Test – Amnesia Rebirth : la mort aux trousses

Dix ans après The Dark Descent, Frictional Games s’attaque à nouveau au jeu d’horreur avec un nouveau titre estampillé Amnesia. Une nouvelle aventure plus profonde est proposée, avec un enjeu toujours aussi important : votre survie …

Les adeptes de jeux indépendants doivent très probablement avoir déjà entendu parler de Frictional Games. Ce studio suédois, spécialiste des survival-horror, a développé certains des titres indépendants les plus acclamés par la presse, comme les séries Penumbra et Amnesia. Deux franchises très proches l’une de l’autre, avec des gameplay sensiblement identiques. Il s’agira dans les deux de survivre, avec une vue à la première personne et une interaction complète avec les objets de l’environnement.

La franchise Amnesia se base sur la perte de mémoires temporaire du personnage principal. Le premier épisode, Dark Descent, contait l’histoire de Daniel, jeune homme amnésique dont ne sait presque rien au début du jeu. La suite de cet épisode, Rebirth, se base sur les mêmes prémices pour son scénario.

Un scénario qui démarre d’ailleurs sur les chapeaux de roue. A l’image d’un Uncharted 3 ou d’un film d’Indiana Jones, le joueur est dès le début victime d’un accident d’avion et se retrouve seul dans le désert au beau milieu des années 30. Ses compagnons de route ont disparu, et Tasi Trianon est prête à tout pour retrouver Salim, le père de l’enfant qu’elle porte. Car oui, votre héroïne est enceinte. Malgré le bébé qu’elle porte, Tasi va vivre de nombreux évènements surnaturels susceptibles de mettre en danger la vie de son bébé. Elle est en effet victime d’hallucinations et d’autres flashbacks tandis qu’une force inconnue semble vivre en son sein. Cette force la ronge de l’intérieur et entraîne des visions chez Tasi qui fera de nombreux allers-retours entre le monde des humains et une sorte de monde lugubre, refuge d’âmes perdues.

Si la campagne commence très bien, elle nous perd malheureusement trop vite. A travers plusieurs documents parsemés ici-et-là dans l’environnement, Tasi recouvrera petit à petit la mémoire, mais on regrettera qu’elle ne laisse trop vite le spectateur sur le carreau. Les quelques flashbacks qui rythmeront la partie expliquent certains mystères sur l’histoire de Tasi, mais cela reste bien trop flou. L’héroïne aura de nombreuses visions, quelques fois vraiment loufoques et incompréhensibles. On se rappellera par exemple d’une vision qu’a Tasi, dans laquelle elle est de retour à Paris, dans la chambre de son nouveau-né. Soudain, les murs autour d’elle s’écroule et, à l’image d’un Death Stranding, on se retrouve face-à-face avec un fœtus de taille géante. Une scène très intrigante, qui laisse pantois le joueur et le laisse face à de nombreuses interrogations. Celles-ci ne seront résolues que bien plus tard dans l’aventure.

Amnesia : Rebirth offre une ambiance très malsaine où le malaise est omniprésent.

Dans sa quête à la poursuite de ses compagnons de route, Tasi se retrouvera vite confrontée à ses plus grandes peurs. Parmi celles-ci : l’obscurité et les scènes morbides. Tout le gameplay du titre repose d’ailleurs sur cet axe. Il faudra à tout prix garder Tasi et son bébé sereins, en restant autant que possible dans la lumière et loin des monstres qui la traquent. Le stress s’emparera très vite de vous, et rester trop longtemps dans la pénombre pourrait s’avérer fatal pour vous et votre nourrisson. Il sera alors capital d’économiser vos ressources, à commencer par vos allumettes et l’huile de votre lampe. Celles-ci vous serviront à éclairer votre chemin et ainsi rester autant que possible dans la lumière.

Le système de jeu est quant à lui directement inspiré de son prédécesseur et des autres productions de Frictional Games. Ainsi, il est possible d’interagir avec presque tous les éléments du décor. Si la grande majorité de ceux-ci ne vous seront d’aucune utilité, il faudra en revanche prêter attention à ceux qui pourraient vous être utile dans la résolution des énigmes. Celles-ci sont très nombreuses et assez variées. Néanmoins, elles tendent à se répéter au fil de l’aventure, au point de parfois laisser le joueur.

Le rythme de l’aventure est pour sa part très bien maîtrisé. Si au début celui-ci peut paraître assez soutenu et plutôt lent, il s’avère que cela colle très bien à l’ambiance générale du titre. Vous allez beaucoup explorer, tourner en rond voire revenir sur vos pas. En revanche, certaines scènes de fuite existent, pour notamment accélérer le rythme de l’aventure. Si celles-ci paraissent très scriptées, il n’empêche qu’elles sont très bien fichues, avec un réel stress qui pèse sur le joueur.

Comme tout bon survival horror qui se respecte, Amnesia: Rebirth se veut très stressant mais aussi assez effrayant. Le monstre vous traquera sans cesse, et les différentes rencontres que vous aurez avec seront très bien amenées, sans être prévisibles comme on peut le voir sur certaines productions d’horreur. Si le titre est effrayant et apporte de très bons jumpscares, c’est notamment grâce à l’ambiance malsaine et à l’obscurité qui vous entoure. Dès le début, la grotte où vous atterrissez en plein milieu du désert vous plonge dans le stress, avec l’impression constante que l’on vous observe. Cela est également aidé par une excellente bande-sonore.

Le gameplay se base sur vos peurs et notamment sur ce monstre qui vous traquera sans cesse.

Difficile également d’évoquer l’excellente réalisation artistique de cet Amnesia. Comme évoqué plus haut, le joueur se retrouvera directement plongé dans les années 1930, au beau milieu d’un désert africain ou moyen-oriental. Les décors sont franchement très bien amenés et plutôt dépaysants, notamment dans la variété des environnements que découvrira Tasi. Vous débuterez dans un avion écrasé, puis passerez ensuite par le désert, des grottes voire même un fort français abandonné. Autant de décors très bien conçus qui regorgent de surprises, tant dans leurs énigmes que dans les nombreux documents qui viennent enrichir vos informations.

La bande sonore qui accompagne votre périple est elle aussi très réussie. Elle vient par exemple accentuer la tension ambiante qui règne au sein de votre parcours. De nombreux éléments du décor, comme le plancher, viennent amener des sons surprenants qui ajoutent à votre stress permanent et font sursauter à de nombreux moments. Les nombreuses mélodies viennent quant à elles parfaitement s’accorder avec l’ambiance générale.

Si le titre n’est pas très beau, il propose tout de même quelques beaux effets de lumière et paysages.

Enfin, le constat est un peu plus mitigé concernant l’aspect visuel du titre. Les nombreux paysages d’Amnesia sont très bien réalisés, au même titre que les différents effets de lumière en extérieur. Néanmoins, la donne change terriblement lorsque l’on se rapproche des différentes textures qui composent ces environnements. Alors certes, le titre ne se repose pas sur un style réaliste mais plus proche du cartoon. Cependant, le résultat est très décevant lorsque nous nous rapprochons des différents éléments du décor : rochers, murs, objets, …

Il en va de même pour la modélisation des personnages, très décevante. Etant donné que nous avons affaire à une vue à la première personne, les face-à-face avec les intervenants du jeu se font de très près. Et c’est très décevant, même si on se doute que les moyens de Frictional Games ne sont pas à même de fournir un jeu AAA. Les modélisations déçoivent, au même titre que les animations. Celles-ci restent trop rigides et empiètent quelque peu sur l’émotion ressentie durant l’aventure et les quelques cutscenes.

Difficile également de faire l’impasse sur une finition hasardeuse. Le titre est malheureusement victime de ralentissements à répétition. Notre test ayant eu lieu sur Playstation 4 Pro, nous en sommes en droit d’attendre un résultat final plus sérieux et moins bâclé. Certains problèmes viennent également entacher un très joli tableau, comme des coupures audio ou des problèmes d’affichage. Le gros point noir reste les temps de chargement. Dès que vous avez le malheur de passer une porte synonyme de changement de décor, vous serez automatiquement interrompu par un loading screen terriblement long. Si ceux-ci sont animés par de très jolis dessins au fusain qui racontent l’histoire, il reste très dommage de voir l’aventure aussi souvent entrecoupée.

Néanmoins, le résultat final est très satisfaisant, surtout lorsque nous prenons en compte la durée de vie. Celle-ci est très raisonnable (8 à 9 heures), notamment compte tenu du faible prix : +/-25€. Il ne faut pas oublier qu’Amnesia: Rebirth reste un titre indépendant, qui comporte de très bonnes surprises mais aussi quelques points à améliorer, liés notamment au manque de moyen des petits studios. C’est pourquoi il ne faut pas hésiter et le clamer haut et fort lorsqu’une petite production fait sensation : Amnesia: Rebirth est un très bon survival horror qui ne manquera pas de vous surprendre à de nombreux moments et à vous faire vivre une aventure très particulière mais ô combien émouvante.

Conclusion

Amnesia: Rebirth est bien la renaissance tant espérée pour la licence de Frictional Games. Dans une ambiance sinistre et terriblement malsaine, le titre demandera au joueur réflexion, furtivité et exploration. Dans ce survival-horror qui se joue entièrement à la première personne, le joueur est transporté dans un voyage périlleux dans des décors dépaysants. La peur est le maitre-mot de cette aventure, dans laquelle il faudra à tout prix survivre face aux âmes obscures. Il ne faudra jamais rester trop longtemps dans l’obscurité, au risque de basculer dans la terreur et de vite voir le Game Over pointer le bout de son nez. Amnesia: Rebirth est un très bon jeu d’horreur, qui fait sursauter à de très nombreuses reprises et une impose une ambiance malsaine. Malgré une finition pauvre et une réalisation très sobre, difficile de se refuser une telle aventure, qui a de surcroit le mérite d’être assez longue pour nous tenir scotché à notre pad pendant près de 10 heures! A la différence de Deep Descent, Rebirth se veut à la hauteur de ses ambitions. Le titre conserve toutefois un tarif très attractif puisqu’il est vendu à moins de 25€. Assurément, l’une des plus belles surprises de cette fin d’année!

Amnesia: Rebirth

Gameplay 8.5/10
Contenu 8.5/10
Graphismes 7.0/10
Bande son 8.5/10
Finition 7.5/10
8.0

On aime :

Une durée de vie raisonnable (9 heures) compte tenu du prix

Une ambiance prenante

Un sentiment de malaise omniprésent

Quelques jumpscares bien placés

Un gameplay intense

On aime moins :

Quelques problèmes de finition : ralentissement, coupures audios, ...

Des temps de chargement trop fréquents et longs

Un scénario tiré par les cheveux

La modélisation et l'animation des personnages reste perfectible