À l’image de Wonder Woman 1984, Mortal Kombat, Space Jam : A New Legacy ou encore The Suicide Squad seront disponibles sur HBO Max le jour de leur sortie au cinéma.

C’est une annonce de taille que vient de faire la société de production et de distribution Warner Bros. À compter de 2021, l’ensemble de ses films auront droit à une sortie hybride; ils seront disponibles le même au jour au cinéma et sur HBO Max, la plateforme de streaming de la Warner Bros. Une politique qui devrait avoir un impact sur l’ensemble de l’industrie du cinéma.

La société américaine avait déjà initié ce changement il y a quelques semaines en annonçant que le prochain DC, Wonder Woman 1984, sortira simultanément au cinéma et sur HBO Max le 25 décembre prochain, après avoir été repoussé à de nombreuses reprises en raison de la pandémie de coronavirus. Une décision qui paraissait à l’époque exceptionnelle et adaptée à la situation difficile à laquelle fait face le monde aujourd’hui, mais qui deviendra finalement la politique de la Warner Bros. pour l’ensemble de ses films pour l’année 2021.

Voici le calendrier américain des sorties :

  • Mortal Kombat – 15 janvier
  • The Little Things – 29 janvier
  • Tom& Jerry – 5 mars
  • The Many Saints of Newark – 12 mars
  • Reminiscence – 16 avril
  • Godzilla vs. Kong – 21 mai
  • The Conjuring : The Devil Made Me Do It – 4 juin
  • In the Heights – 18 juin
  • Space Jam : A New Legacy – 16 juillet
  • The Suicide Squad – 6 août
  • Dune – 1er octobre
  • King Richard – 19 novembre
  • The Matrix 4 – 22 décembre
  • Those Who Wish me Dead – 2021
  • Malignant – 2021
  • Judas and the Black Messiah – 2021
  • Cry Macho – 2021

Les films resteront un mois sur la plateforme de streaming et seront disponibles en 4K et HDR. Après 4 semaines, ils quitteront HBO Max pour poursuivre leur exploitation en salles de cinéma. À l’internationale, les films sortiront normalement, encore faut-il que les salles obscures rouvrent leurs portes.

Plus de streaming, moins de cinéma ?

La décision du mastodonte WarnerMedia, maison mère de la Warner Bros, surprend et questionne évidemment sur l’avenir du cinéma. Une interrogation qui est dans l’air depuis plusieurs années déjà, à mesure que le streaming gagne du terrain. Le mode de consommation des cinéphiles a évolué, poussant les géants de l’industrie du cinéma à s’interroger sur leur politique de sortie de leurs films en salles obscures. Un questionnement qui s’est accéléré avec la crise du coronavirus et la fermeture des salles de cinéma.

« Nous vivons une époque sans précédent qui nécessite des solutions créatives, y compris cette nouvelle initiative pour le Warner Bros. Pictures Group », a déclaré Ann Sarnoff, présidente et PDG de WarnerMedia Studios and Networks Group, dans un communiqué.

En mars dernier, lors de la première vague, plusieurs firmes de distribution avaient fait le choix de sortir leurs films sur des plateformes en ligne telles que iTunes ou Amazon Prime Video. Il s’agissait principalement de films “milieu de gamme”. Les blockbusters tels que le nouveau James Bond ou Black Window, eux, ont été reportés.

Mais le géant Disney a tout de même initié la transition du cinéma vers le streaming en proposant Mulan directement sur Disney+, moyennant la somme de 20$. Malgré un tarif élevé – à rajouter au prix de l’abonnement – le succès fut au rendez-vous, poussant Disney a réitéré l’expérience avec Soul, le prochain Pixar prévu pour fin décembre.

La fin des cinémas ?

La crise du coronavirus a-t-elle signé l’arrêt de mort des cinémas ? Difficile d’imaginer cela. La président et PDG de WarnerMedia Studios and Networks Group le dit elle-même : ” personne ne veut plus que nous que les films reviennent sur grand écran. Nous savons que le nouveau contenu est la pierre angulaire de l’exposition théâtrale, mais nous devons équilibrer cela avec le fait que la plupart des cinémas aux États-Unis fonctionneront probablement à capacité réduite tout au long de 2021″.

Par ailleurs, même si certaines sociétés de distribution disposent de leur propre service de streaming, il est difficile d’imaginer qu’elles puissent se passer d’une exploitation en salles obscures. Le streaming s’avère moins rentable puisqu’un seul abonnement peut servir à plusieurs personnes, alors qu’une sortie en famille au cinéma exige l’achat de plusieurs tickets. Aux États-Unis, un billet de cinéma revient en moyenne à 16$, soit plus que le montant de l’abonnement de HBO Max à 14,99$. Une famille de quatre personnes va donc dépenser 60$ au cinéma pour voir un film.

Autre argument contre une exploitation uniquement en streaming : le piratage. Si les services SVOD mettent en place des outils pour lutter contre ce fléau, les pirates informatiques parviennent malgré tout à extraire des films, séries et autres documentaires des plateformes et à les proposer gratuitement en ligne.

Une politique limitée dans le temps 

Dans son communiqué, Ann Sarnoff indique que la nouvelle politique de sortie hybride des films Warner Bros. n’est prévu que pour un an, mais qu’en serait-il si le succès est au rendez-vous ? La firme va-t-elle davantage privilégier sa plateforme de streaming au détriment d’une exploitation en salles ? Difficile d’imaginer que cela puisse être le cas. Ce ne serait pas rentable, comme nous l’avons déjà expliqué.

Par ailleurs, le fait est que HBO Max n’est pour l’instant disponible qu’aux États-Unis et qu’il n’est pas encore question d’un lancement à l’internationale. WarnerMedia ne peut donc pas encore se passer des salles obscures et ce ne sera certainement pas le cas avant un bon bout de temps.

De plus, comme l’indique le PDG de WarnerMedia Jason Kilar, les cinémas ont sans aucun doute encore de beaux jours devant eux. Se rendre dans une salle obscure pour profiter d’un film sur grand écran n’a rien à voir avec le fait de regarder un film à la maison. C’est une expérience différente ancrée dans les habitudes des cinéphiles du monde entier. “Je crois que dans 10 ans, 20 ans, 50 ans, il y aura un marché théâtral robuste, et je le dis parce qu’il y a très peu de choses qui peuvent rivaliser un vendredi soir quand vous y allez sortir avec quelqu’un que vous aimez, au cinéma, et se faire raconter une belle histoire sur un écran gigantesque “, assure Jason Kilar.

Une décision qui ne passe pas

Si WarnerMedia se montre très emballé par cette nouvelle stratégie, assurant qu’elle sera limitée dans le temps et qu’elle a été décidée uniquement pour faire face à la crise sanitaire comme n’importe quelle autre entreprise, la décision a du mal à passer auprès des exploitants de salles de cinéma. Le président et PDG d’AMC Theatres, Adam Aron, a affirmé que WarnerMedia “a l’intention de sacrifier une partie considérable de la rentabilité de sa division de studios de cinéma, ainsi que de celle de ses partenaires de production et de ses cinéastes, pour subventionner sa startup HBO Max.”

La décision de la Warner Bros. devrait en effet avoir un impact important sur l’industrie du cinéma, mais surtout sur les exploitants de salles. D’autres sociétés de distribution pourraient suivre son exemple et opter pour une sortie hybride de leurs films ou, dans les cas les plus extrêmes, faire une croix sur une exploitation en salles obscures ce qui entrainera forcément une baisse de fréquentation des salles obscures.

D’ailleurs, si le succès est au rendez-vous en 2021 pour HBO Max, difficile d’imaginer que WarnerMedia puisse faire marche arrière.