Barack Obama s’est rendu, mercredi, au siège de Facebook pour défendre sa stratégie budgétaire auprès des utilisateurs du réseau social, vivier sur lequel il compte pour tenter de conserver la Maison-Blanche en 2012. Une stratégie de communication politique “logique et rationnelle” selon François Heinderyckx, sociologue des médias au département des Sciences de l’information et de la communication à l’ULB. Entretien.

Obama, dans un style décontracté, interrogé par Marc Zuckerberg dans les locaux de Facebook, ce n’est pas si courant pour un président américain…
“On pourrait presque accuser Obama de démagogie sur ce coup là. Chez Facebook, il partait en terrain conquis ! Il connait Marc Zuckerberg, il était dans une position assez confortable. Mais ça permet d’envoyer un message clair: Barack Obama est un président moderne.”

Son déplacement s’inscrit dans sa stratégie de communication, d’aller chercher un public là où il est. Autre exemple: Obama s’est rendu au Daily Show de Jon Stewart, une émission considérée comme très influente auprès des jeunes. Une manière intelligente et rationnelle de contrer le désintéret de ces jeunes envers la politique…”

“Il faut reconnaitre que Barack Obama est trop fort sur le plan de la communication. Il s’adapte très facilement au public qu’il a en face de lui, il est à l’aise dans toutes les situations. Le président est entouré par une très bonne équipe de communication, c’est certain, mais il est aussi naturellement très doué.”

Dans ce genre d’entretien, voit-on le président américain ou le candidat à la réelection ?
“Obama se retrouve dans un moment délicat en terme de communication politique. D’un coté, il a le dossier très chaud du budget à gérer – un enjeu majeur ! – dans lequel il doit jouer de sa posture présidentielle. De l’autre, il est déjà candidat à la réelection pour un deuxième mandat.”

“Et c’est d’autant plus délicat que sa réelection n’est pas acquise car, même chez les électeurs qui ont voté pour lui, on lui reproche de ne pas avoir tenu ses promesses et d’être un peu rentré dans le rang. L’enjeu pour Obama, c’est donc, désormais, de jongler entre la nécessité de re-muscler son discours pour retrouver “l’Obama du changement”, de l’autre la volonté de ne pas entraver ses chances d’arriver à un compromis acceptable sur le budget.”

“A titre personnel, je trouve qu’il s’en sort remarquablement bien. Il trouve un équilibre un discours ferme tout en restant extrêmement mesuré envers ses adversaires. Mais ça n’empêche: il pourrait s’écraser sur les deux tableaux….”

Cette diversification de la communication politique est-elle aussi présente chez nous, en Belgique ?

“En Belgique, c’est très différent. Chez nous, le terrain est moins varié, les politiques ne savent pas trop vers quoi se diriger. D’autant qu’ils sont facilement accusés de sortir de leur rôle… “

“Pour prendre deux exemples assez opposés: d’un côté, vous avez Daerden, qui est vraiment un cas à part, qui est dans une spirale dans laquelle il insiste sur cette image du pitre, il est un peu tombé dans le piège. De l’autre, vous avez un Bart De Wever, qui, même s’il s’écarte parfois de sentiers politiques, conserve en permanence un côté relativement sérieux.”

C’est aussi la faute des médias ?

“On ne peut pas en vouloir aux médias de vouloir sortir de l’actualité politique “pure”. Prenez les journaux des 2, 4, 6, 8 derniers mois, on y retrouve les mêmes informations politiques ! Les journalistes aussi doivent lutter contre le désintérêt général de leur lectorat envers la politique. Il est donc logique de les voir emprunter des chemins différents, parfois plus décalés, parfois plus légers. Ainsi, cette semaine, comme souvent, on a eu droit aux endroits de vacances des politiques…”