Que vous soyez initié à la programmation ou non, l’atelier du jeu vidéo entend vous faciliter la création de jeu vidéo. 

Annoncé il y a un peu plus d’un mois dans la surprise générale, L’atelier du jeu vidéo débarque sur Nintendo Switch en proposant un concept plutôt original : permettre à l’utilisateur de créer son propre jeu vidéo. Le titre n’est alors pas à proprement parler un jeu vidéo, mais plutôt une interface intuitive et facile à comprendre accompagnant l’utilisateur dans son processus de création. Le concept n’est pas sans rappeler les récents Roblox et Core, permettant eux aussi de s’essayer à la programmation. 

A l’instar de la majorité de ses concurrents, Game Builder Garage souhaite ici nous initier à la programmation d’un tout autre type que le C# ou le javascript : la programmation nodale. Dans ce type de programmation, il n’est nullement question de devoir apprendre des lignes interminables de code, puisque tout repose sur une architecture basée sur des nodes, des sortes de petits carrés à relier entre eux. Chaque node propose une action ou interaction bien spécifique, et associer les nodes entre eux débouche sur un résultat souvent visible à l’écran.

L’atelier du jeu vidéo veut ici nous familiariser avec les nodons, tous catégorisés en quatre familles : Entrée, Milieu, Sortie et Objet. Les nodons d’entrée servent à envoyer une information lorsque l’on presse une touche sur un Joy-Con tandis que les sorties renvoient une information ou un effet à l’écran. Les objets permettent, en grande partie, de disposer sur l’écran des éléments 3D nécessaires à la construction de l’environnement tandis que les nodons de milieu permettent calculs, comparaison… 

Le titre propose un didacticiel extrêmement bien conçu permettant de très vite s’habituer à la programmation nodale.

A première vue, tout ce beau monde peut paraître très perturbant et décourageant. Cependant, et c’est là toute la subtilité de GBG, tout est fait pour que l’utilisateur s’y retrouve très facilement et sans la moindre confusion. En effet, dès votre entrée dans le titre, deux petites boules du nom de Bob et d’Alice vous encouragent à suivre leurs tutoriels afin de vous familiariser à la programmation. Le tutoriel est ainsi très bien fichu, avec 8 leçons vous présentant tous les nodes dont vous pouvez vous servir. Si le tutoriel peut vous paraître fort longuet (chaque leçon dure entre 60 et 90 minutes), nous ne pouvons que vous conseiller de passer par chacun d’entre eux avant de vous lancer dans le développement de votre premier jeu. Un petit bémol subsiste malgré tout dans le tutoriel. Les deux orbes qui vous accompagnent sont terriblement bavards, ce qui force à passer de longues minutes dans les lignes de dialogues sans ne pouvoir rien faire. 

Une fois les différentes leçons et énigmes passées, on peut enfin se lancer dans le vif du sujet. Et nous ne nous cacherons pas de le dire et de le crier à voix haute : c’est un plaisir de programmer dans L’atelier du jeu vidéo. Tout est fait pour que l’on se sente à l’aise dans notre processus de développement. Les différents nodes proposés sont bien souvent très explicites et permettent sans trop de difficulté de savoir comment les combiner. 

Une fois que l’on a pris en main le concept et que l’on a compris comment associer les nodes, reste un seul obstacle : votre imagination. Sur ce point, Nintendo a très bien fait les choses puisqu’il ne semble y avoir que très peu de restrictions dans les possibilités de création. Que ce soit un FPS, un platformer ou un jeu de courses, rien ne semble impossible à créer. Evidemment, vous ne créerez pas un monde ouvert de la taille d’Assassin’s Creed ou un FPS à la manière de Battlefield, mais les possibilités restent malgré tout nombreuses et, petits comme grands, trouveront sans doute le moyen de développer le jeu “de leurs rêves”.

Une chose pouvait en revanche sembler poser problème à l’annonce du titre : son ergonomie. L’atelier du jeu vidéo fonctionne selon deux écrans, à savoir l’écran de programmation et la vue du jeu. Si cette dernière est souvent configurée selon votre logique de création, ce qui ne devrait pas poser de problèmes, l’écran de programmation est quant à lui un peu plus problématique. En effet, si l’utilisation à l’écran tactile est vivement conseillée, les développeurs du titre vous proposent malgré tout de connecter une souris par USB au dock de la console pour profiter d’une souris comme sur ordinateur. C’est malheureusement bien moins ergonomique, puisqu’il est nécessaire de posséder une souris sans-fil compatible ou filaire, mais dont le câble serait suffisamment long pour parcourir votre salon. Dans le cas d’une souris filaire, dès que quelqu’un passe devant le signal envoyé par la souris au dock, une latence insupportable s’opère sur le déplacement du curseur. De plus, il est impossible d’accélérer ou de ralentir la vitesse de défilement du curseur, celui-ci étant bien trop lent. 

Il est possible de créer n’importe quel type de jeu : FPS, plate-formes 2D ou 3D, voiture…

Une fois votre jeu terminé, vous pouvez ensuite en faire ce que vous voulez. Vous pouvez alors y jouer seul ou avec un ami s’il s’agit d’un jeu multi, mais également le partager avec d’autres utilisateurs de Game Builder Garage pour qu’ils s’essaient à l’expérience. Il n’est (malheureusement) pas possible de publier votre jeu pour espérer une rémunération. De plus, la communauté fonctionne selon un système relativement étrange et mal adapté. Il n’est ainsi pas possible de partager votre création afin qu’elle apparaisse dans une grande bibliothèque disponible pour tous. Il faudra en effet partager le code correspondant à votre titre avec qui vous le souhaitez, à condition que les autres personnes disposent d’un abonnement Nintendo Switch Online. Le “modèle économique” est très moyen, puisqu’il nous force à souscrire à l’abonnement si on veut enrichir notre librairie de jeux. 

D’un point de vue esthétique, L’atelier du jeu vidéo s’en sort plutôt avec les honneurs. Si on n’atteint évidemment pas les performances affichées par Unity 3D ou Unreal Engine, le résultat se veut assez convaincant. On reste évidemment sur ce que la Nintendo Switch propose de mieux, avec des graphismes assez proches de ce qu’affichait un certain Super Mario Odyssey.

L’interface de programmation est quant à elle plus problématique. Si on s’y retrouve facilement, avec deux vues différentes correspondant à une vue du dessus et à une vue de face, on regrettera que l’affichage des différents nodes soit très brouillonnes une fois qu’on les accumule. En effet, dès que l’on place plusieurs nodes de type Bloc – Objet les uns près des autres, il devient très difficile de les discerner. Les blocs ont tous la même couleur et sont d’office fort semblables entre eux. De plus, il est toujours nécessaire d’effectuer de nombreux aller-retour entre les vues de programmation et de jeu pour voir les modifications. On aurait ainsi apprécié avoir une petite fenêtre dans un des coins de l’écran nous permettant de voir en temps réel ce qu’a modifié tel ajout de node.

L’interface peut vite se montrer brouillonne et peu claire.

La bande-son reste quant à elle dans le plus pur esprit Nintendo. La musique générale reste très enfantine, mais malgré tout très agréable à l’oreille. Le jeu que vous créez peut quant à lui bénéficier d’une bande-son différente, que vous pouvez choisir parmi une liste plutôt complète. Il y en a pour tous les goûts, même s’il n’est pas possible de sélectionner une mélodie sombre afin de créer un jeu d’horreur. Vous avez même la possibilité de modifier une musique sélectionnée, en en retirant par exemple un instrument ou un bruitage. Il existe également de nombreux effets musicaux venant donnant plus de vie à votre titre.

Enfin, d’un point de vue des bugs, Game Garage Builder est irréprochable. Que vous soyez dans le tutoriel ou seul dans l’interface de programmation, il n’existe aucun bug. Il en va de même lorsque vous vous trouvez dans le moteur 3D à tester votre jeu. En effet, ceux-ci tournent généralement très bien, sans la moindre chute de framerate, et le moindre bug présent relève fort souvent d’une erreur dans votre programmation plutôt que du jeu en lui-même.

Conclusion

L’atelier du jeu vidéo est un logiciel qui se destine à initier les plus jeunes à la programmation d’un jeu vidéo. Les commandes sont relativement intuitives, sauf à la souris, et il est plutôt facile d’accrocher les nodons entre eux pour concevoir les mécaniques et l’environnement du jeu. Les longs tutoriels fournis dans l’Atelier du jeu vidéo permettent de découvrir petit à petit les mécanismes de création d’un jeu. Les possibilités de création sont quasiment infinies, et il est possible de confectionner n’importe quel type de jeu : FPS, TPS, plates-formes… Seules quelques petits soucis d’ergonomie restent à déplorer. Clairement, ce n’est pas le type de jeu auquel on aurait l’idée de jouer sur un écran tactile. L’interface est relativement facile à prendre en main, même si elle devient très vite brouillonne lorsque les nodes se superposent et s’accumulent. Côté créations, le résultat est convaincant, mais ne vous attendez pas à pouvoir concevoir votre Assassin’s Creed. Chaque création peut cependant être partagée, au moyen d’un code. On regrette en revanche qu’il faille impérativement disposer d’un abonnement au Nintendo Switch Online pour partager ou recevoir des créations. L’atelier du jeu vidéo est clairement une très jolie façon de débuter dans la programmation. 

Game Builder Garage

7.4

Gameplay

7.5/10

Contenu

7.5/10

Graphismes

7.0/10

Bande son

7.0/10

Finition

8.0/10

Les + :

  • Un tutoriel extrêmement complet et facile
  • Destiné aussi bien aux petits qu'aux grands
  • La satisfaction de voir son jeu fonctionner
  • Des possibilités de création quasi infinies
  • De jolis graphismes, souvent adaptés aux performances de la Switch

Les - :

  • Beaucoup d'allers et retours entre les menus, surtout dans le tutoriel
  • Pas spécialement adapté à la souris
  • L'obligation de posséder un abonnement au Online pour télécharger des créations
  • Parfois trop bavard