La section Child Abuse de la police fédérale est chargée d’analyser des images pédopornographiques sur Internet pour identifier des victimes, des auteurs ou des réseaux pour limiter la propagation de ces images en ligne. 

Le département de la police fédérale Belge dédiée à l’analyse des images pédopornographiques en ligne, Child Abuse, est également le point de contact international pour ce type d’information. Ces enquêteurs sont des “Zoomers” ; ils sont chargés de chercher un maximum d’éléments dans ces photos d’abus sexuel sur des enfants mineurs pour retrouver ces victimes et identifier les auteurs des faits. Ils s’appuient en partie sur un logiciel, mais une partie de la tâche repose également sur un travail humain.

Une partie du processus automatisé

Le nombre d’images à analyser dépend des dossiers. “Il y a dix ans, on a commencé avec deux trois CD par dossier, à ce moment-là c’était très grand“, se rappelle le policier. Aujourd’hui, les capacités d’analyses se sont démultipliées. Grâce à un logiciel, les autorités n’ont pas besoin d’analyser photo par photo, ils peuvent avoir accès à “des analyses, des comparaisons avec des bases de données“. Une automatisation qui permet d’augmenter le nombre d’images à analyser et donc le nombre d’indices. “Parfois on a des dossiers avec deux, trois millions d’images“, témoigne Yves Goethals. “70% du travail aujourd’hui est automatisé“. Il ajoute que concernant le reste des images, “c’est le job de l’enquêteur pour le visionner et décider quoi faire“.

Lorsqu’ils visionnent les images, ces policiers qu’on appelle Zoomers s’attachent à des “détails”. Dans une présentation de la profession publié sur le site de la police fédérale, Monja une des enquêtrice parle d’une recherche d’éléments à recouper qui donne un indice sur la victime, l’auteur ou le lieu. “Un meuble, un vêtement, la vue par une fenêtre, une peluche… Je zoome constamment sur des détails“, raconte l’enquêtrice.

Les enquêteurs sont tout de même face à ces images une bonne partie de la journée. Une visite annuelle chez un psychologue est obligatoire. Yves Goethals explique qu’il parvient à faire le vide : “J’arrive à faire un switch dans mon esprit et à mettre de côté un dossier pour aller parler budget à une réunion. C’est une question d’habitude“.

Des images démultipliées sur le net

Anonymat, faux profil, échanges d’images : Internet est un outil de taille pour les pédophiles. Yves Goethals témoigne sur le site de la police fédérale : “autrefois, les pédophiles s’échangeaient déjà des images, mais ils développaient leurs photos et se les envoyaient sous enveloppe. Le web a cependant fait exploser le volume d’images“. Un travail plus long donc pour les enquêteurs, mais les outils numériques offrent de nouvelles opportunités pour la recherche de ces cyber pédophiles.

Des opportunités qui doivent s’allier à l’humain pour le chef de section de Child Abuse. “À ce jour, nous n’avons pas encore réussi à expliquer à un ordinateur ce qu’est un abus sexuel sur mineur. Il n’en demeure pas moins que la technologie nous aide sérieusement“.

Des citoyens qui traquent des pédophiles sur Internet

En créant de faux comptes d’enfants sur des réseaux sociaux, des citoyens organisés en groupes géographiques recueillent des preuves de culpabilité en discutant avec des pédophiles. Si cette stratégie peut s’avérer efficace, les corps de police ne sont pas autorisés à utiliser ce type de processus. “En étant policier, la loi ne nous donne pas la possibilité de se présenter comme un enfant ou comme quelqu’un d’autre pour obtenir des images“.

A priori et en théorie ils font quelque chose d’illégal, ils sont à la recherche d’images pédopornographiques“, explique le policier. Ces traqueurs de pédophiles téléchargent ces images pour mener leurs enquêtes. “Si ce site est par hasard sous contrôle de services de police quelque part dans le monde on reçoit le numéro de l’adresse IP des gens qui ont visité ce site, qui ont échangé des images”. Les services de police reçoivent donc également les adresses IP de ces citoyens : “c’est une adresse IP qui a visité ces sites-là, qui a téléchargé, qui a uploadé des photos, donc pour nous c’est un suspect”.

Parallèlement, ces citoyens engagés ont tout de même réussi à faire ouvrir des enquêtes avec des dossiers très bien ficelés.

Si le policier ne condamne pas ces pratiques, il ne les soutient pas pour autant : “je comprends que des gens veulent faire ça, à la limite c’est leur choix, mais nous à la police nous ne sommes pas de très grands supporters de cette méthode“.