Test – Iron Harvest Complete Edition : un portage savoureux sur consoles

Sorti l’an dernier sur PC, Iron Harvest a aujourd’hui droit à une sortie en grande pompe sur consoles avec une édition intégrale rassemblant le contenu du jeu originel mais également de ses extensions. 

Les amoureux du genre vous le diront : un jeu de stratégie en temps réel, cela se déguste sur PC. Quelques rares jeux sont toutefois portés sur consoles pour permettre à ceux qui ne disposent pas d’un ordinateur de pouvoir également s’y frotter. Le support du combo clavier / souris a de ce fait entrouvert de nouvelles portes sur consoles.

Iron Harvest prend place dans l’univers du jeu de plateau Scythe.

Iron Harvest est ainsi le dernier RTS en date à bénéficier d’un portage sur consoles – plus précisément sur Xbox One / Series / PS4 et PS5. S’il n’avait pas vraiment marqué les esprits lorsqu’il est sorti sur PC, le titre avait le mérite de proposer un univers plein de charme, inspiré du jeu de plateau Scythe. Les adaptations de jeux de société en jeux vidéo ou vice-versa n’ont que très rarement eu énormément de succès. Monopoly ne fonctionne réellement bien que sur une table entre amis ou en famille, tandis qu’il est plus plaisant d’arpenter le monde virtuel d’Azeroth dans WoW que sur sa version cartonnée. Il arrive néanmoins que certains titres fassent leur trou et réussissent sans mal la conversion vers l’autre “genre”. Scythe fait partie de ceux-ci, avec un univers qui se prête d’ailleurs extrêmement bien aux jeux vidéo.

Créé par Jamer Stegmaier, un Américain féru de jeux de société, Scythe est ce que l’on peut littéralement appeler une pépite dans le monde du jeu de table. Avec un univers plutôt original, le jeu se penche sur la confrontation entre les Poloniens et les Rusviétiques durant l’entre-deux-guerres. La Première Guerre Mondiale n’est pas celle que nous avons connue : dans cette réalité alternative, des immenses robots de métal se sont combattus aux côtés des hommes, augmentant considérablement les pertes humaines. Dans les campagnes, la récolte de fer a débuté, et ce afin de subvenir à la fabrication des méchas. L’Europe panse ses plaies, tandis qu’une nouvelle menace soviétique plane sur le Vieux Continent.

Les méchas ajoutent vraiment un très gros plus à l’expérience.

La trame scénaristique est semblable en tous points dans la version vidéoludique de Scythe. C’est d’ailleurs la grande qualité de cet Iron Harvest, le contexte profite au genre et aux mécaniques. L’ambiance se ressent parfaitement bien sur chaque champs de bataille. Des mélodies qui retranscrivent parfaitement l’ambiance aux voix très justement adaptées aux personnages, l’ensemble offre une très belle harmonie.

Outre cette très jolie ambiance, Iron Harvest dispose d’un “bestiaire” très bien fichu. Aux traditionnelles unités que sont les grenadiers et fusiliers, s’ajoutent les méchas. Dans ces années 20 revisitées, les tanks et autres chars d’assaut n’existent pas et sont remplacés par d’immenses soldats de fer. Avec des compétences et attaques qui leur sont propres, ceux-ci parviennent sans mal à renouveler le genre, voire à apporter une toute autre dimension aux RTS.

L’issue d’une bataille se verra très vite modifiée grâce à ces robots. Monter une armée uniquement composée de méchas peut vous être bénéfique, mais sera également à double tranchant. En effet, certaines unités sont particulièrement efficaces contre ces unités blindées. Il sera ainsi primordial de composer votre armée de manière réfléchie et stratégique.

Néanmoins, on reprochera à Iron Harvest de se reposer trop souvent sur ses lauriers, ou plutôt sur ceux des autres. En s’inspirant très librement de ce qu’a auparavant fait la célèbre franchise Company of Heroes, IH est sûr de profiter de mécaniques qui ont fait leurs preuves. Malheureusement, au lieu de récupérer quelques idées par ci et là et de les améliorer, Harvest se contente ici de faire un simple copier/coller. A tel point qu’on se demande parfois s’il ne s’agit pas d’un DLC issu de la saga CoH.

L’univers du jeu est joliment développé, notamment à travers ses cinématiques.

Les unités humaines traditionnelles sont directement récupérées de la franchise de SEGA. Par exemple, les soldats du génie permettent ici aussi de construire les bases de votre état-major sur le champ de bataille. Le quartier général donne accès aux unités de base, tandis que la caserne offre une plus grande variété d’hommes. Enfin, petite particularité liée au titre, l’atelier vous sert à fabriquer les différents méchas destinés à se battre ou à la reconnaissance. Chacune des unités possède d’ailleurs ses propres capacités et compétences. Après avoir été utilisées, celles-ci doivent se recharger durant un certain temps, qui peut parfois se révéler plutôt long en combat.

Bien aménager son QG est primordial dans la conquête de la victoire. Il faudra également négocier avec les différentes ressources parsemées sur le champ de bataille. Au nombre de deux, ces ressources sont capitales pour espérer empocher la victoire. Le fer et le pétrole sont nécessaires à l’ensemble des unités et bâtiments, et en manquer peut se révéler préjudiciable pour votre bataille. Vous affronterez les unités ennemies afin de prendre le contrôle de ces puits et gisements, et ainsi amasser le plus de ressources possibles.

C’est une fois que votre base sera établie que vous pourrez vous attaquer aux missions. Et force est de constater que sur ce point, Deep Silver s’est encore une fois permis de puiser chez la concurrence. Les objectifs sont presque en tous points semblables à ceux de Company of Heroes. Tantôt vous devrez vous préparer à subir les vagues ennemies, tantôt l’objectif sera de prendre plusieurs points de contrôle. Il faudra aussi parfois secourir un village entier ou un personnage en particulier, mais cela ne suffit pas à diversifier le tout. Il est vrai que l’ensemble fonctionne toujours aussi bien, mais on regrettera que les développeurs n’aient pas fait preuve de plus d’imagination.

L’univers du jeu a son charme.

Malgré cet esprit très “Company of Heroesien” présent dans chacune des mécaniques d’Harvest, le tout fonctionne très bien. Le champ de bataille propose une action de tout instant, et les affrontements entre unités sont assez nerveux. Le contrôle des soldas est plutôt bien ficelé, avec néanmoins une certaine rigidité dans leurs déplacements. Forcément, au pad, c’est moins précis et moins rapide qu’au combo clavier / souris, mais Iron Harvest se réduisant souvent à des combats de faible envergure, cela reste parfaitement “jouable”.

On notera au passage que ce portage sur consoles est agrémenté de quelques jolies améliorations. Côté finition tout d’abord, on note beaucoup moins de bugs que dans la mouture sortie sur PC à l’époque. Il y a certes encore quelques soucis de frame-rate, mais un gros travail de correction a été réalisé à ce niveau. Côté contenu, on a droit au jeu complet et à ses deux extensions :  “Rusviet Revolution” et “Operation Eagle”. Au total, on dénombre ainsi 4 campagnes solo, 12 héros jouables et 18 cartes multijoueurs. Un contenu très généreux, qui pourrait d’ailleurs continue à se renforcer au cours des prochains mois.

La mise en scène est joliment travaillée.

Enfin, c’est principalement sur son visuel qu’Iron Harvest déçoit, et c’est le moins que l’on puisse dire. Sans être particulièrement laid, le jeu paraît plutôt avoir été développé au début des années 2010, sur un moteur désuet. Les cinématiques font plutôt bien le boulot, mais le constat est directement plus amer en jeu. Les explosions et autres destructions sont pour leur part bien fichues mais les décors, les unités et autres effets d’environnements ne convainquent absolument pas. Pour un jeu qui sort en 2021, sur des consoles et des ordinateurs aux paramètres d’affichage réglés en ultra, le résultat fait presque peine à voir. La bande son déçoit également quelque peu avec ses doublages peu inspirés et sa BO qui manque de personnalité.

Conclusion

S’il n’avait pas marqué les esprits sur PC, Iron Harvest a l’avantage d’être l’un des rares représentants du genre sur consoles. A la fois accessible, même au pad, riche en contenu et proposant un univers plein de charme, le titre édité par Deep Silver a le mérite d’oser quelque chose de différent, même s’il plagie à tour de bras l’excellent Company of Heroes. La ressemblance est flagrante, jusque dans les plus petits détails des mécaniques. Certes, on ne peut pas reprocher aux développeurs de s’inspirer de choses qui fonctionnent, mais le manque d’originalité est ici criant. Du développement du QG sur le champ de bataille aux différentes unités, l’influence de CoH se ressent énormément. Une influence qui réussit pourtant très bien à Iron Harvest. Deux jeux aux mécaniques fort semblables, mais avec des univers bien différents. Le contexte “uchronique” dans lequel prend place Iron Harvest est tout simplement irrésistible. Tout comme dans le jeu de société dont il est l’adaptation, la confrontation entre Poloniens et Rusviétiques se prête parfaitement au genre. Contrôler des méchas en lieu et place des traditionnels chars d’assaut amène un vent nouveau, avec de nouvelles mécaniques qui leur sont propres. Malheureusement, c’est le seul point qui permet à Iron Harvest de se démarquer de la référence. Les quelques défauts qui sont les siens ne vont d’ailleurs pas jouer en sa faveur. Le jeu aurait mérité un travail approfondi sur les retouches, notamment en termes d’animations sur le champ de bataille. Côté esthétique, malgré les jolies terres polonaises que nous prenons un plaisir à arpenter, Iron Harvest ne brille pas par ses qualités visuelles. La modélisation des personnages est à la ramasse, au même titre que des environnements? peu convaincants. Ce portage sur consoles a toutefois le mérite de bénéficier de quelques améliorations notables tant niveau contenu que de la finition.

Iron Harvest: Complete Edition

Gameplay 6.5/10
Contenu 8.0/10
Graphismes 6.0/10
Bande son 7.0/10
Finition 5.5/10
6.6

On aime :

Des mécaniques proches de CoH qui fonctionnent très bien

Une jolie mise en scène

L'univers très développé

Les méchas ajoutent une autre dimension au genre

Les contenus additionnels

On aime moins :

Les graphismes sont vraiment datés

Des personnages trop peu charismatiques

Encore trop de bugs