans des “liens sponsorisés” qui apparaitraient dans le flux de nouvelles des utilisateurs mais qui seraient en fait des articles tiers pour lesquels divers éditeurs / journaux / médias auraient déboursé de l’argent. En plus de cela, Facebook devrait pousser encore plus loin le concept des applications pour générer des contenus bien supérieurs à ceux qu’il génère actuellement.

L’ennui, c’est que même si Facebook rapporte, beaucoup estiment que le réseau va bientôt commencer à régresser. Au fil de ces deux dernières années, Facebook n’a cessé de voir sa croissance des utilisateurs actifs régresser, passant de 33,3% à 5,7% en deux années. Cela s’explique par le fait que certains marchés sont déjà saturés alors que d’autres adoptent très lentement le réseau social. C’est le cas de l’Inde ou du Brésil par exemple, où le réseau social n’est pas encore très connu et progresse à une vitesse relativement lente. D’autres pays, comme la Corée du Sud ou le Japon semblent également totalement désintéressés par le phénomène. Si le géant américain souhaite garder une croissance positive, il devra donc investir massivement dans ces marchés, sans quoi son nombre total d’utilisateurs risque de diminuer au fil des mois…

Néanmoins, Facebook demeure un réseau qui investit beaucoup et qui se renouvelle régulièrement. Tout le monde n’apprécie pas sa manière de changer régulièrement sa page d’accueil ou ses features sans demander l’avis des utilisateurs, mais cette manière de faire lui permet de garder son public au creux de la main en l’abreuvant régulièrement de nouveautés. Il y a quelques mois, Facebook lançait la Timeline. Puis, c’était la compatibilité avec des applications pour la publication de statuts. Prochainement, le réseau social pourrait rénover son système de commentaires sur les photos. C’est plus que ce qu’il n’en faut pour faire parler de lui sur le net, dans le journal ou même à la télévision.

Faut-il investir dans Facebook ?

Dans le rapport fourni par Facebook, on peut lire que “de très fortes fluctuations sont attendues chaque trimestre, ce qui rend les prévisions très compliquées.” En pratique, il faudra donc faire attention à ne pas se limiter uniquement sur le dernier trimestre de l’entreprise mais bien sur toute l’année. Facebook connait régulièrement des hauts et des bas durant l’année, en fonction de son utilisation générale. De plus, l’entreprise ne cherche pas à générer de gros revenus rapidement mais vise le long terme.

En pratique donc, de nombreux facteurs entrent en compte et il est difficile de dire si le réseau social continuera de progresser. Ceci étant dit, Facebook peut tout de même compter sur un total de 825 millions d’utilisateurs actifs et sur une croissance de 25% dans le secteur des mobiles, tendance qui contrebalance l’affaiblissement de sa croissance générale. L’entreprise a bien compris le dilemme et la nécessité de passer la seconde vitesse. Son entrée en bourse est censée lui permettre de prendre l’élan pour passer le mur du son, mais encore faut-il que le public investisse, ce qui ne devrait pas trop poser de problèmes, et surtout, que la société trouve une parade pour continuer à se développer. Deux scénarios se dessinent donc, avec d’un côté un Facebook qui continuerait à se développer et à devenir l’un des géants de l’industrie, et de l’autre, une société qui verrait son nombre d’utilisateurs se détériorer sensiblement voire se stabiliser. Dans le second cas, les investisseurs seraient sans doute ceux qui en souffriraient le plus. Mais on voit mal la société disparaître d’ici quelques années, à l’image de My Space par exemple, qui est actuellement sur la mauvaise pente. Son chiffre d’affaires, son énorme base d’utilisateurs en font une société quasi-insubmersible qui a en outre le mérite d’investir beaucoup dans la nouveauté. Et puis, argument de taille, elle pourra surtout compter sur Mark Zuckerberg, son créateur, qui joue un rôle important dans le développement du réseau social.

Zuckerberg toujours aux commandes

Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, s’est assuré de rester aux commandes quoi qu’il arrive. Il détiendrait 24 à 28% de l’entreprise et serait donc quoi qu’il arrive l’actionnaire majoritaire du groupe. Les deux autres co-fondateurs de Facebook,  Dustin Moskovitz et Eduardo Saverin représenteraient 11% ensemble, alors que Sean Parker, le fondateur de Napster, vaudrait 4% et Peter Thiel, le fondateur de Paypal, en vaudrait 3%. Cela laisse donc précisément 58% de parts mises à disposition du public et des entreprises, qui pourront investir massivement dans le réseau social sans parvenir à s’en emparer totalement, en théorie. Il faut donc s’attendre à une politique similaire aux précédentes années, menées par un Zuckerberg qui a toujours son mot à dire et qui saura sans doute mener sa barque à travers la tourmente. Le jeune homme a déjà beaucoup d’expérience, mais n’en demeure pas moins un véritable requin. Ses attentes sont souvent considérées comme supérieures à celles du marché, et il n’hésite d’ailleurs pas à mettre une très grosse pression sur ses collaborateurs. Nul doute que cet aspect de sa personnalité continuera à jouer un rôle important à l’avenir. En attendant, le jeune homme a décidé de baisser son salaire annuel à un tout petit euro. Il pourra cependant compter sur une fortune déjà bien garnie et surtout sur ses 24 à 28% de parts dans Facebook, qui lui rapporteront également très gros et le pousseront à se surpasser…

Dans un message adressé à la communauté, le jeune homme a fait preuve d’une extrême sagesse, n’hésitant pas à dire que le pari est risqué, aussi bien pour l’investisseur que pour l’entreprise, mais aussi que “créer de grandes choses signifie prendre des risques.” Facebook était un risque lors de sa création, et il l’est toujours aujourd’hui. Cependant, le réseau existe depuis plus de six ans et a progressé grâce à une série d’erreurs et de prises de risques. Zuckerberg a clairement expliqué qu’il ne cherchait pas le profit à cours terme et souhaitait avant tout développer son réseau. Pour le développer, il a cependant compris qu’il faut de l’argent, beaucoup d’argent, qui représentera un retour sur l’investissement pour ses actionnaires. La remise en question perpétuelle de l’entreprise, son dynamisme, et sa faculté à s’adapter lui ont permis de grandir rapidement. Mark Zuckerberg espère à présent que son lancement en bourse lui permettra de prospérer et de faire de son entreprise l’un des moteurs de l’Amérique.  C’est en tout les cas tout le bien qu’on lui souhaite !