Si pirater Chicago et San Francisco ne vous a pas suffi, Ubisoft vous propose une virée au Royaume-Uni pour le troisième épisode de sa série Watch Dogs. Sauver Londres de l’oppression sera votre mission dans Watch Dogs : Legion.

Ubisoft est passé maître dans l’exploitation de franchises. Assassin’s Creed en est l’exemple parfait. En onze épisodes et près de treize ans d’histoire, la franchise connaît un succès sans faille avec des chiffres de vente en constante progression. Mais si cette franchise est aujourd’hui au coeur de la stratégie de l’éditeur français, il en est une autre, plus jeune, qui fait tranquillement son petit bonhomme de chemin : Watch Dogs.

Annoncé en grandes pompes lors de l’E3 2012, Watch Dogs premier du nom avait impressionné par son gameplay mais aussi par son ambiance sombre très intrigante. Pour ceux qui ne connaissent pas la franchise Watch Dogs, celle-ci se base sur les mêmes concepts pour ses épisodes. En effet, la saga prend place dans un futur assez proche, dans lequel la technologie et nos smartphones ont pris une place encore plus importante dans nos vies. Tous les terminaux connectés sont piratables par une organisation appelée DedSec, qui a accès à toutes les données sensibles des utilisateurs.

Evidemment, Watch Dogs: Legion garde les fondamentaux de ses prédécesseurs, et cela se ressent dans le contexte dans lequel prend place le titre. Exit Chicago et San Francisco, c’est désormais au tour de la ville de Londres d’accueillir les rebelles de DedSec. La capitale britannique, déjà fragilisée par un Brexit conclu dans l’amertume, se voit touchée de plein fouet par plusieurs attentats terroristes en son sein. Le gouvernement, appuyé par les mercenaires d’Albion, pointe immédiatement DedSec du doigt, pourtant innocent. Les membres de DedSec sont alors traqués, afin de dissoudre la faction. Néanmoins, on comprendra très tôt dans l’aventure que les attentats ont en réalité été perpétrés par un groupement terroriste appelé ZeroDay.

Suite à plusieurs attentats perpétrés en son sein, la capitale britannique a sombré dans la dictature, le règne de la peur et un gouvernement pseudo-fasciste. Le Brexit n’a malheureusement rien arrangé…

A la suite de ces attentats d’une rare violence, le gouvernement britannique bascule dans la paranoïa. Ils recrutent alors Albion comme milice privée afin de réinstaurer la sécurité dans Londres. Albion se voit vite accorder les pleins pouvoirs et fait régner la terreur dans les rues londoniennes, en arrêtant quiconque ose s’opposer au régime en place. Le Parlement est pour sa part dirigé par un gouvernement semi-fasciste, où la peur de l’étranger est omniprésente. Le Brexit a notamment laissé des traces, avec une haine anti-européens présente dans les plus hautes sphères de la société. Pour preuve, la ville accueille même un centre de réfugiés venus de l’Europe. Vous l’aurez compris, le titre est une espèce de critique de la société actuelle et rappelle les heures les plus sombres de notre histoire, à commencer par l’occupation nazie.

Evidemment, la ville est une fois de plus dominée par les nouvelles technologies et le sentiment du bien-paraître sur les réseaux sociaux. A l’instar des deux premiers épisodes, l’ensemble des terminaux sans-fil de la ville est régi par un système de surveillance universel : le ctOS. C’est pourtant la faille qui permet à DedSec de s’introduire dans le réseau et d’accéder aux appareils connectés présents sur le territoire.

DedSec est donc décimé, mais la résistance se reforme. Sabine Brandt ayant survécu aux différentes attaques menées contre le groupe, celle-ci se met en tête de recruter de nouvelles têtes afin de repeupler DedSec et de s’établir en véritable force contre la dictature d’Albion. Ce sera donc votre mission principale : engager des membres pour DedSec afin de renverser Albion et de restaurer la vérité quant aux attentats meurtriers perpétrés sur le sol londonien.

Il vous faudra alors remplir les rangs de votre organisation. Pour ce faire, le mieux est de puiser directement dans la source : la population londonienne. Acquise ou non à votre cause, chaque Londonien peut être engagé afin de grossir vos rangs, avec ses propres compétences, armes et emplois du temps. C’est évidemment la force de ce Legion. En effet, le nombre de citoyens à recruter parait incroyablement infini, chacun possédant sa propre personnalité et emploi du temps. Des emplois du temps qui gèreront le quotidien de ces personnages, et il sera surprenant de voir que cet agenda est très bien respecté.

Pour créer la meilleure faction possible, tous les types de profils sont les bienvenus. Et force est de constater qu’Ubisoft a parfaitement géré la multitude de citoyens. Alors que vous croiserez à chaque coin de rues des SDF, mercenaires d’Albion ou ouvriers, les juges, médecins et autres agents secrets se feront bien plus rares. Ce sont pourtant les plus précieux pour votre organisation. Pour cause, recruter un avocat ou un juge sera intéressant pour libérer plus vite ces unités, tandis que le médecin ou l’infirmier permettront de réduire le temps de convalescence de vos unités blessées.

Outre ces compétences très utiles pour vos missions, certains citoyens vous permettront de passer presque incognitos au sein de certains lieux privés. Ainsi, il sera très intéressant de tenter de recruter un mercenaire d’Albion ou un agent de police afin de vous infiltrer dans New Scotland Yard ou certains quartiers généraux d’Albion. Plusieurs approches seront dès lors possibles. Soit vous gardez vos habitants anonymes et utiliserez vos capacités de hacking pour pénétrer dans ces lieux hautement gardés, soit vous engagez un habitant “agréé”, qui sera capable de rentrer dans ces lieux à accès restreints.

Chaque Londonien est unique, personnalisable et évidemment recrutable. Ils sont d’ailleurs l’axe central de Legion.

Recruter ces habitants pour DedSec ne se fera pas sans rencontrer d’obstacles. En effet, si certains citoyens seront quasiment acquis à votre cause et accepteront de vous rejoindre sans broncher (ou presque) votre organisation, certains se montrent plus réticents. Il faudra donc les convaincre de vos bonnes intentions en leur rendant quelques menus services. Ceux-ci sont parfois très simple, comme les affronter aux fléchettes, tandis que d’autres vous demanderont un plus gros investissement, comme éliminer un opposant ou détruire certaines marchandises.

C’est donc là que l’emploi du temps des Londoniens intervient. Imaginons que vous souhaitez engager un membre de la garde royale. Ceux-ci seront en général réticents à vous rejoindre. Vous devrez donc les retrouver à une certaine heure à tel endroit et leur parler afin qu’ils vous accordent une mission. C’est donc là une très jolie profondeur de la ville qu’Ubisoft nous propose, et l’idée est, en règle générale, est très bien exploitée.

Nous avions peur que ce concept de citoyens recrutables n’éclipse le scénario et ne manque de charisme. C’est lorsque nous n’avons plus de personnage principal que nous nous rendons compte du manque qu’il crée et de son importance. Ubisoft aurait pourtant bien fait d’élaborer un personnage principal, en plus des citoyens, qui porterait à lui seul un scénario en manque d’idées et parfois trop prévisible. Les bases posées par la trame principale étaient pourtant très prometteuses, mais celle-ci ne parvient pas à tenir sur la durée, avec des twists trop attendus.

Côté gameplay, le résultat est également moyennement convaincant. Les combats au corps-à-corps sont plutôt réussis, même s’ils manquent de profondeur. Si Ubisoft a voulu surfer sur le côté très décalé de Legion, il paraît tout de même surprenant de voir une dame très âgée être capable de faire des retournés acrobatiques et des prises de catch à ses opposants. Nous restons néanmoins sur la bonne voie, notamment lorsqu’on compare les combats de Legion à ceux de Watch Dogs 2. L’ensemble n’est malheureusement pas aidé par de très nombreux problèmes de caméra, vite problématiques lors des combats en lieux restreints.

Les affrontements avec l’IA sont pour leur part catastrophiques. Legion est fort dirigiste dans son approche, avec par exemple des unités ennemies trop prévisibles et qui n’apportent pas de réel défi. Il s’avèrera étonnamment facile d’échapper à la vue de ses poursuivants, pour ensuite les éliminer discrètement par derrière.

Malheureusement, la conduite des véhicules n’est pas des plus réussies. De plus, la conduite à gauche risque d’en perturber plus d’un.

La conduite des véhicules, déjà maintes fois critiquée dans les deux précédents volets, s’avère une fois de plus très décevante. La collision avec les véhicules environnants se fait sans “peps”, tandis que le ragdoll des passants renversés relève plus du gag que du réalisme. Le pilotage des bolides paraît pour sa part peu intuitif.

Grande-Bretagne oblige, la conduite des véhicules se fera aussi à gauche. Un code de la route qui pourrait bien en perturber plus d’un. Un petit temps d’adaptation sera donc nécessaire.

Dans les petites nouveautés de ce Legion, on mentionnera également les passages en arachnobots. Ceux-ci remplacent les jumpers de Watch Dogs 2, à notre plus grand désarroi. Les phases d’infiltration en spider-bot seront bien trop répétitives et sans aucune saveur. Elles pâtissent également d’une caméra hasardeuse dans les passages les plus exigus ainsi que des effets visuels très approximatifs. Un mode multijoueur devrait très bientôt arriver, avec notamment des combats entre arachnobots, qui seront désormais équipés d’armes et gadgets.

En revanche, on regrettera que Londres se laisse moins facilement pirater que San Francisco ou Chicago. En effet, les possibilités de hacking dans les précédents épisodes étaient faramineuses, avec des feux de circulation pouvant être trafiqués ou des bouches d’égout qui pouvaient exploser. Legion fait malheureusement l’impasse sur ces fonctionnalités, et semble se contenter du strict minimum dans son approche du piratage de la cité. Seuls les drones, les bites et ralentisseurs électriques peuvent être piratés. Certains apprécieront, d’autres le regretteront amèrement, il s’agissait pourtant du concept premier du jeu.

Les lieux les plus emblématiques de Londres sont reconnaissables dans cette dystopie de la capitale britannique.

On aurait pourtant tendance à fermer les yeux devant ces quelques défauts tellement nous sommes subjugués par le réalisme de ce Londres dystopique. La ville profite d’un réalisme bluffant, pourtant dépeinte par une technologie reine et omniprésente. C’est un réel plaisir de traverser les artères les plus emblématiques de la ville et de retrouver certains des lieux les plus connus de la capitale britannique. Tous sont présents, entachés par la publicité envahissante d’Albion et les tags dessinés par les rebelles.

Une ambiance futuriste aidée par une bande-sonore de très grande qualité. Les voix originales sont pour leur part très réussies, avec un accent anglais tout simplement exquis. Cependant, l’attribution des doublages aux citoyens laissent parfois pantois, avec quelques dialogues qui prêtent parfois au sourire.

Les différentes musiques sont quant à elles bien amenées. Les véhicules possèdent plusieurs radios, avec quelques musiques commerciales introduites dans le jeu, afin notamment d’accentuer le sentiment que ce Londres n’est pas si loin de nous dans le temps. Le bruit que font les voitures sont également bien pensés. En effet, ce Londres dystopique regorgent de véhicules électriques très silencieux. La capitale londonienne paraît donc étonnamment silencieuse, un paradoxe lorsque l’on connaît la pollution sonore présente dans la cité britannique. En jeu, les affrontements bénéficient de musiques très originales. Celles-ci sont bien fichues, avec un accent synthé très prononcé.

Enfin, mentionnons la qualité visuelle qu’est celle de Legion. Sans nous en mettre plein les yeux, le titre se repose sur des bases solides, qui ont fait leurs preuves sur certaines productions Ubisoft. Vous le remarquerez très vite : le moteur semble être le même que pour les derniers Assassin’s Creed. Le rendu est convaincant, à défaut de nous mettre une claque. On aurait toutefois pu en attendre un peu plus d’un titre triple-A.

Visuellement, ce Watch Dogs : Legion reste plutôt solide. On regrettera pourtant des animations faciales un poil trop rigides et des collisions complètement ratées.

La sortie prochaine des consoles next-gen semble arriver à point nommé. Le titre devrait bénéficier de graphismes rehaussés, avec un taux d’images à 30fps en 4K. Sur PC, Legion est déjà bien plus convaincant, notamment lorsque les paramètres graphiques sont poussés au maximum. Le raytracing devrait pour sa part améliorer des effets de lumière déjà très réussis, mais là encore perfectibles.

Nous avons mentionné plus haut le ragdoll honteux des piétons et personnages, les animations faciales sont assez décevantes. Un poil figées, elles ne remplissent pas pleinement leur tâche, à savoir faire ressentir au joueur les émotions vécues par les protagonistes du titre.

Enfin, Ubisoft semble ne pas apprendre de ses erreurs. Le studio français nous propose toujours un titre aux nombreux bugs, plutôt préjudiciables pour l’expérience de jeu. Outre les nombreux problèmes de collisions qui vont parfois jusqu’à impacter les missions, l’on regrettera de nombreux ralentissements et chutes de framerate, ainsi que des problèmes de synchronisation des voix. De plus, certains personnages affichent un timbre étonnamment peu adapté à leur physique. Un défaut évitable, qui prête plus au rire qu’autre chose…

Conclusion

Aidé par une direction artistique irréprochable, Watch Dogs Legion nous plonge dans un univers dystopique dans lequel Londres et le Royaume-Uni ont sombré dans le totalitarisme. Chaque Londonien est unique, possède ses propres capacités, armes mais aussi animations, voix et emplois du temps. Ce sera au joueur de recruter les bons éléments pour mener à bien sa révolution. Le joueur n’interprète plus ICI un unique protagoniste, mais l’ensemble des citoyens de la ville. Un choix audacieux de la part des développeurs, qui a tendance à affaiblir le scénario du jeu. Dans la plus pure tradition des jeux de type bac-à-sable, Watch Dogs Legion propose toutefois un vaste environnement de jeu, riche et très agréable à explorer. La capitale britannique est fidèlement modélisée et regorge de quêtes secondaires et activités annexes en tous genres. Si la ville est sur-connectée, elle semble en revanche moins “piratable” que Chicago et San Francisco. Les possibilités de hacking sont en effet moins nombreuses que dans les deux précédents volets. Il n’est par exemple plus possible de trafiquer les feux de circulation. Visuellement, le titre est également réussi, à défaut d’être une claque graphique. Il va sans dire qu’il devrait être de meilleur qualité sur PC, PS5 et Xbox Series. Si Watch Dogs Legion est donc un titre agréable à parcourir dans son ensemble, principalement grâce à son contexte très particulier, le jeu n’est malheureusement pas exempt de défauts : la gestion de la caméra est désastreuse, les collisions manquent de réalisme, les bugs sont nombreux, l’IA est trop prévisible et les affrontements restent le Talon d’Achille de la série. 

Watch Dogs : Legion

7.3

Gameplay

7.0/10

Contenu

7.5/10

Graphismes

7.5/10

Bande son

8.0/10

Finition

6.5/10

Les + :

  • Assez solide visuellement, malgré un moteur vieillissant
  • Un Londres dystopique plus vrai que nature et tellement jouissif
  • Le recrutement libre fonctionne très bien
  • Une multitude de quêtes annexes et d'activités
  • Une VO excellente

Les - :

  • Une conduite des véhicules qui en perturbera plus d'un
  • Il manque tout de même un protagoniste pour porter le scénario
  • Des problèmes de collisions et des animations faciales assez rigides
  • Une caméra quelques fois capricieuse
  • Une IA trop prévisible, ce qui rend les affrontements plutôt aisés