Grooming, sexting ou sextorsion, les dérives de la pédophilie prennent plusieurs formes en ligne. Autorités, associations et particuliers s’activent pour faire de la prévention et réussir à trouver ces prédateurs sexuels. Malgré les efforts, les chiffres se maintiennent, le phénomène ne faiblit pas.

L’exploitation sexuelle, “c’est aussi bien en ligne que hors ligne“, confie Selyna Ayuso Ferrandiz de chez Child Focus. Dans son rapport annuel publié en mai dernier, la fondation a comptabilisé 267 dossiers dédiés à la sécurité en ligne, contre 275 en 2018.

Child Focus a enregistré 34 cas de grooming en 2019. C’est-à-dire une situation où un adulte approche un mineur en ligne ou sur les réseaux sociaux à des fins sexuelles. Un chiffre identique à l’année précédente. Ces dossiers reprennent des situations où un adulte a tenté d’approcher un mineur en ligne, à des fins sexuelles. Des situations qui ont été dénoncées ou révélées.

Les auteurs opèrent sur Facebook, Snapchat, Instagram, TikTok et plus encore. Finalement, “partout où il y a les jeunes“, comme l’explique Selyna Ayuso Ferrandiz.

Les risques sur Internet et sur les réseaux sociaux peuvent prendre plusieurs formes. “Le grooming, se base surtout sur la confiance et la construction de la relation“. Une relation de confiance que le groomeur établit pour soutirer des images à caractères sexuels, ou dans le pire des cas obtenir un rendez-vous avec le mineur. Cette prise de contact physique n’est pour autant pas systématique.

Mais “du moment qu’un groomeur fait le premier pas avec un enfant, il s’agit d’un fait criminel grave, donc peu importe qu’il passe à l’acte ou pas, chaque tentative est condamnable” explique Selyna Ayuso Ferrandiz. Dans son rapport annuel, Child Focus enregistre une augmentation du nombre d’appels pour du chantage ou de l’intimidation sexuelle. Les jeunes ont plus de difficultés à demander de l’aide dans les cas de grooming : “nous recevons surtout les appels des parents, ce sont souvent des parents qui tombent sur des conversations un peu suspectes sur l’ordinateur ou sur le smartphone de leur enfant“. Les chiffres sont alors d’autant plus inquiétants : “ça veut quand même dire qu’il y en a surement beaucoup plus ce que nous avons dans nos chiffres“.

Sexting, sextorsion et intimidation sexuelle

La cyberpédophilie prend donc le nom de grooming en ligne. Les risques sur Internet ne se limitent pas à ces dérives-là.

Le sexting désigne la situation où “deux jeunes s’envoient des photos, des images, des échanges intimes, des photos dénudées ou à caractère sexuel“. Une pratique qui peut se passer d’une bonne manière, selon Child Focus. “Mais nous avons des dossiers chez nous où on parle de sexting problématique, où là il y a un problème“. Par exemple si un des deux jeunes décide de partager les images intimes à d’autres personnes sans l’autorisation de la personne concernée. La fondation condamne ces pratiques, Child Focus “fait beaucoup de prévention pour qu’ils le fassent d’une bonne manière, ou que ces échanges de photos soient respectueux“. Le nombre de dossiers de sexting problématique est passé de 111 à 98, entre 2018 et 2019.

Dans certains cas, un des deux jeunes peut demander de l’argent contre la promesse que les photos envoyées resteront confidentielles. La pratique s’approche alors de la sextorsion. Une intimidation par le chantage, qui a également lieu entre inconnus. “C’est vraiment quelqu’un qui va essayer de faire du chantage à une personne“, explique Selyna Ayuso Ferrandiz. Également en baisse, la fondation enregistre 55 cas en 2019 contre 46 en 2018.

Enfin, il y a l’intimidation sexuelle. Le nombre de dossiers est passé de 18 à 21 en une année. Il peut s’agir de cyberharcèlement, de proposition de défis ou de messages malveillants comme ce qu’on appelle les “unsolicited dick pics“, des photos de parties intimes envoyées sans autorisation ni consentement de la personne qui les reçoit.

Des chiffres inquiétants

Le 19 juin dernier, Europol annonçait une augmentation des échanges d’images pédopornographiques durant le confinement. La directrice exécutive d’Europol, Catherine De Bolle, a déclaré : «La crise du COVID-19 a entraîné une forte augmentation de la distribution en ligne de matériel pédopornographique, qui était déjà à des niveaux élevés avant la pandémie”.  Elle ajoute également que : “l’impact de cette zone de criminalité ne peut guère être surestimé et une réponse efficace est de la plus haute importance“.

La ligne d’assistance flamande StopItNow! et la section de la maltraitance des enfants de la police fédérale ont également constaté une augmentation du nombre de signalements, selon Demorgen. Yves Goethals chef de la section de la police fédérale a déclaré qu’il y avait une augmentation de 30% des signalements entre mi-mars et mi-avril. Le commissaire Olivier Bogaert a également commenté le phénomène au micro de la RTBF. “Ils se renseignent sur d’autres plateformes pour avoir plus d’informations et se faire passer pour quelqu’un d’assez proche.  Par exemple : “Je t’ai déjà vu dans la cour de récréation (…) C’est génial ce que tu postes sur Tik Tok “, explique-t-il. ECPAT Belgique, qui lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants explique qu’en “raison de leur exposition prolongée en ligne, les mineurs deviennent plus vulnérables face aux risques d’exploitation sexuelle“, dans leur analyse réalisée en avril dernier. La production d’images pédopornographiques ne diminue pas. ECPAT Belgique indique même que durant le confinement : “la demande s’adapte et les abuseurs se tournent davantage vers la diffusion en « live streaming » de ce genre d’abus”.

Ces chasseurs d’images d’enfants ne sont pas invisibles en ligne. Un service de la Police fédérale, la cellule Child Abuse, est dédié à la poursuite de ces pedocriminels en ligne. Notamment grâce aux Zoomers, qui visionnent des images d’abus sexuels pour identifier des victimes. Certains citoyens ont même développé des réseaux de pistages ultras organisés sur Facebook.

Du côté des parents, les équipes de la fondation Child Focus insistent sur l’ouverture d’esprit pour entraîner une discussion : “que l’enfant sache qu’il a une personne de confiance“. Et de comprendre ces outils, “par exemple, aller voir TikTok une fois, qu’est-ce que c’est, comment ça fonctionne“, explique-t-elle. Pour les jeunes, Child Focus les conseille sur la confidentialité comme vérifier ses paramètres de confidentialité, ne pas publier d’informations très personnelles. Mais Selyna Ayuso Ferrandiz parle également de la règle des dix minutes. Une règle qui consiste à “ajouter des personnes sur les réseaux sociaux ou accepter des followers – que ce soit sur Instagram, Twitter, Tik Tok, peu importe – uniquement accepter des personnes que l’on a déjà vu dans la vraie vie, et à qui on a déjà parlé pendant dix minutes“.