Test – Cyberpunk 2077 : bienvenue à Night City

8 ans qu’on l’attendait. Cyberpunk 2077 débarque enfin sur PC et consoles, avec des attentes énormes. Le résultat final est-il pour autant à la hauteur des attentes ?

Qu’est-ce qu’on l’aura attendu ce Cyberpunk 2077 ! Annoncé en grande pompe en 2012 alors que The Witcher 3 n’était même pas encore sorti, le titre témoignait des ambitions hors-norme du studio polonais CD Projekt Red, il était même annoncé comme celui qui allait intégralement chambouler la vision que l’on avait des jeux vidéo. Il possèderait un vaste open-world, avec des choix cruciaux à faire et une dimension RPG hors-norme. Les développeurs le vendaient même comme la plus grosse production qu’ils n’aient jamais réalisés. Pourtant, il semblerait que les développeurs aient quelque peu été submergés par le travail titanesque qu’ils avaient entrepris.

Et pour cause, Cyberpunk 2077 dut être repoussé à de nombreuses reprises. Le titre est censé sortir en 2015, puis 2016… Il n’en sera rien, les développeurs préférant achever et peaufiner le développement de The Witcher 3. C’est finalement à l’occasion de l’E3 2019 que le jeu obtient une première date de sortie : le 16 avril 2020 sur PC, PS4, Xbox One et Stadia. En janvier 2020, Cyberpunk 2077 subit un premier report afin de recevoir des correctifs et de régler les quelques détails restants. Il est alors prévu pour septembre 2020. On imagine alors qu’il s’agit là de son ultime date de sortie et qu’il ne sera plus repoussé. Qu’à cela ne tienne, Cyberpunk se verra subir deux reports supplémentaires.

Mais pourquoi une telle attente? C’est sans aucun doute son univers qui fascine le plus les joueurs. Directement inspiré du jeu de rôle de table éponyme, Cyberpunk 2077 prend place dans un futur proche dans lequel la technologie a pris une place bien plus importante dans nos vies. Les êtres humains ont basculé dans le transhumanisme, avec une addiction terrible aux implants neurologiques destinés à améliorer drastiquement les capacités naturelles du corps humain. L’intelligence artificielle est également au cœur de la société, tandis que les robots parcourent les rues.

Night City est une vrai réussite.

La présence des implants et des nouvelles technologies se ressent tout particulièrement dans Night City. La ville fut avant tout créée afin d’en faire un idéal, l’endroit où tout le monde souhaiterait vivre. Il en a finalement été tout autre. Après avoir été durement touchée par la Guerre des Corporations et par un attentat ravageur à l’arme nucléaire, la ville a changé du tout au tout. Autrefois havre de paix, Night City est devenue le terrain de jeux de nombreux gangs trafiquants de drogues et autres braindances. Les prostituées arpentent les rues tandis que les affrontements entre police et criminels sont monnaie courante au sein des nombreuses rues de la ville.

Ce savant mélange de technologies et de malaise ambiant donne lieu à un scénario dantesque. Sans aucun temps mort, il parvient à nous garder en haleine pendant ses quelques 20 heures et nous nous prenons d’affection pour les quelques personnages principaux. De plus, le titre a le mérite de proposer plusieurs fins différentes en fonction de vos choix, et d’ainsi apporter une rejouabilité non-négligeable.

Nul besoin de vous dire que la recette fonctionne magnifiquement bien. Arpenter les rues de Night City est un réel plaisir et ses nombreux quartiers possèdent chacun leur propre identité. La surabondance de néons sur les façades et au dessus des rues vient accentuer le sentiment d’oppression que procure la ville. Les citoyens qui peuplent Night City transpire quant à eux de dépression et donnent le sentiment d’avoir abandonné tout espoir d’un jour entrevoir le bonheur.

Paradoxalement, la ville est magnifique dans sa désolation. On ne se lasse à aucun moment de courir dans les rues de Night City et de croiser, à n’importe quel coin de rue, un affrontement entre un gang et la police ou un criminel commettant l’irréparable. Les nombreuses activités qui s’offrent à vous viennent rythmer les sessions et permettre d’alterner entre scénario et quêtes annexes.

En revanche, si Night City est bien un de nos coups de cœur du titre, elle se repose sur une construction bien trop classique. Après avoir assisté à un ou deux crimes perpétrés dans les rues, on n’est presque plus surpris par cette cité désolée, au point qu’elle nous paraisse parfois vide. On sent un manque de créativité de la part des développeurs dans la conception de leur ville, qui avait tout le potentiel pour être l’un des mondes les plus fascinants de l’histoire du jeu vidéo.

Le character design est fantastique, avec des implants dont on sent l’omniprésence dans la société.

Nous avons également eu énormément de difficulté à cacher notre excitation la première fois que nous avons croisé Johnny Silverhand, le personnage campé par l’acteur Keanu Reeves, dans l’aventure. Son personnage est d’une profondeur remarquable, avec un caractère bien trempé. L’interprétation de l’acteur dans Cyberpunk 2077 est de très haut niveau, et prouve une nouvelle fois que la barrière entre cinéma et jeu vidéo ne fait que s’amoindrir avec le temps.

De par son open-world très étendu, Cyberpunk se range dans plusieurs catégories. Evidemment, il emprunte de nombreux traits aux RPG, où, à l’instar d’un Fallout, on a une liberté d’approche quasi totale quant à notre manière d’appréhender le jeu. Tout commence avec la personnalisation de votre personnage qui est, il faut bien l’admettre, très poussée mais également très réussie. Vous devrez tout d’abord choisir la classe de votre héros entre Corpo, Street Kid et Nomad. Un choix qui relève plus de l’anecdotique qu’autre chose, tant l’impact qu’il a sur l’aventure est minime. L’introduction varie en fonction de ce premier choix, mais le reste de l’aventure n’est que trop semblable d’une classe à l’autre. Le background des personnages varie en fonction de cette classe, tandis que les PNJ vous jugeront et répondront de manière différente et auront ainsi tendance à plus vite vous respecter ou, au contraire, à vous traiter comme un moins que rien.

Une fois votre choix de classe fait, il vous est demandé de personnaliser l’apparence de V, votre héros. Préparez-vous car vous allez passer de longues minutes dans ce menu tellement les possibilités sont presque infinies. De la coupe de cheveux, en passant par la voix, les pommettes et même les organes sexuels, vous configurez votre avatar de A à Z. Des choix qui sont présents dès le menu de personnalisation de l’avatar, et qui perdurent tout au long de l’aventure. Presque aucun dialogue ne se fera sans que vous n’ayez à faire un choix, tandis qu’il sera parfois nécessaire de choisir entre telle et telle alliance pour continuer dans l’aventure, avec des conséquences tantôt minimes, tantôt désastreuses. Cependant, nous aurions apprécié avoir la possibilité d’adhérer à un des gangs de la ville, avec les conséquences que cela amènerait.

De nombreux choix rythment la partie et vous donnent le sentiment d’être seul maître de votre destin.

En plus de proposer de nombreux choix à faire, Cyberpunk 2077 propose d’améliorer son personnage avec des implants. Ceux-ci prennent une place prépondérante dans la société de la fin du 21ème siècle et par la même occasion de votre aventure. En vous rendant chez un charcudoc, vous aurez la possibilité de vous faire greffer un ou plusieurs implants, moyennant des eddies, et d’ainsi “upgrader” V et de profiter de nouvelles compétences et attributs.

De plus, un arbre des compétences très fourni vous permettra de “façonner” les capacités de votre personnage. Divisé en deux catégories, les attributs et les avantages, cet arbre se remplira au fur et à mesure que vous accomplirez des missions et engrangerez de l’expérience et de la réputation. La première catégorie, les attributs, se comptent au nombre de 5, avec chacun une utilité bien particulière. Les capacités techniques vous permettront d’accéder à des nouvelles possibilités de craft, tandis que l’intelligence vous donnera l’accès à des nouveaux piratages. Chaque attribut est quant à lui divisé en deux ou trois classes d’avantages, qui sont les capacités et bonus à proprement parler. L’arbre des compétences de Cyberpunk 2077 est tellement complet qu’il nécessiterait un article entier qui lui est consacré.

Enfin, comme tout bon RPG qui se respecte, Cyberpunk 2077 met le loot au cœur de son gameplay, voire même un peu trop. Chaque endroit que vous visiterez regorgera de ressources à récolter voire d’accessoires de mode vous permettant de bénéficier d’avantages. L’intention est certes très louable de la part des développeurs, et nul doute que de nombreux joueurs aimeront se perdre durant des heures à trouver la moindre ressource ou information cachée dans l’environnement. Cependant, après quelques heures de jeu, on ne prend plus le temps de chercher ces ressources, ce qui peut malheureusement parfois laisser passer le joueur à côté d’une information importante ou d’un équipement rare.

L’arbre des compétences du personnage est très élaboré. Il se divise en 5 attributs, eux-mêmes réparti en deux ou classes de plusieurs dizaines de compétences.

Puisqu’il se joue à la première personne et qu’il comporte de nombreuses séquences de gunfight, Cyberpunk 2077 peut également être considéré comme un FPS. Les séquences de tir contre des ennemis seront nombreuses, avec un feeling des armes très approximatif. Sans être calamiteux, loin de là, il ne procure pas de suffisamment bonnes sensations pour apprécier ces phases à leur juste valeur. De plus, on regrettera que l’ensemble des ennemis, même le simple soldat lambda, nécessite plus qu’un chargeur complet pour être éliminé.

Afin d’arpenter Night City et de rejoindre le désert de la périphérie, vous aurez besoin de piloter un des nombreux véhicules du jeu. Que ce soit une moto ou une voiture, vous assisterez aux seules phases de gameplay à la troisième personne. Il est malheureusement dommage qu’ici aussi, la conduite soit loin d’être idéale. Sans être catastrophique comme on a pu le voir dans le tout récent Watch Dogs Legion, le pilotage des véhicules de Cyberpunk 2077 se fait sans réel peps ni jouissance. Les sensations sont les mêmes que vous pilotiez un deux roues ou un quatre roues, la physique est souvent douteuse et les crashs manquent cruellement de réalisme, le véhicule étant le plus souvent stoppé net dans sa progression, sans aucune mise en scène.

Tout comme les gunfights, la conduite aurait mérité plus de précision et de justesse.

Sans être catastrophique, la durée de vie nous a légèrement laissé sur notre faim. Comptez environ 20 heures pour terminer le scénario sans se presser et le double pour terminer intégralement le jeu. Notre déception est d’autant plus grande que les développeurs de CD Projekt Red avaient annoncé un projet bien plus ambitieux que The Witcher 3. Finalement, on attend à peine la durée de vie maximale du précédent titre du studio polonais, qui était elle de 100 heures. C’est en soi une vraie déception, mais si l’on ne doute pas que les développeurs viendront agrémenter le titre de quelques add-ons ou autres DLC. La bonne nouvelle, c’est que dans l’ensemble, ces 20 heures de jeu sont plutôt bien maîtrisées.

On s’en souvient, les nombreux reports de Cyberpunk 2077 étaient en partie dûs à une volonté des développeurs de corriger les bugs présents dans le titre. On n’a vraiment du mal à comprendre comment cela se fait que Cyberpunk 2077 nous soit livré dans cet état. Truffé de multiples bugs, le titre se révèle tout simplement injouable sur la plupart des plateformes. Cela peut aller de légers soucis d’affichage à des citoyens qui donnent l’impression de sortir de Minecraft. Les problèmes de stabilité sont eux aussi très récurrents, avec de nombreux crashs, tandis que les missions qui sont injouables sont légions. Les développeurs se sont déjà attelés à la résolution de ces soucis, avec la sortie de deux patchs déjà très conséquents.

Nous avons également affaire à un titre qui change du tout au tout en fonction de la plateforme. Si vous jouez à Cyberpunk 2077 sur PC ou consoles next-gen, vous ne devriez souffrir que de quelques rares soucis d’affichage ou ralentissements, sans toutefois que cela n’impact proprement l’expérience. En revanche, n’espérez même pas jouer au titre sur l’ancienne génération – si le titre est encore jouable sur PS4 Pro et Xbox One X, il faudra composer notamment avec beaucoup moins de PNJ affichés à l’écran et plus de bugs. Sur Xbox One et PS4, le jeu se transforme en une véritable bouillie de pixels et devient proprement injouable.

Visuellement, le titre est très beau sur PC et consoles next-gen.

Nous ne pouvons toutefois que vous conseiller de jouer à Cyberpunk 2077 sur PC en priorité, et d’attendre patiemment la sortie du patch next-gen sur Xbox Series et PS5, qui devrait arriver d’ici quelques mois.

Du côté des graphismes, le titre est vraiment très beau sur PC. Les reflets de lumière, sans même activer le ray-tracing, sont très convaincants, tandis que la modélisation des personnages et les animations faciales sont du plus bel effet. Les environnements sont quant à eux magnifiques, avec de superbes paysages lorsqu’on aperçoit par exemple Night City de loin.

Enfin, non content de bénéficier d’une direction artistique et d’une ambiance exceptionnelles, Cyberpunk 2077 a le don de fournir une bande son tout simplement exceptionnelle. En voiture, les innombrables radios proposent des titres très réussis et allant du jazz au métal. Les doublages sont pour leur part excellents, avec l’honneur de retrouver la voix française officielle de Keanu Reeves ! Mention très bien pour les bruitages également, qui sont très justes et percutants dans n’importe quelle situation.

Conclusion

Cyberpunk 2077 était attendu au tournant. On attendait énormément – si ce n’est trop sans doute – de la nouvelle production de CD Projekt Red. Les créateurs de The Witcher ont fait grimper la hype jusqu’à la sortie du jeu et le résultat est malheureusement assez mitigé. Tout d’abord, au niveau du gameplay. Cyberpunk 2077 est un RPG en open-world à l’univers fascinant. Véritable personnage à part entière, Night City regorge de quartiers terriblement vivants et emplis de secrets. En arpenter les rues afin d’enchaîner les missions est un réel plaisir, d’autant plus que son scénario est parfaitement maîtrisé. CD Projekt Red maîtrise les codes du RPG et de l’open-world, un peu moins ceux des jeux de shoot. Les gunfights manquent cruellement de saveur. Les séquences de conduite déçoivent également en raison d’une physique qui ne suit pas du tout. S’il séduit avec son univers fantastique et sa magnifique direction artistique, Cyberpunk 2077 souffre toutefois de nombreux petits défauts techniques qui viendront entraver votre expérience du jeu, selon le support sur lequel vous y jouerez. Cyberpunk 2077 est très joliment optimisé sur PC. Quelques petits bugs sont susceptibles de venir gêner votre progression sur PS5 et Xbox Series, mais rien de très grave. En l’absence d’un patch next-gen, nous vous recommanderons toutefois d’attendre son déploiement avant de craquer pour le jeu. Les versions PS4 et Xbox One sont à éviter coûte que coûte pour leur laideur et les nombreux bugs dont elles sont victimes. Tout le monde n’est clairement pas logé à la même enseigne à Night City. S’il déçoit à sa sortie, Cyberpunk 2077 devrait toutefois se bonifier avec le temps, à travers les futures mises à jour promises par les développeurs. 

Cyberpunk 2077

Gameplay 7.5/10
Contenu 7.5/10
Graphismes 8.0/10
Bande son 9.0/10
Finition 5.5/10
7.5

On aime :

Night City, une belle réussite

Un sound design excellent, avec des mélodies tout simplement parfaites

Très beau sur PC, un peu moins sur next-gen

Une campagne haletante, sans temps mort

Le sentiment d'être constamment maître de son destin, avec de nombreux choix à faire

On aime moins :

La conduite des véhicules peu convaincante

Des bugs à foison

Des gunfights qui manquent de justesse

Une durée de vie bien inférieure à un The Witcher

Les versions PS4 / Xbox, à oublier