La décision de Twitter est « problématique », selon la chancelière allemande.

Suite aux incidents survenus le 6 janvier dernier à Washington, Donald Trump s’est vu banni de plusieurs plateformes sociales. Le président sortant a en effet été considéré comme responsable des incidents qui ont mené à l’invasion du siège du Congrès américain, après avoir interpelé et invité ses partisans à marcher sur le Capitole pour donner aux Républicains « le genre de fierté et d’audace dont ils ont besoin pour reconquérir notre pays. »

Dans les heures qui ont suivi l’invasion du Capitole, Twitter a décidé de bloquer le compte de Donald Trump pour au moins 12 heures pour « violations graves et continuelles de notre politique d’Intégrité civique ». Un bannissement temporaire qui s’est transformé en bannissement à vie pour le magnat de l’immobilier. “Nous avons suspendu le compte indéfiniment à cause du risque de nouvelles incitations à la violence“, a déclaré le réseau social.

D’autres réseaux sociaux tels que Facebook, Snapchat ou encore Twitch ont suivi, supprimant le compte de Donald Trump de leur plateforme.

Une décision qui divise

Si la décision de Twitter est louée par certains, elle est également critiquée par d’autres. Selon certains, les réseaux sociaux ont été trop laxistes vis-à-vis du Président américain pendant trop longtemps et sont donc en partie responsables des incidents survenus à Washington qui ont entraîné la mort de 5 personnes.

Pour d’autres, ce n’est pas aux géants du numérique de décider qui peut s’exprimer sur Internet. Plusieurs internautes ont ainsi souligné la dangerosité du fait que des entreprises privées puissent contrôler d’une certaine façon la liberté d’expression. Parmi les personnes à s’interroger sur le bienfondé du bannissement de Donald Trump des réseaux sociaux, on trouve la chancelière allemande Angela Merkel.

Il est possible d’interférer dans la liberté d’expression, mais selon les limites définies par le législateur, et non par la décision d’une direction d’entreprise“, a expliqué Steffen Seibert, porte-parole de la chancelière, lors d’une conférence de presse, ajoutant : “C’est pourquoi la chancelière voit comme problématique que les comptes du président américain sur les réseaux sociaux soient fermés définitivement.

Le gouvernement allemand a également souligne combien “la liberté d’expression est un droit fondamental d’importance élémentaire“.

Les réseaux sociaux ont en quelque sorte outrepassé leur droit, car s’ils “ont une très grande responsabilité” et “ne doivent pas rester sans agir” face à des contenus haineux ou violents, ils ne doivent pas prendre la place des législateurs. C’est à ces derniers que revient la tâche de “définir un cadre dans lequel la communication sur les réseaux sociaux puisse se faire“, a souligné le gouvernement allemand par le biais d’un porte-parole, rapporte l’AFP.

Angela Merkel n’est pas la seule politique à s’être exprimé sur cette affaire. Le commissaire européen du numérique Thierry Breton a également partagé sa perplexité concernant la décision “sans contrôle légitime et démocratique” des réseaux sociaux. “Ces événements démontrent que nous ne pouvons plus rester les bras croisés et nous fier à la seule bonne volonté des plateformes“, a-t-il poursuivi, “nous devons fixer les règles du jeu et organiser l’espace informationnel avec des droits, obligations et garanties clairement définis“. “La régulation des géants du numérique ne peut pas se faire par l’oligarchie numérique elle-même“, a commenté le ministre français de l’Économie Bruno Le Maire.