Le studio suédois Supermassive Games revient à la formule anthologique après son excellent The Quarry. Ce nouvel opus de la franchise, en gestation depuis trois ans, s’annonçait comme l’un des plus ambitieux. Supermassive Games réussit-il son pari ? Malgré des débuts compliqués avec Man of Medan, la formule anthologique des Dark Pictures est parvenue à s’imposer auprès des amateurs de jeux d’horreur narratifs. Les derniers épisodes en date étaient même de jolies réussites. Avec Directive 8020, le studio suédois Supermassive Games passe la seconde. Tout d’abord parce qu’il s’agit du premier épisode de la seconde saison et donc d’un nouveau départ. Ensuite, parce que le studio a tout vu plus grand. Réalisation plus solide, gros travail sur l’animation et surtout un gameplay peaufiné. Car c’était bien là le plus gros défaut de cette série depuis ses débuts : il s’agissait davantage d’un film interactif que d’un jeu. Le gameplay se réduisait dans la plupart des épisodes à de l’exploration et quelques interactions avec des objets. Avec Directive 8020 la formule évolue puisqu’elle intègre désormais une partie infiltration. Changement radical d’univers aussi avec ce nouvel opus qui nous emmène dans les confins de l’espace. Le jeu lorgne cette fois du côté de la science-fiction et de l’horreur spatiale. Quelque part à mi-chemin entre un Alien et un The Thing, le titre propose d’incarner les membres de l’équipage d’un vaisseau terrien envoyé dans les profondeurs de l’espace pour trouver explorer Tau Ceti F, une planète potentiellement habitable. Tout ne se passe toutefois pas comme prévu pendant le voyage puisque le vaisseau est percuté par un astéroïde et infecté par une forme de vie galactique. Une entité extraterrestre capable de prendre une forme humaine s’infiltre dans le groupe. Sur le papier, le concept était séduisant, même s’il rappelait beaucoup le The Thing de Carpenter. Mais dans la pratique, malgré l’ambition, il faut bien admettre que Directive 8020 n’a pas grand chose en commun avec son modèle. Certes, la présentation du jeu est soignée avec des cinématiques travaillées, de très beaux plans / contre-plans, une bande son efficace et un vrai talent de mise en scène. En revanche, le scénario qui est narré à travers des flashbacks et fast forwards est décousu et pas forcément captivant, dans la mesure où on connait l’essentiel de l’histoire dès les 15 premières minutes de jeu. Autre gros défaut du titre : son casting. Supermassive Games s’est surpassé pour nous livrer des personnages sans aucun charisme, ni profondeur. On ne connait pour l’essentiel rien de leur passé, on ne saisit pas forcément leur personnalité, la plupart ressemblent à des coquilles vides pour desquelles on ne soucie pas vraiment du sort… Et c’est bien dommage car tout l’intérêt d’un bon film d’horreur repose justement sur son casting. Seul le commandant de bord a un peu de charme. C’est d’autant plus dommage que les bases d’un solide jeu d’horreur étaient là. Côté gameplay, la nouvelle formule ne parvient pas vraiment à séduire non plus. Exit les séquences du narrateur, remplacées par un système de rembobinage qui simplifie fortement le choix des embranchements narratifs. On retrouve un tas de séquences QTE, les choix impactent toujours l’histoire et globalement ils se résument à deux options. C’est un peu léger. D’autant plus qu’il est difficile de prédire leur impact. Plus surprenant, les séquences d’infiltration sont un échec complet. Elles se résument à rester agenouillé et se glisser d’un abri à l’autre. En réalité, courir à toute allure sera tout aussi efficace puisque l’ennemi n’est pas forcément très véloce. Pas assez effrayant, moins intéressant que ses prédécesseurs, un peu vide de substance et atrocement pauvre dans son gameplay, Directive 8020 est de loin le moins bon épisode de la franchise à ce jour. Dommage, car l’univers SF nous avait vraiment séduit à son annonce… Conclusion La seconde saison de l’anthologie Dark Pictures commence de la pire façon imaginable avec un épisode fade, qui manque de substance et peu intéressant à jouer. Supermassive Games a intégré des mécanismes d’infiltration qui ne fonctionnent pas dans son jeu d’horreur, qui provoque plus de bâillements que de sursauts. Avec son casting fade, ce clone de The Thing qui nous livre presque toute son intrigue dès le premier chapitre aura du mal à satisfaire les fans d’horreur. Dommage, car la formule Dark Pictures s’était justement fortement améliorée ces dernières années…