Une photo prise depuis la station spaciale internationale et publiée sur Twitter depuis l'espace. (Photo Nasa)

Trois ans, deux mois et un jour. Il en aura fallu du temps à Twitter, d’abord baptisé Twttr, pour atteindre le milliard de messages envoyés. Aujourd’hui, il suffit d’un seul petit mois pour atteindre ce chiffre. Soit un rythme  d’environ 30.000 gazouillis par minute. Affolant

Chaque semaine, Geeko se penche sur un sujet ayant fait l’actualité tech, l’analyse, le décrypte. Chronique.
En 5 ans, même s’il s’en défend, Twitter aurait aussi eu le chic de snober deux offres de rachat à 10 milliards de dollars lancées par Facebook et Google. Sachant que plus de 40% des utilisateurs sur les 105 millions revendiqués par Twitter n’ont jamais envoyé un seul “Tweet” de leur vie, cela donnerait une valorisation abracadabrantesque de 150.000 dollars par utilisateur actif.

Et ce, alors que son chiffre d’affaires estimé en 2011 ne devrait pas dépasser les 150 millions de dollars, soit un revenu de moins de 2,5 dollars par utilisateur actif. Affolant. Au siècle dernier, la bulle internet avait explosé pour bien moins que ça…

Fondamentalement, Twitter a-t-il à ce point changé la face du monde ? Avec son grand frère, Facebook (au concept radicalement différent), certains lui attribuent toutes les vertus: celle d’avoir élu Obama, de rendre la parole au citoyen, de contourner les médias traditionnels, de faire trembler les politiques à la veille d’élections, d’avoir renversé Ben Ali et Moubarak…

Ce n’est pas faux. Du moins, pas totalement. Twitter, de fait, constitue sans doute l’un des symboles les plus tangibles des bouleversements radicaux amenés grâce au Web. “Le numérique”, a coutume de dire Edwy Plenel (ex-Monde, fondateur du site Mediapart) “est la troisième révolution industrielle de l’histoire de l’humanité, après la vapeur et l’électricité”.

Internet a provoqué une accélération sans précédent de la production et de la diffusion des données. Twitter n’est rien d’autre que cela: un générateur de contenus à grande échelle, un accélérateur géant de particules d’infos, un diffuseur redoutable de pensées en temps réel. Twitter n’a pas changé la face de la Terre, il l’a fait tourner plus vite.

Le danger serait de n’analyser le cours de l’humanité qu’à travers le prisme des médias sociaux et messages à 140 caractères, aussi intéressants soient-ils. Pour faire court, ce n’est pas Twitter qui a chassé Moubarak, mais les centaines de milliers d’insurgés qui ont fait le siège de la place Tahrir.

La plupart d’entre eux, tout rivés sur les images en direct d’Al Ja zeera qu’ils étaient, n’ont d’ailleurs jamais entendu parler de Twitter ou n’y ont tout simplement pas accès (seule une poignée d’Egyptiens, employés de start-up, de Google ou de médias tweetait).

Voilà qui, a contrario, traduit aussi la puissance de feu de Twitter qui, à l’inverse d’autres médias sociaux comme Facebook ou YouTube, relève surtout d’une élite microcosmique ultra-connectée et éduquée. “J’ai toujours dit que si vous voulez libérer une société, il suffit de leur donner accès à internet”, Wael Ghonim, cet employé de Google Egypt, devenu la figure de proue du mouvement de contestation en Egypte.

Twitter a permis de donner une caisse de résonance sans précédent à la révolution arabe. Le champ de l’agora s’est élargi, provoquant une certaine synchronisation des opinions, une sorte unanimité internationale alimentant à son tour et massivement les médias  (classiques) des quatre coins de la planète.

La vraie valeur de Twitter est sans doute là, dans l’usage que chacun en fait, et non dans l’outil en lui-même. En dépassant le stade narcissique de l’ado boutonneux en quête de reconnaissance sociale (les “personal brandeurs”, comme disait Libé), la plate-forme, gérée intelligemment, peut s’avérer un formidable outil de veille d’infos, d’échange, d’accès à de nouveaux savoirs. Et ce, de manière d’autant plus désintéressée qu’il n’y a rien à y gagner.

Philippe Laloux

@philaloux

[youtube Uk8x3V-sUgU]