Tout comme les données de navigation des internautes, les données des voitures connectées intéressent les acteurs du milieu. Un marché au potentiel gigantesque est en train de se former, de la collecte à la revente.

Dans un monde où la monétisation de données permet à Google de se positionner parmi les entreprises les plus riches et influentes, il n’est pas étonnant de constater que le business model intéresse d’autres secteurs. Bien que le phénomène de voiture connecté soit relativement nouveau, il se développe à une vitesse fulgurante. Son ascension est telle que le cabinet de conseil McKinsey estime que le marché de la monétisation de données en provenance des voitures connectées pourrait atteindre jusqu’à 750 milliards de dollars d’ici 2030. Une véritable manne pour les entreprises du secteur, qui s’organisent déjà afin de se tailler une part du gâteau.

La vente des données récoltées intéresse une multitude d’acteurs bien distincts entre eux. Pour donner quelques cas concrets, les services d’auto-partage essayent par exemple de savoir quand et combien de temps les véhicules particulier restent stationnés, pour proposer ensuite aux propriétaires de louer leur voiture ponctuellement et arrondir leur fin de mois. Dans un autre registre, avoir la main mise sur les données de conduite est une aubaine pour les assureurs, qui peuvent ensuite proposer des contrats personnalisés et récompenser les conducteurs les plus vertueux. Les municipalités peuvent, pour leur part, s’appuyer sur des données de localisation et des trajets favoris pré-enregistrés pour déterminer avec précision quels sont les axes les plus empruntés et les zones les plus propices à la construction d’un parking. En bref, le big data de l’automobile peut potentiellement profiter à une vaste majorité d’acteurs, ce qui explique l’engouement.

Extraire, traiter et distribuer

La masse d’information générée étant tellement gigantesque, les constructeurs n’ont pas forcément ni le temps ni les moyens de les traiter. C’est ce qu’ont remarqué des petits malins comme Control-Tec, qui s’est spécialisé dans l’extraction et le traitement des données. L’entreprise fait partie du groupe américain Aptiv, un équipementier automobile, et se pose comme intermédiaire entre les particuliers et les constructeurs. Ainsi, les marques peuvent bénéficier de données ordonnées et rapidement exploitables. Tout le monde est gagnant…

Une fois les données en leur possession, les fabricants de voiture utilisent celles dont ils ont besoin et revendent les autres. Comment ? Deux choix s’offrent à eux : les partenariats directs ou les plates-formes de type marketplace. C’est exactement ce que propose la plateforme israélienne Otonomo, en connectant les bases de données de différents constructeurs avec des acheteurs potentiels. Chaque constructeur peut ainsi toucher un public plus large, et les services qui ont besoin des données n’ont qu’un seul endroit à consulter pour obtenir de l’information en provenance de sources différentes. Otonomo indique fièrement anonymiser toutes les données circulant sur sa plateforme, dans un soucis de rassurer les différentes parties impliquées.

On ne peut s’empêcher de remarquer que la machine est extrêmement bien huilée, malgré le relativement jeune âge du marché. Bien que les conducteurs soient en théorie propriétaires des données générées par leur véhicule et doivent donner leur consentement pour toute collecte et autre traitement, le système les dépasse de loin et ils ne sont finalement que le premier maillon de la chaîne. Un constat qui devrait aller en s’empirant au fur et à mesure du déploiement de la technologie.