Test – Oddworld Soulstorm : un remake décevant

Cinq ans après le remake d’Oddworld : l’Odyssée d’Abe – renommé pour l’occasion New’n’Tasty –, l’éditeur et développeur Oddworld Inhabitants nous livre enfin le remake du second épisode ; Soulstorm, anciennement connu sous le nom de “L’Exode d’Abe”. Une revisite tant sur le fond que sur la forme d’un titre qui a marqué toute une génération, mais l’œuvre originale est-elle finalement respectée ?

Le moins que l’on puisse dire c’est que le travail réalisé sur Oddworld : Soulstorm est conséquent – ce qui est normal pour un remake, mais là, certains joueurs pourraient penser que le jeu n’a plus grand-chose à voir avec l’œuvre originale tant les jeux sont différents. Le studio Oddworld Inhabitants n’y a pas été de main morte pour remettre au goût du jour les aventures d’Abe, au risque de perdre toute son essence.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, il nous parait important d’aborder l’une des différences les plus frappantes d’Oddworld : Soulstorm : l’ambiance n’est plus du tout la même. Oddworld : L’Exode d’Abe était malaisant, voire dérangeant avec ses personnages effrayants – aidés par des graphismes approximatifs – et son environnement sombre et lugubre. Dans Soulstorm, il n’y a rien de tout cela, tout a été embelli et, bien que ça soit effectivement joli, le jeu a perdu une grande part de son identité. Dans l’œuvre originale, il était flagrant que les Mudokons étaient exploités par Molluck le Glukkon et cela renforçait le petit côté malsain de l’univers d’Oddworld. Dans le remake de 2021, cette atmosphère a laissé place à une ambiance plus légère ou en tout cas moins anxiogène. Les Mudokons semblent moins persécutés – même si le jeu prend place après leur grande libération –, les décors sont moins malaisants et les ennemis paraissent surtout très stupides. En plus de son identité, le jeu a perdu de sa profondeur pour proposer quelque chose de plus lisse et commun. D’ailleurs, les fans de la licence pourraient être déçus de ne pas retrouver l’humour caractéristique de l’original – notamment les flatulences qui amusaient les Mudokons.

Le récit reste sensiblement le même – Abe doit sauver le plus de Mudokons possible à travers une quinzaine de niveaux – et bien qu’il ait perdu de sa profondeur, le remake propose davantage de scènes et cinématiques pour placer le décor. Alors évidemment, cela ajoute de la substance et rend le jeu plus contemplatif, mais cela reste tout de même secondaire et ne permet en réalité pas d’offrir une vraie profondeur au jeu.

L’ambiance n’est définitivement pas la même que dans l’original.

Sur la forme, Soulstorm reste fidèle à l’original, mais là aussi il perd un peu de sa saveur. Oddworld : Soulstorm est un jeu de plateformes qui a gagné en dimension – au sens propre – puisqu’il est passé de la 2D à la 2,5D, mais on y reviendra plus tard. Il a également gagné en contenu puisqu’en plus de sa quinzaine de niveaux, le jeu propose également plusieurs zones secrètes et permet de refaire les différents niveaux pour compléter sa collection de collectibles. Mais cela reste sensiblement pareil.

Terminer un niveau exigera un peu de jugeote de la part des joueurs, mais rien d’insurmontable. Le jeu est désormais davantage orienté vers l’action plutôt que vers la réflexion. Les joueurs devront ainsi déterminer la bonne manière de venir à bout des différents obstacles qui se dresseront sur leur route, que ça soit des ennemis ou des pièges. Pour y parvenir, les joueurs pourront compter sur l’une des nouveautés du jeu ; la possibilité de fabriquer des objets. Ils pourront ainsi fabriquer des mines ou des antidotes pour venir en aide aux Mudokons. Cela ajoute évidemment quelque chose au jeu ce qui n’est pas plus mal, surtout qu’Oddworld : Soulstorm ne présente plus autant de puzzles que l’original. Il se rapproche désormais plus d’un jeu de plateforme classique…

Oddworld : Soulstorm ne propose plus autant de puzzles que l’original.

Dans les faits, l’aventure reste assez classique, même si le jeu propose tout de même certaines subtilités de gameplay (possession, envoutement, marche discrète, piège à désamorcer…). Cela ne permettra malheureusement pas d’atténuer le sentiment de linéarité que procure le jeu tout au long de sa progression. Et les très nombreux bugs rencontrés au fil de l’aventure ne viendront pas corriger cela.

Oddworld : Soulstorm souffre en effet de nombreux soucis de finition. Nous sommes resté bloqué un certain nombre de fois et avons même été contraint de recommencer entièrement un niveau à cause de bugs dans le jeu ; Abe qui passe à travers les plateformes, les Mudokons gérés par une IA boiteuse, des ennemis qui restent, d’autres ne nous voient même pas. Nous sommes même resté figé dans le vide pendant que les ennemis nous tiraient dessus.

On peut également critiquer la précision du jeu, ou plutôt l’imprécision de celui-ci. On parvient à certains moments à atteindre des plateformes sans savoir comment on y est arrivé et, inversement, passer certains obstacles a été parfois particulièrement difficile sans savoir pourquoi. Parallèlement, atteindre certaines cibles demandait une précision exagérée.

Certaines actions demandent une précision poussée, alors que d’autres réussissent sans raison.

Vingt-trois années se sont écoulées depuis la sortie du jeu original, il est donc assez logique que le remake soit visuellement différent. Les idées de base ont été conservées, on retrouve quelques niveaux similaires, notamment les passages dans le désert, dans les usines ou dans les mines, mais les décors sont beaucoup plus travaillés. On est d’ailleurs passé de la 2D à la 2,5D. Ainsi, si Abe peut uniquement se déplacer sur un seul plan, le jeu gagne en profondeur côté décors. Certains passages sont particulièrement bien travaillés et proposent une direction artistique très inspirée. Une mise au goût du jour qui n’est pas pour déplaire, malgré quelques soucis de décors qui gâchent finalement la vue de temps à autre. On notera également un certain déséquilibre dans certaines zones, beaucoup plus travaillées et riches que d’autres. On peut en effet voir régulièrement des éléments flous à l’avant ou l’arrière-plan.

Si on pardonne volontiers les développeurs pour cela, on aurait davantage de mal à le faire pour ce qui est de la caméra et sa gestion parfois désastreuse. Il est en effet arrivé assez souvent que la caméra se place à des endroits étranges ce qui réduit fortement la visibilité. Comme nous l’avons déjà évoqué plus haut, il arrive parfois que les éléments de décors cachent également Abe ou des obstacles. À certains moments encore, la caméra prend de la distance, histoire de donner une vue d’ensemble, malheureusement cela réduit fortement la visibilité ce qui complique certaines actions.

Les points de vue éloignés réduisent la visibilité, surtout lorsqu’il y a beaucoup d’éléments dans le cadre.

Le changement d’ambiance dont nous avons parlé plus tôt se ressent également au niveau des décors. Ces derniers ont été évidemment modernisés, enrichis et sont plutôt jolis, voire un peu trop. Le cadre parait en effet presque sympathique par rapport à celui du jeu original, beaucoup plus sombre et glauque. Les joueurs qui découvrent le jeu n’y verront que du feu, mais les autres pourraient être quelque peu déçus.

On avouera tout de même qu’on a été agréablement surpris par les cinématiques qui sont époustouflantes tellement elles sont belles. On a vraiment l’impression d’être devant un film d’animation. Elles permettent également de poser le scénario et d’apporter un peu de substance au jeu, même si cela reste assez anecdotique au final.

Les cinématiques sont particulièrement belles.

Autre grosse différence : l’absence de VF. Ici, les personnages principaux s’expriment – plus ou moins bien – en anglais uniquement. Les anglophobes devront se rabattre sur les sous-titres pour comprendre les dialogues qui présentent eux aussi quelques défauts (manques d’espace, « i » absents, mots collés, dialogues qui s’empilent …). On notera tout de même que les développeurs ont conservé les voix si particulières de l’original, c’est-à-dire des voix qui n’ont rien d’humain et qui sont assez difficiles à saisir.

Enfin, pour ce qui est de l’aspect sonore dans son ensemble, on regrette que les développeurs n’aient pas ajouté une ambiance musicale pour encadrer l’aventure. Outre les bruitages, c’est assez vide au niveau sonore et c’est plutôt regrettable.

Conclusion 

Remake d’un jeu culte, Oddworld : Soulstorm reste un chouette jeu d’aventure mais pas forcément un bon remake. Sur la forme, il est beaucoup plus beau – les cinématiques sont époustouflantes, la direction artistique est inspirée, et le titre est agréable à parcourir, surtout pour les néophytes. Mais sur le fond, le jeu a perdu une grande part de son ADN. On ne retrouve plus en effet l’univers si malaisant d’Oddworld : L’Exode d’Abe, que ça soit dans l’ambiance ou dans les décors. Soulstorm est visuellement très joli, mais a été complètement lissé. Une approche qui devrait déplaire à ceux qui ont apprécié l’original sorti en 1998. Soulstorm a également perdu de son identité au niveau du gameplay, car s’il s’agit toujours d’un jeu de plateforme, celui-ci est beaucoup plus orienté action qu’énigmes. Il perd donc de son ADN. Le rythme est meilleur, mais Soulstorm se présente comme un titre beaucoup plus accessible que son ancêtre. Mais là où le jeu déçoit le plus, c’est au niveau des finitions. Il est bourré de bugs qui empêchent parfois de progresser dans l’aventure. Le jeu n’a pas été doublé en français, la B.O. est ultra-minimaliste et par moments, on a vraiment l’impression que les développeurs n’ont pas eu le temps de terminer leur travail. Cela se ressent par exemple dans l’imprécision des commandes. A 50€, l’addition reste donc salée pour un remake mi-figue mi-raisin qui a au moins l’avantage d’être proposé gratuitement à tous les abonnés du PlayStation Plus. 


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Gameplay 6.5/10
Contenu 6.5/10
Graphismes 7.5/10
Bande son 4.5/10
Finition 4.5/10
5.9

On aime :

Des cinématiques particulièrement belles

Un personnage toujours aussi attachant

Des mécanismes de jeu variés

Les voix des personnages

On aime moins :

Des bugs en pagaille

Le jeu a perdu son ADN et notamment son humour

Un gameplay plus orienté action et moins énigmes

L'absence de voix française et une B.O. globalement décevante

Un manque de précision dans les commandes