Test – Chernobylite : un jeu de survie au coeur des radiations

Après NecroVision, Get Even et Deadfall Adventures, les développeurs polonais de Farm51 nous reviennent avec un projet encore plus ambitieux. Marchant sur les traces d’un S.T.A.L.K.E.R., Chernobylite vous invite au cœur de la zone d’exclusion pour un récit de science-fiction. 

1986. La ville de Prypjat est évacuée peu après un incident nucléaire. C’est le jour où la vie d’Igor, un employé de la centrale de Tchernobyl bascule. S’il survit à la catastrophe, sa tendre épouse n’a pas cette chance. Il ne l’a plus jamais revue depuis la catastrophe. L’homme retourne 30 ans plus tard sur place pour tenter de découvrir le mystère de sa disparition.

Esthétiquement, le jeu est très réussi.

Si l’univers du jeu est très séduisant sur le papier, il a un peu plus de mal à convaincre pad en main. Tout d’abord, parce que la narration se fait essentiellement à travers de longs dialogues pas forcément très passionnants à suivre. Ensuite, parce que si la Zone d’exclusion est un lieu passionnant à explorer, l’approche des développeurs a de quoi surprendre. Le scénario n’apporte que peu d’éclaircissements sur la situation… Les événements se déroulent 30 ans après la catastrophe. On apprend que la région est désormais contrôlée non pas par les forces militaires ukrainiennes mais par des mercenaires (?) Les développeurs n’ont également pas hésité à ajouter une dimension SF à leur jeu avec des créatures qui semblent tout droit sorties d’un autre monde, des portails et une mystérieuse pierre qui joue un rôle clé dans l’intrigue, la chernobylite. Vous vous sentez un peu perdu au milieu de tout ça? Nous aussi.

Les gunfights passent complètement au second plan.

Clairement, la narration n’est pas le point de Chernobylite. Son univers en revanche, reste séduisant avec ses zones de jeu désolées, ses bâtiments abandonnés dans lesquels errent de terrifiantes créatures. L’ambiance de jeu est soignée. Assez pour vous foutre la chaire de poule à plusieurs reprises. On admire également l’énorme travail qui a été réalisé au niveau de la modélisation de cet univers. Malgré son statut de petite production, Chernobylite est un jeu visuellement très réussi, qui n’a rien à envier à un jeu triple-A. Seules les animations des personnages et créatures déteignent.

Côté gameplay, il faut le savoir, Chernobylite n’est pas un FPS à proprement parler. Oui, le jeu se joue à la première personne et oui il y a des gunfights, mais ceux-ci sont relativement peu nombreux (vous tuerez au maximum 6 ennemis les deux premières heures de jeu, à titre d’exemple). Les développeurs insistent d’ailleurs : Chernobylite est davantage un RPG qu’un FPS. Il emprunte la plupart des éléments de son gameplay au genre : points d’expérience qui améliorent progressivement les capacités de notre personnage, système d’upgrade des armes, loot et même crafting. Durant vos sorties, il faudra en effet récupérer toutes les ressources que vous croiserez : matériel électronique, vivres, fuel,… Tout cela vous servira à créer des upgrades pour vos armes mais aussi à améliorer votre campement.

Le jeu intègre un système d’upgrade des armes.

Car oui, le jeu intègre aussi des mécanismes de jeu de gestion. Il faudra continuellement améliorer son campement pour booster le moral de ses hommes, choisir les rations à leur livrer et améliorer votre nid douillet en ajoutant des éléments cosmétiques dans votre demeure, et d’autres pratiques, comme des générateurs d’électricité, des lits de campement, etc. Le concept est sympa, mais tout cela n’a finalement que peu d’impact sur le reste du jeu : les vivres sont nombreuses, il sera pratiquement impossible d’en tomber à court.

Les mécanismes de crafting sont, à l’inverse, une jolie réussite. Car on ne se contente pas ici de crafter quelques munitions. Il faudra aussi crafter des potions, des objets, des améliorations d’armes et bien plus encore, via l’établi de son campement ou sur le terrain, avec un établi que l’on aura soi-même crafté au cœur de l’action.

Les radiations sont une menace constante dans Chernobylite.

Quelque part à mi-chemin entre un jeu de rôle et un jeu de survie, Chernobylite n’hésite pas à jouer avec les codes du genre et à faire preuve d’originalité. La zone d’exclusion permet ainsi d’explorer quelques concepts uniques, comme l’impact de la radioactivité sur le joueur. Celui-ci devra constamment vérifier le niveau de radioactivité de son environnement pour éviter que celui-ci n’affecte sa santé. Notre personnage n’étant pas un super-soldat, il n’est d’ailleurs pas très performant dans le combat. Il faudra dès lors favoriser l’infiltration face aux adversaires. Dans le même ordre d’idée, votre personnage subit la pression et la violence, ce qui affecte son esprit. Cela se retranscrit dans le jeu par une zone sombre qui affecte la lisibilité à l’écran. Les créateurs de Chernobylite ont également été très loin dans les à-côtés, avec la création de pièges pour venir à bout de ses adversaires, un système de météo dynamique, et même la gestion d’équipe. Chaque jour, vous devrez choisir votre mission mais aussi celles de vos alliés, qui contribueront à la survie en ramenant des vivres. C’est pour cette raison qu’il convient d’aménager ses quartiers et de faire attention à la qualité de vie de vos camarades ainsi qu’aux vivres. Des tas d’idées très intéressantes et joliment explorées dans le jeu.

On regrette cependant que les développeurs n’aient pas autant soignés les mécanismes de combat. S’il est un jeu de survie réussi, Chernobylite est un piètre FPS. Tout d’abord en raison de l’IA catastrophique des ennemis : si vous ouvrez le feu dessus, vous planquez derrière un arbre, ils auront oublié l’incident moins d’une minute plus tard. Ensuite, parce qu’arme en main, on ne ressent pas grand chose. La visée est très approximative et les sensations sont minimalistes. On est très loin d’un Metro ou d’un Stalker.

Dans le même ordre d’idée, la structure du jeu a de quoi surprendre. L’histoire se parcourt plus ou moins librement. Le jeu est découpé en journées. Chaque jour, il faut choisir sa mission et celle de ses alliés au campement avant de se lancer dans l’aventure. On est libre de se lancer dans une mission principale ou une mission secondaire, mais globalement, peu d’informations sont données au joueur sur leur nature. Les missions sont également peu scénarisées. On se retrouve sur des cartes présentant des zones ouvertes au sein de la zone d’exclusion, avec des objectifs relativement peu variés, qui consistent la plupart du temps soit à récupérer une caisse de vivres, soit à se rendre à un lieu en particulier pour activer un événement narratif… Les mécanismes du jeu ont ainsi tendance à devenir vite très répétitifs.

C’est de là que vous planifierez vos missions.

Plein de très bonnes idées, Chernobylite peine donc à toutes les concrétiser. Le jeu de Farm51 réussit là où on ne l’attendait pas vraiment, dans sa partie RPG. Il est vraiment dommage que les gunfights soient relégués au second plan. Avec un rythme plus soutenu, des mécanismes de jeu mieux huilés et une meilleure narration, Chernobylite aurait pu être une vraie bonne surprise. En l’état, il s’agit davantage d’une drôle de curiosité, qui n’intéressera qu’un public de niche. Reste qu’à moins de 30€, vous ne prenez pas non plus de très gros risques.

Les passionnés d’Histoire y trouveront en tout cas un divertissement plaisant, qui a le mérite de bénéficier d’une réalisation très soignée. Visuellement, le jeu est très réussi, sa direction artistique est inspirée, les décors sont superbes et la bande son fait le travail, avec des bruitages parfaitement anxiogènes. Dommage en revanche que niveau finition, il ne soit pas rare que l’action soit entrecoupée par des saccades, voire des crashs complets du jeu. De futurs patchs pourraient toutefois corriger ces vilains défauts.

Conclusion

Sous ses airs de FPS, Chernobylite est en réalité plus proche d’un jeu de survie / jeu de rôle que d’un jeu de tir ou d’action. Le titre de Farm51 n’hésite pas à piocher des idées un peu partout avec son ambiance pesante digne d’un survival-horror, ses mécanismes de crafting bien huilés ou ses idées inspirées des jeux de gestion. On aurait toutefois préféré que les développeurs soignent l’essentiel : les séquences de tir, déjà peu nombreuses, sont loin d’être réussies, la faute à une IA désastreuse et à des sensations minimalistes. La narration passe également complètement au second plan, à travers des dialogues mal écrits et peu intéressants. La structure du jeu étonne également. Chernobylite nous fait enchainer une succession de missions peu passionnantes dans des zones de jeu ouvertes qui montraient pourtant un énorme potentiel. C’est d’autant plus regrettable que techniquement, le jeu s’en sort très bien avec ses panoramas à couper le souffle, son ambiance soignée et ses jolis effets visuels. Au final, de par sa direction, Chernobylite ne devrait malheureusement séduire qu’un public de niche. Ce n’était pourtant pas les idées qui manquaient.

Chernobylite

Gameplay 5.5/10
Contenu 6.5/10
Graphismes 8.0/10
Bande son 7.0/10
Finition 6.5/10
6.7

On aime :

Des choix qui ont un réel impact sur l'histoire

Techniquement très réussi

Une jolie direction artistique

Un prix doux (moins de 30€)

La partie crafting, très réussie

On aime moins :

Les gunfights, pauvres en sensations

L'IA des ennemis

La partie gestion, ultra-minimaliste

Un scénario peu intéressant

Des mécanismes de jeu mal huilés