Dans sa démarche de contrôle et surveillance de sa population, la Chine a pu compter sur l’aide de grandes entreprises issues du milieu des nouvelles technologies. Une aide de taille qui ne s’est pas limitée aux frontières du pays, et ce, au détriment du respect de la vie privée et des données personnelles.

Avec plus d’1,4 milliard d’individus, dont 800 millions d’internautes, la Chine représente un marché incontournable pour bon nombre d’entreprises. Les politiques établies dans le pays et la réticence envers les sociétés étrangères n’ont pas facilité la tâche aux entreprises américaines de pénétrer ce marché.

Celles qui espéraient se lancer sur le marché chinois ont rapidement déchanté : pour s’établir en Chine, il faudra se plier aux exigences des autorités chinoises. Étant donné que le pays tient tout particulièrement à contrôler l’information et les sites auxquels a accès sa population, cela voulait évidemment dire pour Google, Facebook et compagnies d’instaurer une censure sur leur site internet.

Des exigences inadmissibles pour des sociétés censées défendre les principes de la démocratie. Dans les faits pourtant, les choses ne sont pas aussi simples.

Interdit, mais toléré

En effet, le marché chinois représente un véritable enjeu pour les multinationales. Et c’est bien connu, l’argent n’a pas de morale. C’est ainsi que, bien que Facebook soit interdit en Chine, une version « professionnelle » est disponible dans le pays. D’ailleurs, l’Empire du Milieu serait le deuxième plus grand marché publicitaire du réseau social puisqu’avec ses 2 milliards d’utilisateurs, Facebook est une porte d’entrée pour toucher un public presque mondial.

L’entreprise de Mark Zuckerberg multiplierait les tentatives de séduction pour infiltrer le marché chinois. Son fondateur a rencontré le président Xi Jinping en 2017. Une application de partage de photos a également été discrètement lancée dans le pays.

Une censure pour un marché exorbitant

En 2010, la firme de Mountain View se retirait du marché chinois suite à la censure que les autorités chinoises voulaient mettre en place sur le moteur de recherche. Un geste fort pour Google tant le marché chinois représentait une mine d’or pour l’entreprise. Depuis, les choses ont toutefois changé.

En 2018, plusieurs sources ont affirmé que Google travaillait depuis 1 an déjà sur l’élaboration d’une version censurée de son moteur de recherche pour le marché chinois. Un projet qui s’est attiré les foudres, notamment d’Amnesty International et de ses employés. Des critiques qui auraient – momentanément – stoppé le projet, mais rien ne dit que la firme de Mountain View soit prête à tirer un trait définitif sur le marché chinois.

Nuage de Pomme chinois

De son côté, Apple a toujours affiché son attachement pour le respect de la vie privée et des données personnelles de ses utilisateurs. Une position que la firme a eu du mal à défendre lorsque celle-ci a annoncé qu’elle allait délocaliser son cata-center iCloud en Chine, l’année dernière. Une délocalisation qui n’a rien d’anodin puisque l’iCloud contient les données et clés de chiffrements des utilisateurs de la Pomme.

Or, pour s’installer dans l’Empire du Milieu, la Pomme a dû se plier aux exigences des autorités chinoises. Évidemment, la firme californienne a assuré avoir mis en place de « bonnes protections pour garantir la sécurité et la confidentialité des données en place » et qu’aucune porte dérobée ne permettra l’accès aux données. Sauf que les autorités chinoises pourraient très bien décider de s’immiscer dans le cloud sans démarche judiciaire préalable.

Des entreprises partenaires

De leurs côtés, les entreprises chinoises sont nombreuses à collaborer avec les autorités afin de leur fournir des informations sur leurs clients et utilisateurs. Ainsi, les pendants chinois de Google, YouTube et Facebook que sont Baidu, Youku Tudou et WeChat reprennent les concepts de leurs homologues américains tout en appliquant la censure imposée par le gouvernement chinois.

La collaboration avec les autorités chinoises pourrait encore évoluer. Le site de ventes en ligne Alibaba serait prêt à partager les données de ses utilisateurs – notamment les données de son application Alipay –  afin d’améliorer le concept de crédit social, un système de notation des bons et mauvais citoyens en fonction de divers critères.

La situation est assez délicate pour les entreprises qui lorgnent sur le marché chinois. Doivent-elles tirer un trait sur leurs principes au risque de se faire mal voir des autres marchés dans le but de se faire de l’argent ou doivent-elles s’opposer fermement à ce type de dictature à la censure facile ? Auquel cas elles risquent de voir émerger de nouveaux concurrents qui s’empresseront de copier leurs services pour le marché chinois…