Test – Werewolf The Apocalypse : un beat them all sans panache

Nouvelle production du petit studio français Cyanide (Styx, Blood Bowl), Werewolf The Apocalypse: Earthblood faisait partie de ces petits jeux dont on ne savait pas quoi penser. Très séduisant sur le papier, le concept du jeu a toutefois beaucoup de mal à convaincre dans la pratique…

Qui n’a jamais rêvé d’incarner un jour un loup-garou dans un jeu vidéo? Il faut bien l’avouer, les jeux qui nous proposent d’incarner des bêtes sanguinaires sont rares. La proposition du studio français Cyanide était donc très prometteuse sur le papier. D’autant plus que les développeurs de Styx avaient annoncé très tôt que leur jeu serait un mélange de genre, empruntant des éléments aux jeux de rôle, jeux d’infiltration et aux beat them all old-school. Werewolf The Apocalypse: Earthblood est toutefois, comme nous allons le voir, loin d’être une claque magistrale…

Les combats sont intenses et souvent très sanglants.

Côté scénario tout d’abord, on a affaire ici à une véritable série Z. Dans Earthblood, le joueur incarne un combattant lycan qui va devoir les forces d’une corporation baptisée Endron, qui exploite le Wyrm, une entité maléfique qui vise à détruire l’esprit de la terre. L’écologie est le thème principal du jeu. Pas de voyage au XIXème siècle ici ni de décors dépaysants, tout se déroule à l’époque contemporaine. L’intrigue se limitera dans son ensemble à la guerre d’un clan lycan contre la multinationale. Un récit qui n’est guère captivant ni habilement mis en scène… L’approche a d’ailleurs de quoi surprendre, dans la mesure où l’univers fantastique ouvrait justement tellement de portes à explorer… Mais de toutes ces possibilités, le studio français a choisi un message écologiste sans aucune profondeur. Surprenant.

L’autre grosse erreur des développeurs, c’est d’avoir voulu en faire trop avec trop peu de moyens… Werewolf se veut un mélange de plusieurs genres. Il s’agit principalement d’un beat them all, dans lequel vous multiplierez les combats au corps à corps, mais le jeu propose également des séquences d’infiltration et emprunte plusieurs éléments aux action-RPG avec des choix de dialogues et un arbre de compétences. Sur le papier, le concept était très séduisant. Dans la pratique, si le mélange fonctionne, certaines séquences de jeu séduisent moins que d’autres. L’aspect RPG passe par exemple complètement au second plan. Les choix de dialogues n’ont aucun impact sur le récit et les évolutions ne transcendent pas le gameplay. Il est d’ailleurs même possible de finir le jeu sans en appliquer une seule… Les séquences d’infiltration étaient une bonne idée mais l’IA médiocre des ennemis et le level-design du jeu très simple font qu’en définitive, on préfère souvent l’approche frontale. On notera d’ailleurs que de façon assez amusante notre héros est un guerrier qui peut utiliser de petites fléchettes pour mettre K.O. ses adversaires mais n’utilisera pas une seule fois une arme à feu… sans qu’aucun élément n’explique ce choix.

Les modélisations des personnages restent dans l’ensemble très sommaires.

En définitive, ce sont donc les séquences de combat qui restent les plus réussies. Elles sont certes répétitives, mais la diversité des ennemis oblige le joueur à varier les attaques et à alterner entre les différentes formes du personnage. Notre héros à deux formes de lycan. Dans l’une, il se déplace très rapidement mais ses attaques sont faibles et il est moins résistant. Avec l’autre, il est capable d’encaisser les coups et de frapper plus fort, mais sa vitesse est réduite. Pour remporter les combats, le joueur devra alterner entre les deux formes et prêter attention aux types d’adversaires qu’il affronte : des snipers à l’infanterie lourde en passant par la bidasse ou le guerrier capable d’asséner d’importants dégâts au corps à corps, tout le succès repose sur l’approche du champ de bataille. C’est un fait toutefois, le gameplay manque clairement de profondeur. Il n’y a pas assez de combos ni d’attaques spéciales. Les combats de boss, qui se réduisent la plupart du temps à du matraquage de boutons, nous le rappelle à chaque fin de chapitre.

Si la partie infiltration déçoit, certains éléments du gameplay donnent à Earthblood un certain charme. Par exemple, le fait que notre personnage soit capable de changer de forme à volonté, en passant d’un humain qui passera inaperçu dans certains environnements et se la jouera plus infiltration dans les niveaux à un loup, qui sera capable de se déplacer plus rapidement, telle une ombre, et de ramper à travers des tunnels. La forme de lycan, elle, n’est utilisée que pour le combat.

Les phases d’infiltration sont sympathiques mais souvent très creuses.

Malgré quelques très bonnes idées, Werewolf The Apocalypse a donc du mal à séduire. Son scénario nanaresque, ses personnages sans charisme, ses décors pauvres et très linéaires et sa durée de vie rikiki ne l’aident pas non plus, il faut le reconnaître. En ligne droite, le jeu se termine en cinq petites heures. Il y a peu d’à-côtés et la rejouabilité est très faible. N’espérez pas non plus découvrir un mode coop ou du multijoueur. A 39,99€, l’addition est donc salée. D’autant plus que techniquement, c’est loin d’être le nirvana. Les décors du jeu sont pauvres, les personnages ressemblent tous à des clones à l’exception du héros, les bugs sont nombreux et la direction artistique globale du jeu n’impressionne pas vraiment. On sent que le jeu a souffert d’un budget très serré. La finition est d’ailleurs franchement désastreuse sur next-gen avec des bugs très nombreux sur Series X, des effets visuels timides et presqu’aucune feature inédite. Reste une bande son sympathique – mais pas de doublages en VF et quelques jolis bugs sonores. Pas de quoi sauver le navire du naufrage malheureusement…

A une dizaine d’euros, Werewolf The Apocalypse est clairement le petit jeu sympathique que l’on parcourra le temps d’un weekend pour se détendre, sans aucune prise de tête. Il n’est certes pas extraordinaire, mais les quelques idées originales du jeu et son concept à part lui donne un certain cachet. A 39,99€, il est en revanche beaucoup plus difficile de fermer les yeux sur ses vilains défauts.

Conclusion

Très séduisant sur le papier, Werewolf The Apocalypse : Earthblood peine toutefois à convaincre pad en main, la faute en grande partie à un manque de moyens du studio français Cyanide, qui était pourtant parvenu à nous surprendre de jolie manière par le passé avec le sympathique Styx. A l’inverse de ses précédentes productions, Werewolf The Apocaypse a souffert d’un budget très serré et cela se ressent tant au niveau de la réalisation, très pauvre, que du gameplay. S’il est bourré de bonnes idées, le jeu manque cruellement de profondeur. La proposition avait pourtant beaucoup de charme : dans la peau d’un lycan, le joueur doit ici affronter une corporation aux intentions maléfiques. La surpuissance du personnage principal est jouissive. Les combats intenses et sanglants donnent un certain cachet au titre. Les quelques séquences d’infiltration apportent aussi un peu de diversité. Si le mélange de genre fonctionne dans l’ensemble, la formule a tendance à trop se répéter et les développeurs n’ont clairement pas été au bout de leurs idées. Werewolf The Apocalypse : Earthblood est typiquement le genre de jeu d’action un peu fauché qu’on prendra pourtant plaisir à parcourir le temps d’un après-midi pluvieux. Son plus gros défaut, en définitive, c’est d’être proposé presqu’à plein tarif. Si le concept vous plaît, n’hésitez donc pas à lui donner sa chance, de préférence après l’avoir trouvé dans un bac à soldes… 

Werewolf The Apocalypse: Earthblood

Gameplay 6.0/10
Contenu 3.5/10
Graphismes 3.5/10
Bande son 5.5/10
Finition 4.5/10
4.6

On aime :

Les 3 formes du personnage qu'on incarne (Homme, Lupus, Crinos)

Le mélange de genres qui fonctionne : infiltration, beat them all, RPG

Une bande son sympathique

On aime moins :

Une réalisation très pauvre

39,99€ pour 5h de jeu en ligne droite

Un gameplay qui manque de profondeur

Un scénario de série Z

Un vrai manque de finition : des ennemis clonés au manque d'ambition au niveau des décors en passant par les bugs, tout transpire le budget ultra-serré