Une startup belge a conçu un frigo connecté 100% automatisé

Transformer des restaurants d’entreprise en frigos connectés accessible 24/24 et sept jours sur sept. Voici le défi de SmartFridge. Après plus d’un an de développement, la startup bruxelloise clôture une levée 800.000 euros auprès de BeAngels, finance&invest.brussels. et d’investisseurs privés.

“Je pars du principe qu’on est un peu ce que l’on mange”. Jean-Patrick Smal est un entrepreneur de 49 ans. Passionné de gastronomie, il a toujours eu un attrait pour le bien-manger.

Il y a deux ans, un ami lui propose de racheter la majorité des parts d’une société. Cette dernière est spécialisée dans la confection de plats “frais et sains, sans colorant, sans conservateur et prêts-à-manger”. À l’époque, les mets sont vendus dans les commerces Horeca et les hôpitaux. Trois mois après cet investissement, la crise du coronavirus fait son apparition. “Ce n’était pas la bonne pioche”, reconnait l’investisseur, “on s’est alors demandé comment rebondir”. Un nouvel objectif est alors fixé pour la société. Il s’agit désormais de développer la clientèle et de proposer leurs plats aux entreprises et à leurs employés.

La découverte du marché des frigos

Face à ce nouveau défi, Jean-Patrick Smal étudie un nouveau marché. Celui des frigos. L’intérêt lui est venu d’un constat partagé par des livreurs de nourriture en entreprise. Chargés de remplir les frigos utilisés par les employés, les livreurs doivent “jouer au Tétris à chaque livraison”. Le fondateur explique, “entre ce que les gens amènent de la maison, les livraisons Uber, ce qui a été consommé et ce qu’il reste de consommable, c’est tous les jours un challenge pour savoir comment les remplir”. Grâce à ce constat, le concept de SmartFridge et de ses frigos connectés commence à germer.

En 2020, l’entrepreneur se rend au salon international de l’aménagement de magasin. Il déambule au milieu de 20 000 m2 de frigos et le constat est clair. Son idée de réfrigérateurs connectés pour entreprise existe déjà en Suisse, mais la manière dont il souhaite la mettre en place est une première.

Un premier prototype

Jean-Patrick Smal insiste auprès de plusieurs sociétés fabricantes de réfrigérateurs, il “veut créer un frigo intelligent”. Après plusieurs refus, il décide de s’entretenir avec des sociétés spécialisées dans l’IOT, à savoir, l'”internet of things”.

“Comment, grâce à son smartphone, un client peut-il accéder à un réfrigérateur, prendre à manger et ne pas avoir à gérer le paiement, 100% automatisé”

En une page son pitch est prêt. L’ensemble du processus doit pouvoir se faire de façon digitale, de l’ouverture du frigo au paiement du plat. La société qui choisit de le suivre dans cette aventure n’est autre que l’anversoise Bagaar. La conceptualisation commence en avril, Jean-Patrick Smal espère un premier prototype pour septembre 2020.

Le coronavirus comme coup de pouce

La nouvelle société est créée en juin 2021 et le premier réfrigérateur sort en janvier. Aujourd’hui, trois frigos sont utilisés, dont deux sur le campus numérique Be Central.

“Le coronavirus nous a d’abord ralenti… Il n’y avait plus personne dans les bureaux donc pas besoin de frigos” se souvient Jean-Patrick Smal. Aujourd’hui, il définit cet épisode comme une opportunité. “Les gens vont revenir dans les bureaux et les patrons d’entreprise et les départements chargés des ressources humaines pourraient considérer SmartFridge comme un moyen de renouer les liens”, illustre l’entrepreneur. Il espère qu’en janvier prochain les habitudes reviennent, même s’il reconnait que des évolutions sont à prévoir.

“Avec le coronavirus, les habitudes de consommation ont changé. Par exemple, certains employés emportent leurs plats pour les manger chez eux le soir, il y en a même qui utilisent nos frigos le samedi et le dimanche, lorsque les commerces sont fermés”.

Inspiré de l’idée de la machine à café des années 80, la start-up veut convertir ses réfrigérateurs en promoteurs de liens sociaux. Comme un fil d’actualité, la société utilisatrice peut faire apparaitre tout ce que qu’elle souhaite sur l’écran tactile du frigo connecté. “C’est un moyen de permettre aux entreprises de communiquer directement avec leurs employés” illustre Jean-Patrick Smal.

Un service 100% automatisé 

Pour utiliser les frigos SmartFridge il suffit de se munir de son smartphone, de scanner un QR code et le tour est joué. La porte du réfrigérateur s’ouvre, le client choisit son plat, referme la porte et le paiement est réalisé automatiquement depuis un compte bancaire précédemment enregistré sur l’application. “Les étiquettes sont codées, donc quand un client prend un produit, le frigo sait exactement le montant qu’il doit prélever” explique le fondateur.

En plus de proposer un système totalement automatisé, la start-up promeut un service personnalisé. Jean-Patrick insiste fièrement, “nous savons exactement ce que nos clients ont l’habitude de prendre, donc nous pouvons leur faire des suggestions personnalisées, leur offrir des produits et leur proposer des nouveautés”.

Une chaine de production locale

Du petit déjeuner à l’encas pour le café en passant par le lunch et le repas du soir, SmartFridge propose une multitude de produits. La start-up collabore principalement avec des producteurs locaux.

Allergènes, ingrédients, valeurs nutritionnelles… Tous les détails essentiels aux consommateurs sont affichés sur le menu. Programme Keto, vegan, veggie, “SmartFridge suit les tendances au plus près”, se réjouit l’entrepreneur.

Afin de soutenir l’économie circulaire, les invendus sont redistribués sur To good to go. Dans le futur, l’équipe de SmartFridge voudrait développer un système pour alerter les clients lorsqu’un produit arrive à sa date limite de consommation et leur proposer des réductions en conséquence.

Un frigo évolutif

Les frigos SmartFridge se veulent évolutifs. “Je ne veux pas figer le produit” insiste Jean-Patrick Smal. Chaque produit s’adapte aux types de consommations des employés. Ainsi, en fonction de son emplacement, chaque réfrigérateur propose une gamme de plats différente. Par exemple, pour le moment, les frigos sont très peu utilisés le vendredi. “Les gens font du télétravail le dernier jour de la semaine pour avoir un long weekend” justifie le fondateur.

Un des prochains défis de SmartFridge est de diversifier les modes de paiement, comme Paypal ou encore Klarna. La start-up espère aussi élargir les formules proposées aux entreprises. En effet, “les entreprises nous disent qu’elles sont prêtes à prendre 30 à 40% des frais de bouches de leurs employés” illustre Jean-Patrick Smal. Avec cette nouvelle formule, un employé achèterait une salade à huit euros, en paierait six, et le reste serait à la charge de son employeur.

“On a du boulot pour les cinq prochaines années” conclut Jean-Patrick Smal. Selon lui, le marché des réfrigérateurs connectés serait en plein “boom”. Grâce à une nouvelle collecte de fonds, la start-up voudrait intensifier sa recherche et son développement et continuer à se structurer. L’objectif sur le long terme est de pouvoir “concurrencer les grands groupes internationaux qui vont se lancer dans cette nouvelle niche” précise le fondateur.