La rédaction de Radio 1 s’est livrée à un petit test avec son lectorat en comparant les résultats de recherche des différents utilisateurs en fonction des données et préférences en la possession de Google. La mini-enquête révèle que pour des sujets précis, les résultats sont généralement assez similaires, mais ont tendance à s’écarter un peu lorsque le sujet devient de plus en plus général.


Google nous l’expliquait dans sa nouvelle politique de confidentialité : chaque utilisateur aura des résultats de plus en plus personnalisés. En tapant Jaguar par exemple, votre moteur de recherche saura par lui-même s’il s’agit de rechercher le félin ou le véhicule de luxe. Une politique qui fait froid dans le dos de certains et excite l’imagination d’autres, plus enthousiastes à l’idée d’avoir des résultats personnalisés et donc plus précis.

Le débat n’est pas nouveau, puisque Microsoft combat cette politique depuis de nombreuses années, avec notamment sa campagne Gmail-man, remise au goût du jour cette année. Microsoft que Google accuse lui-même d’utiliser des méthodes similaires. Loin de nous l’idée de trancher sur lequel des deux géants a raison, mais l’idée de voir son courrier électronique, ses déplacements, ses recherches et toutes ses préférences analysées ne plait clairement pas à tous. C’est d’ailleurs dans ce même ordre d’idées que les Etats-Unis étudient à l’heure actuelle une charte sur la protection des données des internautes.

En pratique, l’idée n’est cependant pas mauvaise puisqu’elle faciliterait clairement nos recherches sur le net et permettrait d’économiser beaucoup de temps. Dans son livre “Filter Bubble”, l’écrivain américain Eli Pariser explique que les algorithmes utilisés pour “trier le Web” grâce aux différentes informations en la possession des moteurs de recherche permettent déjà d’avoir des résultats très différents d’une personne à l’autre. L’historique de recherche, les habitudes de “clic” et les différents abonnements sur le Web des utilisateurs permettraient de cibler le mieux possible l’information. C’est ainsi qu’en tappant “BP”, un utilisateur tombera sur des nouvelles sur l’investissement dans le groupe British Petroleum tandis qu’un autre obtiendra une information plus générale sur le scandale de la marée noire de British Petroleum explique l’écrivain.

La personnalisation des recherches nous rendrait “plus vulnérable à la propagande”

Dans un article de 2010, un journaliste du Guardian expliquait le nouveau fonctionnement des moteurs de recherche comme ce qui suit : “Chaque site est un silo isolé des autres par un mur.” “Le plus on entre d’informations, le plus on s’isole. […] Le plus ce type d’architecture devient populaire, le plus le Web se fragmente et le moins nous pouvons apprécier un espace d’information universelle” conclut-il. Il est vrai que la personnalisation pose des questions évidentes. Quid si, une fois n’est pas coutume, l’utilisateur souhaite avoir des informations sur l’investissement dans le groupe British Petroleum et non pas sur la marée noire? Quid aussi si les choses continuent à évoluer et les moteurs de recherche fragmentent davantage l’Internet sans que l’on ne s’en rende compte, influençant directement notre avis sur diverses questions prenant toutes les décisions à notre place? Certaines personnes voient ces personnalisations d’un très mauvais oeil. On l’a vu il y a un certain temps sur le net avec la presse francophone, Google peut également supprimer un réseau de la toile en un instant. En allant plus loin dans ce raisonnement, on pourrait donc imaginer des partenariats financiers de conglomérats de l’information qui influenceraient directement les recherches et banniraient certains sites, versant moins ou jugés moins intéressants par le moteur de recherche. Cela s’applique à Google mais également à tous les autres. Pariser va encore plus loin en affirmant que la personnalisation des recherches peut nous rendre “plus vulnérable à la propagande et à la manipulation.

Des résultats effrayants chez nous

Mais à quel point sommes-nous exposés à cette personnalisation des recherches? Nos confrères néerlandophones de Radio1 se sont intéressés au sujet et ont organisé une petite enquête auprès de leur lectorat. Il ressort de celle-ci que lorsqu’il s’agit d’une notion plutôt limitée et qui n’a pas forcément de sens caché, comme “l’amour” par exemple, les résultats sont identiques à 94% et partiellement identiques à 2%. Autrement dit, l’impact de la recherche personnalisée ne se fait pas trop ressentir. A contrario, lorsqu’il s’agit d’un sujet beaucoup plus vaste, comme “la Grèce”, seuls 24% des participants ont eu strictement les mêmes résultats, ce qui laisserait 50% de résultats partiellement identiques et 26% totalement différents. Un petit jeu très amusant qui montre la dangerosité d’un tel système.

Bien sûr, il est possible de changer les paramètres, mais combien d’entre nous n’acceptent pas toutes les règles de confidentialité sans lire le moindre paragraphe et restent avec la configuration initiale sans se soucier des conséquences que cela peut avoir? En outre, comme l’auteur de Filter Bubble le précise, il s’agit d’un phénomène qu’on ne voit pas et dont on ne se rend pas compte. Selon lui, il provoque également un paradoxe inattendu. Les recherches passées définissant nos résultats futurs, l’internaute est séparé d’un pan complet du net et tourne de plus en plus en rond dans une sphère qui le dirige vers des résultats toujours plus limités qui auraient tendance à le conditionner. Les résultats personnalisés nous emmèneraient-ils donc tout droit vers un “Meilleur des mondes” au mode de pensée unique?

A ce sujet, nous aimerions consulter notre lectorat. La personnalisation des recherches est-elle une idée qui vous effraye ou vous enthousiasme? Avez-vous l’impression d’en ressentir déjà les effets?

Le débat continue sur le forum.

4 Commentaires

  1. Un des autres problèmes des recherches “personnalisées” c’est qu’on ne découvre plus grand chose…

    Avant, en cherchant un livre à la bibliothèque on pouvait tomber sur un autre susceptible d’être intéressant.

    Avant, en cherchant sur le net on pouvait tomber sur des articles ou autre qui pouvait être aussi intéressant.

    Maintenant quand on fait une recherche sur un terme qui correspond à un autre domaine que la recherche habituelle, il faut bien penser à vider les caches de son navigateur pour obtenir un résultat exploitable.

    ‘fin bon, c’est le problème du “toujours plus” qui part dans tout les sens. On commence par offrir un service valable qui a de l’avenir et ça fini par un truc qui finit de taper des requêtes à ta place, te propose des résultats uniquement basé sur un “profile” habituel “classique”.

    Combien d’entre vous on pété un câble après ce foutu téléphone qui fini les mots à votre place parce que vous n’avez pas été assez rapide pour appuyer sur le prochain caractère ?
    Ou encore la version amélioré de Safari qui ne se contente plus de souligner en rouge les fautes mais qui corrige de lui même et on se retrouve avec encore bien plus de faute…

    Il faut faire sur le net comme en dehors, fuir toutes les entreprises qui deviennent trop grosse. Google c’était bien parce que c’était le seul moteur de recherche à ne pas coller de pub partout, ils sont passé premier uniquement grâce à ça mais depuis c’est devenue une sale entreprise qui ne cherche plus à gagner sa vie en proposant des service mais à s’enrichir en fliquant et en asservissant (uniquement pour vous et certainement pas pour eux)… schéma classique

  2. Curieux hasard…

    Le midi je parle d’une marque peu connue au gsm (OS du gsm Androïde=Google) et le soir sur youtube (=Google) la marque en question s’affiche en publicité ?!

    Coïncidence ?

    Qu’en pensez-vous ?

    PS Je suis certain de n’avoir utilisé cette marque ni dans google ni dans gmail…

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