Le réseau social Snapchat compte de nombreux comptes fisha. 

Variante du revenge-porn, le phénomène des comptes fisha a explosé durant le premier confinement. Le principe “des comptes fisha” est de partager des photos intimes sur les réseaux sociaux, et ce, sans le consentement des personnes représentées sur ces photos. Les propriétaires de ces comptes vont jusqu’à demander à leurs abonnés de leur envoyer des photos et vidéos reçues ou volées, mais également des informations personnelles sur les personnes qu’ils affichent,ce qui mène évidemment à du cyberharcèlement.

L’idée est « d’afficher et d’identifier des filles considérées comme “faciles” ou plus rarement, des garçons infidèles ou homosexuels », comme le souligne la Fédération des Centres de Planning familial des FPS. Une tendance qui a explosé lors du premier confinement et qui n’a cessé de croitre au fil des mois, faisant toujours plus de victimes.

Plusieurs éléments peuvent expliquer l’explosion du phénomène. Les échanges entre adolescents et jeunes adultes se sont résumés à du virtuel pendant plusieurs mois, favorisant l’envoi de photos intimes et dénudées. Rien d’anormal là-dedans, malheureusement, cela a eu pour effet pervers de favoriser certains comportements malveillants, notamment le revenge-porn, ce qui a conduit à la création de comptes fisha.

L’ennui et l’oisiveté liés au confinement ont certainement pesé dans la balance. Ajoutez à cela le sentiment d’impunité et d’intouchabilité que procure encore aujourd’hui Internet, malgré les campagnes de sensibilisation, et vous voilà avec des personnes qui partagent des photos intimes sans se rendre compte des conséquences que cela peut avoir pour l’individu affiché.

En plus de voir son intimité volée et diffusée à la vue de tous, le partage de ses informations personnelles peut mener à des vagues de cyberharcèlement importantes qui peuvent isoler la victime. Dans certains cas, les victimes peuvent aller jusqu’à tenter de mettre fin à leurs jours. Les cas de suicides chez les adolescentes victimes de comptes fisha et de revenge-porn sont préoccupants.

Punissable par la loi

À l’image de revenge-porn, ce type de pratique est puni par la loi en Belgique. Les comptes fisha peuvent en effet être assimilés à du revenge porn. Les individus qui diffusent des photos et vidéos intimes sans le consentement des personnes représentées s’exposent à une peine d’emprisonnement de six mois à cinq ans de prison, ainsi qu’à une amende de 200 à 15.000 euros. Cela vaut autant pour les abonnés des comptes fisha qui leur envoient des photos que pour les propriétaires de ces comptes.

Dans le cas de photos de mineurs, les sanctions peuvent être plus importantes.

Des groupes de résistance

L’explosion de cette pratique a été tellement importante durant le premier confinement de mars 2020 que de nombreux groupes se sont créés pour lutter contre le phénomène des comptes fisha, notamment sur Instagram et Twitter. De nombreuses personnes se sont en effet organisées pour signaler les contenus illicites, afin de faire fermer les comptes fisha. Malheureusement, la tâche est ardue, d’autant plus que les comptes se multiplient à grande vitesse.

Signaler les photos intimes partagées sans le consentement de la personne est un bon début. Vous pouvez également signaler les comptes qui partagent ce genre de photos.

Les personnes qui sont victimes de ces comptes fisha peuvent porter plainte. Pensez – malheureusement – à faire des captures d’écran. Vous pouvez prendre contact avec un planning familial pour vous aider dans vos démarches judiciaires, mais également pour avoir un soutien psychologique.

Les victimes des comptes fisha et donc du revenge-porn se sentent souvent responsables et honteuses de ce qu’il leur arrive. Elles ne sont pourtant pas responsables de la situation. Le mieux est de ne pas s’isoler dans ce genre de situation. Parlez-en à une personne de confiance ou à un psychologue.