Test – Vampire The Masquerade Swansong : la narration à petit budget

Si les fans de la franchise attendent avec une certaine impatience Bloodlines 2, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ont eu de quoi s’occuper ces derniers mois avec BloodHunt et Swansong, deux jeux prenant place dans l’univers de Vampire The Masquerade, qui osent des approches différentes.

Inspiré du célèbre jeu de rôle Vampire The Masquerade, Swansong se présente comme un jeu de rôle narratif dans lequel chaque choix du joueur impacte le scénario. L’éditeur français Nacon a confié le projet au petit studio Big Bad Wolf, qui nous avait très agréablement surpris avec le très sympathique The Council. Avec un tel pédigrée, on s’attendait à un titre très verbeux, brossant dans le sens du poil les fans de la franchise.

Vous êtes prévenu : le jeu est très verbeux. Le scénario est toutefois très agréable à suivre.

Et c’est précisément ce que le petit studio français nous délivre. Avant d’aller plus loin dans ce test, il convient toutefois de le préciser : Swansong est clairement un jeu qui se destine à un public de niche. Essentiellement, les fans de l’univers de Vampire The Masquerade. Pourquoi? Tout d’abord, parce que niveau scénario, on a droit à du lourd. Les dialogues sont nombreux, les intervenants aussi et un joueur lambda aura parfois du mal à se retrouver dans cet univers complexe. Les mécanismes de jeu ne sont également pas forcément évidents à mémoriser pour un débutant… Ensuite, parce qu’au niveau du gameplay, on est ici face à un titre très spécifique : quelque part à mi-chemin entre un jeu narratif constitué de cut-scenes et de dialogues et un jeu d’enquête à la Sherlock Holmes.

Pour ceux qui ne connaitraient pas du tout la franchise, Swansong réalise toutefois un excellent travail de présentation, avec une très longue intro qui présente les enjeux. L’action prend place en plein coeur de Boston. Vous incarnez Emem, une vampire qui est la propriétaire des clubs les plus select de la ville. Elle a rejoint le clan de la Caramilla, qui est mené par Hazel, le “Prince”, chargée de faire respecter la loi élémentaire de tous les vampires : la Masquarade. Concrètement, si les affrontements entre les différentes factions sont autorisés, les vampires doivent à tout prix rester invisibles aux yeux de la société. Ce sont pourtant eux qui la gouvernent…

Il faudra régulièrement se sustenter pour faire retomber sa soif de sang.

D’un point de vue narratif, Swansong est une franche réussite. Le jeu prend littéralement la forme d’un film interactif dans lequel on intervient finalement très peu. Il consiste en une succession de cut-scenes entrecoupées par quelques dialogues dans lesquels on peut influer sur le déroulement du scénario et quelques courtes séquences de gameplay – la plupart du temps, de l’investigation. Si vous y avez déjà joué, on se rapproche ici d’un Detroit.

On le sent, les développeurs sont passionnés par l’univers de The Masquerade. Les dialogues sont extrêmement bien écrits, le déroulement est imprévisible et le récit passionnant de bout en bout. La présentation du jeu est également soignée avec des angles de caméra très bien choisis pour les cut-scenes, d’excellents doublages en anglais (sous-titrés en français) et une bande son efficace. Attention toutefois, le tout n’est pas forcément très accessible aux néophytes, qui devront souvent explorer le glossaire pour progresser.

Le character design n’est pas vraiment le fort du jeu…

Le seul reproche que l’on adresse au titre, concernant son scénario concerne la galerie de personnages qui nous sont ici présentés, totalement inexpressifs – compte tenu des animations faciales d’un autre âge -, globalement trop nombreux pour qu’on se les remémore tous et surtout pas franchement réussis artistiquement. C’est bien simple, à l’exception d’Emem, difficile de s’attacher aux personnages de ce récit. Leurs looks extravagants sied certes à l’univers du jeu de rôle, mais difficile de leur trouver un charme.

Si d’un point de vue narratif, le jeu de Big Bad Wolf réalise presqu’un sans faute, le résultat est beaucoup moins convaincant en ce qui concerne son gameplay et sa réalisation. Clairement, ce n’est pas l’ambition qui manquait au studio. Swansong offre un récit long, complexe, avec de nombreux embranchements narratifs et il intègre également quelques excellentes idées. Techniquement toutefois, le titre est extrêmement pauvre, même sur les consoles de nouvelle génération. Les décors sont vides, les animations faciales comparables à celles d’une production d’il y a dix ans, les bugs (principalement, des textures qui s’affichent en retard) se comptent par dizaines et on le sent, le tout a manqué cruellement de budget. Etonnamment, cela se ressent plus dans les cut-scenes, réalisées avec le moteur du jeu, que dans les quelques séquences d’exploration, où le jeu paraît presque “joli”.

Quelques séquences de gameplay viennent entrecouper les cut-scenes.

Côté gameplay, le jeu a également du mal à trouver sa propre identité. Il emprunte des éléments à différents genres. Comme nous l’avons dit, le titre est très verbeux. Les cut-scenes sont nombreuses et contrairement à un jeu de Telltale, vous n’aurez pas grand chose à faire pendant celles-ci puisqu’elles ne sont pas interactives. Entre deux cut-scenes, il faudra dialoguer avec des PNJ. Durant ces conversations, vous pourrez utiliser les compétences de votre personnage (définies en début de partie). Concrètement, votre personnage a certains talents d’orateur. Il est capable de faire preuve de rhétorique, de persuasion, de séduction… Chaque élément est défini en début de partie par le joueur, mais peut être amélioré avec l’expérience gagnée. Sur base de vos statistiques, vous pourrez faire pencher la balance en votre faveur à travers les joutes verbales. Les statistiques des deux personnages seront confrontées. Celui avec la meilleure statistique remportera le duel. Cela n’est toutefois pas si facile qu’on peut le penser puisqu’il faudra être stratège dans ses choix, augmenter temporairement ses points de volonté avec des boosters voire prendre des risques en augmentant son niveau de faim – quitte à devenir une bête féroce qui dévorera un humain aussitôt qu’il en croisera un. Le système de dialogues est intelligent et ne manquera pas de passionner les amateurs de jeux narratifs. Pour le joueur lambda, tout cela n’est toutefois pas facile à appréhender, en particulier les menus d’amélioration des compétences.

Vous aurez parfois affaire à l’une ou l’autre énigme.

Ce qui est très intéressant avec ce système, c’est que la moindre erreur, ou le moindre succès dans ces joutes peut lourdement impacter le scénario. Il existe donc une certaine rejouabilité.

Et puis, bien sûr, il y a la partie enquête, des séquences de gameplay en temps réel, durant lesquelles vous pourrez explorer de petites zones de jeu pour interagir avec les PNJ, satisfaire votre soif de sang à travers un mini-jeu, résoudre quelques petites énigmes, découvrir tout un tas d’objets et d’interactions qui feront avancer (un peu) le récit. Là encore, l’accessibilité n’est pas optimale : le jeu offre peu d’indices sur ce qu’il faut faire, les débutants auront du mal et il faut l’avouer, ces séquences de gameplay sont globalement peu intéressantes par rapport à celles d’un Sherlock Holmes.

Conclusion

Avec Swansong, le studio français Big Bad Wolf (The Council) nous livre un jeu narratif très verbeux, fidèle à l’univers de Vampire The Masquerade, et qui devrait en ce sens beaucoup plaire aux fans de la franchise. Le titre propose une succession de cut-scenes, dialogues et courtes séquences d’enquête. La partie narrative est de loin la plus réussie puisque le récit est passionnant à suivre de bout en bout. Swansong n’est toutefois pas un titre très accessible pour le grand public : l’univers du jeu est complexe, les débutants s’y perdront à coup sûr. Si narrativement, le pari est gagné, le titre a plus de mal à convaincre niveau gameplay, avec des mécanismes de jeu difficiles à maîtriser pour les débutants, et des séquences d’exploration peu intéressantes. Esthétiquement, le titre est également très pauvre. Il souffre de nombreux bugs d’affichage et d’un moteur graphique vieillissant. L’immersion en prend un coup. D’autant plus que le titre a tendance à multiplier les gros plans sur des visages inexpressifs durant les dialogues. Si les personnages sont nombreux, aucun n’a vraiment de charme, si ce n’est Emem peut-être… Pour autant, ce serait une erreur de passer à côté de Swansong, en particulier si vous êtes fan de la franchise. Le scénario est passionnant de bout en bout, les dialogues sont soignés et l’univers est très riche. Swansong avait un réel potentiel, malheureusement gâché par un manque de moyens. 

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Vampire The Masquerade: Swansong

Gameplay 5.0/10
Contenu 7.0/10
Graphismes 4.0/10
Bande son 7.5/10
Finition 4.5/10
5.6

On aime :

Une narration soignée

Les excellents doublages en anglais, et sous-titres en français

L'univers travaillé de The Masquerade

La mise en scène soignée

Des choix qui impactent réellement le scénario

On aime moins :

Techniquement très pauvre

Des bugs (principalement d'affichage) en pagaille

Une direction artistique sans charme

Des personnages sans expressions faciales ni charme

Des séquences de gameplay très pauvres