À l’heure où des entreprises travaillent d’arrache-pied pour faire du tourisme spatial un loisir parmi tant d’autres, exception faite de son prix, la question du confort des voyageurs se pose comme un souci de premier ordre.

Pour Virgin Galactic et Blue Origin, deux entreprises qui souhaitent propulser les voyageurs pendant quelques minutes à la limite de l’atmosphère terrestre, il est crucial que ce court moment soit le plus agréable possible. Et si l’impesanteur et la vue suffiraient à rendre n’importe quel homme euphorique, la sécurité de ce court trajet ne peut pas être traitée à la légère.

Voilà pourquoi les deux entreprises multiplient les vols d’essai pour leurs lanceurs, et ce n’est encore rien par rapport au séjour autour de la Lune envisagé par SpaceX. Dans tous les cas, chaque paramètre doit être peaufiné pour ne rien laisser au hasard.

L’écrasement du SpaceShipTwo en 2014 est l’exemple le plus concret de la précision chirurgicale qu’implique ce genre de vol. La procédure de freinage a été enclenchée trop tôt, causant la mort d’un pilote et blessant l’autre gravement. Vanté comme “le dispositif de sécurité le plus radical, c’est pourtant le système d’entrée dans l’atmosphère de la navette qui est à l’origine de l’incident.

Les débris de la navette SpaceShipTwo après s’être écrasée dans le désert des Mojaves le 31 octobre 2014.

Quitter l’attraction terrestre : une épreuve pour le corps

Si les vols inhabités doivent dans un premier temps permettre de concevoir des navettes capables d’effectuer des allers-retours entre l’espace et le plancher des vaches, il faudra par la suite que les ingénieurs tiennent compte de la présence d’un être humain dans l’habitacle.

Les premiers tests habités montreront l’une des premières limites du voyage spatial : la forte accélération nécessaire pour s’élever dans les airs. Pour les astronautes, n’importe quelle mission spatiale requiert des années d’entraînement en centrifugeuse pour être prêts à décoller le jour J.

Un décollage, ce n’est pas de tout repos : la poussée est si forte qu’elle peut provoquer une perte de connaissance à cause de la brusque diminution dans la pression sanguine sans parler de la nausée qui s’ensuit, des conditions difficilement conciliables avec un simple voyage touristique comme le montrent ces images d’astronautes au cours de leur préparation :

Des tonnes de combustible sous les fesses

Pour permettre à une navette de plusieurs dizaines de tonnes d’échapper à l’attraction terrestre, des centaines de tonnes de carburant doivent être brûlées en un laps de temps extrêmement court.

Le spectacle éblouissant d’une fusée qui décolle laisse bouché bée. On se demande comment cette incroyable masse s’envole droite comme un “i” avec une telle facilité.

Facilité n’est justement pas le mot adéquat, chaque décollage présente un risque d’embrasement voire d’explosion. Combien de fusées n’ont pas terminé leur course en cendres dans les secondes qui suivent le décompte d’avant décollage?

En 2014, une partie du lanceur de la fusée Antares explose douze secondes après la mise à feu avant de s’écraser au sol sans faire de victime.

Pour exister, le tourisme spatial se devra d’accepter cette part de risque qui en fait un transport dangereux, loin du confort des trains et des avions.

Retour sur Terre ferme dans un brasier

Dans le cas d’un voyage autour de la Lune tel qu’envisagé par SpaceX, le retour promet d’être mouvementé. La navette devra rentrer dans l’atmosphère avec un angle très précis, une phase périlleuse au cours de laquelle la navette risque d’être réduite en cendres au moindre faux pas.

Bien sûr, les navettes sont équipées de boucliers thermiques qui permettent de résister à la chaleur produite par le frottement mais le risque zéro n’existe pas, en particulier dans le vol spatial.

En 2003, le détachement d’une mousse isolante du réservoir externe avait d’ailleurs endommagé le bouclier thermique d’une navette Columbia, la chaleur a pénétré dans la brèche, réduisant l’engin et les sept membres de son équipage à néant.

Réglementer l’espace

Qui dit envoi d’hommes et de femmes dans l’espace, dit responsabilité pour les sociétés en charge de leur voyage. Tout comme pour les premières compagnies aériennes, une réglementation va devoir se construire en amont des premiers vols.

Alors que les sept premiers touristes qui ont embarqué dans les fusées Soyouz dans les années 2000 étaient solidement encadrés par des cosmonautes mandatés par le gouvernement russe, le tourisme qui se développe aujourd’hui sera à la charge de sociétés privées.

De nombreuses questions risquent alors de se poser : Quelles normes de sécurité pour assurer un vol? Quelle loi s’appliquera en cas d’incident dans l’espace? Comment rapatrier les corps dans le pire des cas? Les règles changeront-elles au moment de quitter l’atmosphère terrestre?

Le droit de l’espace actuel est déjà trop flou pour délimiter l’espace aérien et l’espace cosmique puisque la limite atmosphérique est absente du droit. Nul doute que l’introduction d’une activité touristique dans l’espace nécessitera un cadre légal très précis, avec le risque d’entraver son développement.

À quand les premiers vols?

Il reste encore de nombreuses questions à régler, d’autres seront encore soulevées à l’avenir. Si on évoque déjà les premiers vols suborbitaux dans le cours de cette année et un vol vers la Lune en 2023, le débat autour de la sécurité des vols est disputé.

Faut-il accepter le risque inhérent au vol spatial au nom du tourisme? Les avis divergent, entre le devoir de responsabilité des entreprises et la prise de risque délibérée des voyageurs pour qui le trajet n’a d’autre but que de défier les lois terrestres pour un peu d’extase.