Quatorze ans d’attente, et James Bond revient en jeu vidéo avec une claque. First Light n’est pas seulement un bon jeu de Bond, c’est tout simplement un excellent jeu. 007. Trois chiffres qui, dès qu’on les aperçoit, nous font penser au plus célèbre agent secret de sa Majesté. Sean Connery, Roger Moore, Pierce Brosnan ou encore Daniel Craig, ce ne sont que des grands noms qui se sont succédés dans la peau de James Bond. Cinq ans après le magnifique No Time To Die au cinéma et, surtout, quatorze ans après l’oubliable 007 Legends des PS3 et Xbox 360, Amazon MGM Studios et les Danois d’IO Interactive nous gratifient du très attendu First Light. Une aventure totalement inédite, un énième reboot de la franchise, quel est le verdict ? Cette fois, c’est Patrick Gibson qui a la lourde tâche d’incarner l’espion qui m’aimait. S’il est novice dans l’univers vidéoludique, on a déjà pu l’apercevoir au cinéma dans Tolkien ou à la télévision dans The OA, The White Princess ou encore Dexter : Les Origines. Ici, c’est un jeune James Bond qu’il incarne, à l’aube de son trentième anniversaire. Après une mission avec la Royal Air Force qui a mal tournée, il se retrouve malgré lui propulsé dans les rangs du célèbre MI6, au sein duquel il va intégrer le renouveau du programme 00. En fait, le respect du lore des romans de Ian Fleming va bien au-delà du simple épisode vidéoludique. First Light s’apparente véritablement à un nouveau film, tout droit sorti de l’imaginaire de Barbara Broccoli (bien que ce ne soit pas le cas depuis son départ en 2025). C’est presque du fan-service en veux-tu en voilà, avec tout ce qu’il faut pour satisfaire les fans de 007 en attente du prochain film de la franchise. Les craintes qu’avaient certains concernant Patrick Gibson sont rapidement dissipées, et l’on se surprend même à redécouvrir un personnage que l’on pensait pourtant connaître sur le bout des doigts. C’est un James Bond jeune que l’on rencontre ici, qui doit faire face à son premier “meurtre” et qui rencontre une équipe qui l’emmènera au bout du monde sur 25 films. Moneypenny donne à James ses briefings d’avant-mission, Q lui fournit tout l’attirail pour réussir ses objectifs et M fait tout son possible pour que le programme 00 obtienne la reconnaissance qu’il mérite du gouvernement britannique. IO Interactive nous livre une ode à James Bond : les éléments de langage de la licence sont présents ! Comme dans les films, le programme est constamment remis en question et mis sur la sellette. Comme dans les films, James a un penchant pour la Vodka Martini (au shaker, pas à la cuillère) mais aussi pour les femmes qui deviendront ses James Bond girls. Comme dans les films, notre James préféré se met à dos ses supérieurs et n’hésite pas à transgresser les règles pour le bien de la patrie et du souverain britannique. Et comme dans le film, cet épisode nous fait voyager à travers le monde et découvrir des paysages plus impressionnants les uns que les autres. Dans sa quête vers le permis de tuer et, surtout, son matricule 007, James Bond commence par une formation ô combien exigeante dispensé par John Greenway, campé par un certain Lennie James, aperçu notamment dans The Walking Dead. Cette formation est tenue à Malte où, accompagné d’autres nouvelles recrues du MI6, James va apprendre tous les rudiments du métier et l’utilisation de ses premiers gadgets. C’est la “mission” d’introduction et cette formation qui servent principalement de didacticiel. Ensuite, nous voilà partis aux quatre coins de la planète, et notamment en Mauritanie, en Antarctique, au Vietnam ou encore en Slovaquie afin d’accomplir la mission de l’espion. First Light nous emmène aux quatre coins du monde : Mauritanie, Malte, Slovaquie ou encore Antarctique. Une mission qui va d’ailleurs énormément évoluer au fil du scénario, pour arriver à un objectif final que l’on avait absolument pas vu venir. C’est l’une des forces du titre : l’écriture de son scénario. Le script est très habilement écrit de manière à ce que l’on n’arrive presque jamais à connaître la tournure que les événements prendront. Il est également important de saluer la quasi perfection de la bande sonore. Avec un magnifique thème principal très Bond-friendly composé par Lana del Rey et, surtout, les traditionnelles musiques associées à la franchise, le jeu ne pâtit de presque aucun temps mort, rythmé par cette magnifique OST. Certains se plaindront de l’absence de doublage francophone. Ca peut en effet en rebuter certains, mais les voix anglaises permettent de réellement s’imprégner du flegme de Bond et de l’humour british que l’on aime tant dans cette série de films. Et surtout, de remarquer à quel point le jeu d’acteur est particulièrement réussi. Un James Bond sans sa James Bond girl n’est pas réussi. Après la publication des premières vidéos de gameplay par IO Interactive, nombreux furent les joueurs à craindre une production trop proche du triptyque Hitman. Ce serait d’ailleurs mentir de dire que les deux jeux n’ont absolument rien à voir, notamment en raison du moteur de jeu, Glacier, qu’ils ont en commun. Mais toute la force des Danois d’IO Interactive a été de récupérer tout ce qui faisait le génie d’Hitman et de l’avoir mélangé avec la force d’une série aujourd’hui culte, à savoir Uncharted. Ainsi, Hitman apporte l’excellence de l’infiltration mise à la sauce James Bond, là où Uncharted inspire First Light dans ses phases de tir, de combat et de parkour/escalade. Et le résultat fait indéniablement mouche. Après avoir terminé le jeu à presque 100% (il nous manque juste quelques trophées liés aux collectibles), nous avons bien du mal à trouver des points négatifs dans le gameplay. Certes, la position de James est souvent fort contraignante pour l’utilisation des gadgets. Certes, les ennemis auraient mérité d’être un poil plus intelligent dans leur réaction. Mais on a affaire là à un excellent jeu, et il ne faut pas avoir honte de le dire. Commençons par la partie infiltration, directement héritée de Hitman donc. S’il est d’ailleurs possible de terminer chaque mission en s’infiltrant ou en tirant dans le tas, l’adrénaline d’achever une mission sans avoir été vu ou sans avoir déclenché une alarme nous pousse à privilégier la voie de la furtivité. Outre les habituelles caches qui permettent, notamment, d’éliminer un ennemi, James Bond va pouvoir user d’habiles stratagèmes dont lui seul a le secret. A partir d’une petite jauge appelée l’Instinct, vous pouvez venir à bout des ennemis en utilisant du bluff avec un petit dialogue qui retire temporairement la vigilance de l’ennemi, mais aussi pour attirer un ennemi. L’objectif est donc d’éliminer l’ennemi de manière furtive, tout en restant dans la limite des points d’instinct restants. pour recharger la jauge : se battre ou éliminer des ennemis. Tuer n’est pas jouer : James Bond privilégie bien souvent la furtivité au détriment des armes à feu et du sang. Pour l’aider à rester furtif, James se voit attribuer de la part du mythique Q une panoplie de gadgets qui s’enrichira au fur et à mesure de l’aventure. Dès le début, il recevra des Q-Lens et une Q-Watch. Les premières sont des lentilles qui permettent à 007 de révéler les ennemis à travers les murs, mais aussi les appareils piratables et les points d’intérêt, tandis que la Q-Watch sert, justement, au piratage, de caméras notamment. Ces deux gadgets sont permanents, et viennent compléter une panoplie de 8 gadgets au total, parmi lesquels un téléphone à fléchettes empoisonnées, le stylo missile ou encore les écouteurs fumigène. Des gadgets ultra importants, et qui sont utilisables grâce à deux jauges basées sur la batterie et les éléments chimiques (pour empoissonner notamment). Les gunfights sont particulièrement réussies. Comme on le disait plus haut, First Light s’inspire aussi énormément d’Uncharted dans ses phases de tir, d’escalade et de combat. Les premières sont relativement réussies et nerveuses, avec une panoplie assez complète d’engins de guerre que l’on peut même dérober aux ennemis en les attaquant à mains nues. Le combat repose sur un système de coups directs, d’esquive et de contre, mais aussi de l’empoignade et une sorte d’attaque au sprint qui sert à désarmer l’ennemi. Là aussi le titre est extrêmement efficace, à tel point qu’on n’a pas nécessairement besoin de beaucoup plus à ce niveau. First Light est, certes, une véritable ode à la gloire du plus célèbre espion de Sa Majesté, il n’en reste pas moins assez léger sur un point pourtant emblématique : l’Aston Martin. Excepté un bref passage lors de la formation à Malte qui fait office de course chronométrée, et une magnifique conclusion à la fin du titre, on regrettera malgré tout de ne pas avoir eu la chance de piloter davantage cette voiture si indissociable de Bond. Pire encore : la DB5 est totalement absente du jeu, quel sacrilège ! James va user de stratagèmes pour arriver à ses fins, quitte à utiliser des moyens pas très catholiques par moments. Il n’empêche que First Light reste assez conséquent niveau contenu, et qu’une belle carrière lui est promise pour les douze mois à venir. Comptez une grosse quinzaine d’heures pour finir l’histoire, et une vingtaine pour le 100%. Pour un jeu solo, c’est bien suffisant et surtout dans la moyenne des jeux solo actuels. Ici, le joueur peut même prolonger l’expérience avec les Simulations tactiques, un mode qui nous remet en condition avec des exigences à remplir en composant l’arsenal, en choisissant les gadgets et en sélectionnant la tenue que l’on veut. D’ailleurs, les développeurs annoncent du contenu à venir, tant dans le “TacSim” que dans l’histoire principal. Visuellement, First Light est malheureusement assez inégal, un constat bien plus marqué sur les consoles de base que sur PC et PS5 Pro. Les cinématiques sont franchement assez impressionnantes, là où les paysages en jeu sont moins marquants et moins réussis. La faute à un moteur Glacier vieillissant ? Difficile à dire, d’autant que les animations faciales sont, pour leur part, fort réussies. Il n’aide toutefois pas au niveau des trop nombreux et bien trop longs temps de chargement du titre, mais aussi des quelques crashes qui nous ont obligé à relancer le jeu. Conclusion Quatorze ans d’attente et IO Interactive relève le défi haut la main : 007 First Light est le meilleur jeu Bond jamais développé depuis Goldeneye, porté par une écriture scénaristique qui surprend jusqu’au bout, un gameplay hybride infiltration-action qui fonctionne vraiment, et un Patrick Gibson qui s’approprie le rôle avec une aisance qu’on n’attendait pas. Les défauts sont là : moteur Glacier vieillissant, temps de chargement pénibles, IA ennemie perfectible, Aston Martin trop absente. Mais ils ne pèsent pas lourd face à l’ensemble. Bond est de retour, et il n’a jamais été aussi bien traité en jeu vidéo.