Alors que l’année 2023 s’annonçait riche en sorties du côté de la Xbox, c’est la douche froide pour les joueurs. Minecraft Legends a reçu un accueil glacial et Redfall semble bien parti pour lui emboîter le pas. Rien ne va plus chez Microsoft. La firme de Seattle a pourtant adopté une approche unique en donnant une totale liberté créative à ses nombreux studios et en n’hésitant pas à repousser de plusieurs mois certains jeux… Depuis quelques mois toutefois, elle enchaine les fiascos. Après Minecraft Legends, c’est ainsi au tour de Redfall de mordre la poussière. Certes, le jeu n’avait pas vraiment suscité un énorme engouement des joueurs dès sa première présentation. Développé par le studio Arkane (pas celui derrière Deathloop mais celui qui a planché sur le reboot de Prey), le projet avait pourtant tout pour séduire sur le papier. Bethesda Softworks avait repoussé la sortie du titre de plusieurs mois… Cela n’aura toutefois pas empêché le naufrage dès la sortie. L’univers a du charme, mais esthétiquement, on a beaucoup de mal à être impressionné. Dès le premier contact, le ton est donné. Redfall donne réellement l’impression de n’être qu’une version alpha d’un jeu qui aurait dû être annulé. Esthétiquement tout d’abord, rien qui ne nous mette une jolie claque. On est pourtant là face à un des premiers vrais jeux “new gen”. Le titre ne tourne de facto pas sur Xbox One mais uniquement sur Xbox Series. Et vu les textures immondes auxquelles on a droit et aux modélisations grotesques des visages, on se demande bien ce que le studio a fait en quatre (à cinq?) longues années de développement… Niveau textures, on a vu mieux… Alors oui, bien sûr, on est ici dans un monde ouvert et pas dans un “bête shooter”. Mais tout de même. Même Back 4 Blood, qui n’était pourtant pas une claque en son temps, nous a paru plus joli. Pour autant, ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain : Redfall parvient à attirer le regard grâce à son univers graphique et sa jolie patte artistique : les décors sont stylés et les créatures ont un design particulièrement réussi… Pour un titre next-gen (ou new-gen), difficile pourtant de ne pas être déçu. Autre choc instantané : même la jouabilité semble avoir été très mal réglée. Par défaut, vos mouvements seront hyper saccadés. Il faudra impérativement aller dans les paramètres de votre console pour modifier la sensibilité du stick droit. Et ça, ce n’est déjà pas très bon signe. Vous vous verrez confier des missions par les PNJ. Et puis bien sûr, il y a la cinématique d’intro, pas réalisée avec le moteur du jeu mais des images fixes… Un peu cheap pour un jeu triple-A tout de même. Globalement d’ailleurs, si le monde de Redfall est travaillé, son scénario est très maladroitement mis en scène, et surtout de façon très minimaliste. La plupart des éléments scénaristiques vous seront présentés à travers des lettres et documents à récupérer dans le monde ouvert. Tout un programme. Concrètement, on se retrouve piégé sur une île envahie par les vampires, qui sont parvenus à obscurcir le ciel pour régner en maîtres sur les lieux. Le concept est sympa, mais on ne nous présente pratiquement aucun personnage humain et surtout, on a beaucoup de mal à s’attacher à nos quatre héros, qui ont autant de charisme qu’une huitre. Les 15 premières minutes de jeu suffisent à se rendre compte des défauts du jeu : une I.A. complètement à l’ouest, des bugs en pagaille, du loot à tout va et des gunfights qui manquent cruellement de peps. Certes, le feeling des armes n’est pas mauvais, mais même avec des réglages poussés, la visée semble terriblement imprécise et les gunfights se réduisent à des séquences de tir au pigeon, vos adversaires ayant la fâcheuse tendance à courir dans tous les sens sans jamais prendre couverture… On frôle le désastre. Au niveau de l’arsenal, on retrouve des revolvers, shotguns, fusils de sniper et mitrailleuses. Heureusement, Redfall est sauvé par son monde ouvert, plutôt réussi, avec ses décors au level-design soignés, ses nombreuses activités secondes (à défaut d’être passionnantes), son arsenal personnalisable et son mélange de styles. Car ici, pour réaliser un objectif, vous pourrez prendre plusieurs voies. Foncer dans le tas, shotgun au poing, éliminer silencieusement ses ennemis, se faufiler sans se faire remarquer… C’est plutôt à son avantage. Même si dans la pratique, ce sont encore les gunfights qui fonctionnent le mieux vu l’IA des ennemis… Le feeling des armes est également plutôt bon. On notera au passage que Redfall hérite d’éléments de soft RPG avec un système de gain d’expérience et de niveaux qui vous oblige à renouveler sans cesse votre arsenal. Sympa, surtout que c’est plutôt bien intégré dans le jeu. Attention toutefois, cette mécanique de jeu est aussi liée à un aspect incontournable du titre : il faut looter sans cesse. Vous passerez le plus clair de votre temps à récupérer des matériaux rares, de nouvelles armes et des munitions dans les décors visités. Et si le concept est sympa, il faut bien avouer que les développeurs ont tendance à en abuser récemment et que dans Redfall en particulier, vous passerez vraiment beaucoup de temps à looter… A quatre c’est tout de même plus sympa… La vraie bonne idée du jeu, c’est de tenter de proposer une expérience hybride avec un mode solo qui peut facilement devenir un mode coop (jusqu’à quatre joueurs). la formule fonctionne en tout cas aussi bien seul qu’à plusieurs. Pour autant, l’aventure est loin d’être passionnante. Tout d’abord, parce qu’il faut bien l’avouer : le jeu a tendance à être atrocement répétitif. Ensuite, parce qu’au niveau des missions, les enjeux sont maigres et les objectifs souvent mineurs. On amène une montre dans le cimetière, on triangule une position, on tue un gang de vampires, on cherche un rescapé et on recommence… On a déjà vu plus passionnant. Les séquences anthologiques sont très peu nombreuses, tout l’inverse d’un Dead Island 2 en somme. Au contraire, on a ici droit à un paquet de petites embuscades dans des milieux urbains. C’est sympa, mais on en fait vite le tour. Pareil pour ce qui est des pouvoirs de nos quatre personnages, censés apporter de la profondeur au gameplay, mais qui en définitive ne sont que des gadgets peu intéressants. L’un de vos personnages pourra ainsi “marquer” ses ennemis, l’autre pourra utiliser un petit robot comme hameçon, etc. Pour que cela fonctionne, encore faut-il que les quatre joueurs se mettent d’accord sur l’approche d’un combat… Plus fou encore, il n’y a pas de matchmaking. Autrement dit, si vous n’avez pas de potes qui y jouent, vous vous retrouverez tout seul. Et vu que le titre a été pensé pour le multi à la base, on ne retrouve pas non plus de bouton pause en solo… S’il propose une durée de vie plutôt solide, Redfall ne parvient donc pas vraiment à marquer les esprits, la faute à une technique d’un autre temps, à une finition désastreuse, des missions répétitives et une narration minimaliste. On l’a bien compris, Arkane a tenté de récupérer la formule d’un Left 4 Dead ou d’un Back 4 Blood et à l’appliquer au monde des vampires. Sauf que le studio américain n’avait aucune expérience dans ce domaine, et aurait certainement du se cantonner à un jeu solo… S’il n’est pas absolument désastreux, Redfall est un shooter qu’on aura malheureusement très vite oublié. Heureusement, il y a un gros lot de consolation : le titre est accessible gratuitement dans le Gamepass. Conclusion Techniquement très décevant, peu captivant dans son scénario et répétitif en solo comme en coop, Redfall peine à convaincre. Dès les premières minutes de jeu, on se rend compte des très gros défauts du jeu. La finition est absolument désastreuse. Pour un titre “new-gen”, le jeu de Bethesda n’impressionne guère également. Il a toutefois pour lui un univers qui n’est pas sans charme et un concept sympa : explorer un vaste monde ouvert rempli de vampires avec ses amis, pour libérer progressivement l’île de Redfall. La formule ne parvient toutefois jamais à séduire, la faute à des missions répétitives et sans enjeux, une IA médiocre et une narration minimaliste. S’il n’est pas le plus mauvais jeu de l’année, Redfall n’en reste pas moins une grosse déception, et probablement l’un des shooters coopératifs parmi les moins intéressants à jouer avec ses amis.