Nouveau projet très ambitieux des créateurs de Bullet Storm, Outriders a durant des mois été moqué par la presse spécialisée pour son manque de personnalité. Le jeu du studio polonais People Can Fly est pourtant l’une des très bonnes surprises de ce début d’année!

Personne ne l’attendait vraiment, et pourtant Outriders est en définitive l’une des très bonnes surprises de ce début d’année 2021. La nouvelle production de People Can Fly (Painkiller, BulletStorm, Gears of War Judgment) frappe fort là où on ne l’attendait pas forcément. Alors que beaucoup le voyaient comme le Gears of War du pauvre, Outriders lorgne du côté des fast-FPS et se positionne pratiquement comme un jeu-service. L’approche rappelle une autre production de Square-Enix : The Avengers, mais le résultat est ici beaucoup plus concluant. D’une part, parce que contrairement à un Destiny ou un Avengers, Outriders donne l’impression de nous être livré directement dans sa version finale. Le contenu est gargantuesque dès la sortie, le gameplay fonctionne bien et les bugs sont relativement peu nombreux – si l’on met de côté les quelques difficultés à se connecter les deux jours suivant la sortie du jeu. D’autre part, parce que contrairement à la plupart des autres jeux du genre, Outriders est aussi plaisant à jouer seul qu’à plusieurs. Et c’est sans doute là sa plus belle réussite. Outriders est un jeu très fun à jouer en équipe de trois, mais il peut également être entièrement parcouru en “loup solitaire”. Dans sa démarche, Outriders est donc plus proche d’un The Division que d’un Destiny. D’autant plus que les développeurs ont déjà confirmé qu’il n’y aurait pas de Season Pass ni de microtransactions pour leur jeu. Tout au plus se réservent-ils le droit de rallonger sa durée de vie à coup de DLC. Pas de faux espoirs donc : vous obtenez exactement ce pour quoi vous avez payé, dès la sortie.

Les décors du jeu sont souvent très soignés.

Le premier contact avec le jeu est toutefois brutal. D’une part parce que le scénario ne parait pas très engageant. C’est souvent le cas, malheureusement, avec les titres coopératifs dans lesquels on peut créer son propre personnage… Difficile de donner une véritable personnalité à un personnage que le joueur a créé lui-même. La mise en scène n’aide pas non plus. Clairement, People Can Fly se casse les dents dans la narration, avec des cinématiques qui manquent de liant et nous ramènent 10 ans en arrière en terme de mise en scène. D’autre part, parce que le début de l’aventure n’est en définitive qu’un long tutoriel très mal amené. Les deux premières heures de jeu, qui nous étaient d’ailleurs présentées dans sa démo, ne sont pas du tout représentatives du reste de l’aventure. Oui, clairement, le jeu manque de personnalité. Il a parfois l’apparence d’un TPS générique. Un plus gros travail aurait dû être réalisé au niveau de l’introduction à l’univers d’Outriders, qui se révèle en réalité étonnamment riche et profond quand on prend la peine de s’y intéresser. L’univers du jeu est non seulement cohérent mais il parvient également à séduire avec ses décors bucoliques et son incroyable diversité.

Certains paysages sont à couper le souffle.

Passé les deux premières heures de jeu, qui ne seront en définitive qu’une mise en bouche, Outriders montre donc son vrai potentiel, celui d’un TPS extrêmement nerveux qui s’inspire un peu de tout ce qui s’est fait dans le genre sans virer dans le plagiat. On retrouve en lui un peu de Gears of War pour son système de couverture et sa direction artistique, un peu de Halo pour son monde sauvage, mais également un peu d’Unreal dans son gameplay, qui lorgne du côté des fast-FPS. Dans Outriders, se planquer derrière un mur est rarement une technique qui fonctionne. Le jeu de People Can Fly est extrêmement nerveux et technique, à l’image d’un Doom ou d’un Unreal. Il faut sans cesser se déplacer, sauter pour éviter les roquettes et les vagues d’ennemis qui se jettent sur vous, prendre une couverture quelques instants pour récupérer un peu d’énergie et recharger son arme, puis repartir à l’attaque. Outriders se démarque des autres TPS par la présence de classes et de compétences spéciales liées à ces dernières, qui auront une importance primordiale dans le jeu. Pour éliminer vos ennemis, il faudra jouer avec les différentes armes en votre possession, mais aussi avec vos pouvoirs. Par défaut, vous pourrez en utiliser trois simultanément. Mais au fil de l’aventure, vous en débloquerez davantage et vous pourrez choisir les combinaisons qui vous conviennent le mieux. Le pyromancien peut paraître voler de l’énergie de ses adversaires, leur envoyer une gigantesque boule de feu, une vague de flammes ou enflammer ses munitions pour quelques instants. Chaque compétence nécessitera un petit temps de recharge, qui va généralement de 10 à 25 secondes. Et pour venir à bout des très nombreux ennemis, il ne faudra pas hésiter une seule seconde à en abuser.

Il ne sera pas rare d’affronter des vagues de 10, 20 voire 30 ennemis simultanément.

Tout votre succès dans Outriders reposera sur votre mobilité. Se planquer derrière une couverture n’aura d’intérêt que dans les séquences où vous affronterez des snipers planqués au sommet d’une tour. La plupart du temps, les ennemis vous délogeront à coup de grenades ou seront si nombreux à vous foncer dessus que vous serez forcé de fuir. Le joueur aura dès lors tendance à abuser des roulades et surtout à alterner sans cesse entre ses deux armes principales, selon les types de situation. Outriders impressionne d’ailleurs au niveau de son arsenal puisqu’on retrouve ici plusieurs dizaines d’armes différentes, qui peuvent entièrement personnalisées avec des compétences spéciales – par exemple, “givrer un adversaire” qui se retrouvera temporairement bloqué par la glace. Chaque objet dans le jeu a un niveau et un niveau de rareté. Outriders tire là son inspiration des RPG. On notera d’ailleurs que dans l’ensemble, le jeu se révèle étonnamment riche en contenu, avec ses nombreuses quêtes annexes qui vous forceront à réexplorer d’anciens niveaux, son arbre de compétences très chargé, et son équipement qu’il faudra sans cesse améliorer. Le système est suffisamment bien pensé pour être à la fois très complet mais également très accessible, même aux néophytes.

Outriders surprend par son rythme parfaitement maîtrisé. Clairement, le jeu s’inspire des mécanismes des shooters à l’ancienne. On affronte des vagues d’ennemis, on loote généreusement, on explore une ville peuplée de PNJ, avant de se lancer dans un combat de boss… Les séquences d’action sont extrêmement nerveuses mais étonnamment variées aussi, en grande partie grâce à l’incroyable diversité du bestiaire du jeu. Les boss sont également très nombreux dans Outriders, et dans l’ensemble, représentent les moments forts du jeu.

Certains ennemis sont titanesques.

Outriders brille par sa diversité, qu’il s’agisse de ses décors, de son bestiaire, de ses boss, de ses armes et équipements ou des situations dans lesquelles on se retrouve. Le jeu de People Can Fly a tendance à en faire parfois un peu trop puisqu’on retrouve vraiment de tout dans l’univers d’Outriders : des soldats d’élite côtoient des mutants, des créatures extra-terrestres, des araignées géants et diverses créatures ailées. Mais le tout est suffisamment bien amené pour qu’on y croie. Enoch, la planète que vous visiterez, et qui représente le dernier espoir de l’humanité après le départ de l’espèce humaine de la Terre, est une planète qui abrite de nombreux secrets. Dans le premier chapitre du jeu, le joueur débarque sur la planète et part à la recherche d’une balise, qui se trouve à proximité d’une “anomalie”. Celle-ci déclenche une gigantesque catastrophe de laquelle les survivants ne sortiront pas indemne. Plongé dans un sommeil artificiel pendant des années, notre héros se réveillera des années plus tard, en plein conflit, à l’heure où l’humanité est déchirée sur une planète qui lui est devenue totalement hostile. Suivra un improbable road-trip à travers les décors majestueux d’Enoch, qui vous amèneront à faire connaissance avec de nombreux personnages secondaires et à explorer de nombreuses quêtes secondaires également, pleines de charme.

Dans sa construction, Outriders rappelle d’ailleurs parfois les RPG à l’ancienne, avec ses nombreux PNJ, ses interactions sous forme de dialogues et ses petites bourgades paisibles dans lesquelles on prendra un certain plaisir à discuter avec les passants, revendre le matos acquis au cours des quêtes et découvrir quelques collectibles. Le contenu du jeu est gargantuesque dès sa sortie. Il faudra compter plus de 25h de jeu pour en voir le bout, et jusqu’à 40h pour faire le tour de toutes les quêtes secondaires, qui sont étonnamment réussies.

Certaines armes disposent de capacités spéciales.

Tout n’est bien sûr pas parfait dans ce cocktail explosif de genres et d’idées. On reprochera à Outriders, outre sa mise en scène quelque peu chaotique et son manque de personnalité, de prendre un peu trop son temps pour devenir passionnant. Le déclic se produit au-delà des six ou sept heures de jeu, lorsqu’on commence à bien maîtriser son personnage, que l’on débloque de nouvelles armes et pouvoirs et que l’on explore de nouvelles contrées. Les quêtes secondaires de “chasse” ne se débloqueront par exemple qu’une fois le sixième biotope exploré… Elles représentent à elles seules une bonne raison de réexplorer d’anciens niveaux puisque celles-ci vous confronteront à de gigantesques créatures qu’on croirait tout droit sorties d’un épisode de la franchise des Monster Hunter. La montée en puissance est lente. Et oui, s’il paraît parfois générique, Outriders est un plaisir coupable qui ne révèle que très progressivement ses charmes. On lui reprochera également quelques petits soucis d’optimisation sur PC, et de synchronisation labiale dans ses cinématiques. Dans l’ensemble, la finition est toutefois pratiquement irréprochable. Peu voire pas de bugs à l’horizon, un frame-rate très stable et des chargements très rapides.

Outriders impressionne également au niveau de sa réalisation avec ses panoramas superbes, ses décors chargés en détails, ses effets spéciaux à couper le souffle et ses très jolies animations. Il s’agit à n’en pas douter d’une très belle démo technique pour l’Unreal Engine. Si l’univers du jeu séduit, sa direction artistique a tendance à lorgner un peu trop du côté de Gears of War et à manquer de personnalité. Et c’est finalement le plus gros reproche que l’on fera à cet Outriders, un shooter-looter injustement malmené par les critiques. Outriders ne réivente certes pas la roue, mais il se révèle être un shooter terriblement addictif, nerveux et intense, au contenu gargantuesque et à la réalisation très soignée. Le jeu manque certes de personnalité, pioche sans vergogne des idées à gauche et à droite et a raté le coche à sa sortie avec ses serveurs instables et la nécessité d’être connecté en permanence aux serveurs pour y jouer, même en solo, mais il n’en reste pas moins un titre très riche, qui accrochera le joueur des heures durant. Assurément, l’une des meilleures surprises de ce début d’année 2021.

Conclusion

S’il a parfois l’apparence d’un TPS générique, Outriders est pourtant l’un des shooters coopératifs les plus réussis de ces dernières années. Le nouveau jeu du studio polonais People Can Fly séduit par son contenu gargantuesque, son gameplay extrêmement nerveux qui s’inspire des fast-FPS et ses nombreuses très bonnes idées piochées à gauche et à droite, de son système de couverture inspiré de Gears of War à ses mécanismes de RPG, en passant par son univers sauvage, qui rappelle parfois celui de Halo. S’il a l’apparence d’un jeu-service, Outriders nous est toutefois livré dès sa sortie dans sa version intégrale, avec près de 40 heures de contenu, zéro microtransaction et aucun Season Pass à l’horizon. La formule est donc très séduisante. Il faudra toutefois composer avec une intro peu engageante et un scénario maladroitement mis en scène. La planète Enoch ne manque toutefois pas de charme et sur la durée, Outriders parvient à convaincre, que ce soit par la richesse de son univers, ses mécanismes de jeu bien huilés ou son gameplay jouissif. Ne vous fiez pas à ses apparences, il s’agit à n’en pas douter de l’un des jeux les plus divertissants de ces dernières années, que vous prendrez de surcroit un réel plaisir à parcourir avec vos meilleurs amis. 

Outriders

8.5

Gameplay

9.0/10

Contenu

9.5/10

Graphismes

8.5/10

Bande son

7.5/10

Finition

8.0/10

Les + :

  • Un gameplay nerveux et fun, à la difficulté bien dosée
  • Un contenu gargantuesque
  • Une réalisation soignée
  • Des décors et une bestiaire extrêmement variés
  • Jouable aussi bien en solo qu'à plusieurs

Les - :

  • Un petit manque de personnalité
  • Les 2 premières heures de jeu, en deçà du reste
  • La nécessité d'être connecté au réseau pour y jouer, même seul
  • Le scénario, maladroitement mis en scène