Test – Crusader Kings 3 : un très grand jeu de stratégie

Après 8 ans de bons et loyaux services, Crusader Kings 2 tire officiellement sa révérence. Un épisode fortement acclamé, autant par la critique que par les joueurs. Pour lui succéder, la troisième itération de la saga s’annonce grandiose. Il pourrait même s’agir d’un des meilleurs wargames/RPG jamais produits.

C’est en octobre 2019 que l’info tant attendue par les fans est dévoilée : Paradox travaille sur Crusader Kings, troisième du nom. Il faut d’ailleurs se rappeler que le développeur suédois a fait des wargame médiévaux sa marque de fabrique. CK2 était à son époque la référence du genre, tandis qu’Europa Universalis 4 nous emmenait en pleine Renaissance et colonisation européenne. Dans une époque plus moderne, Hearts of Iron 4 nous fait vivre les sombres heures de la WWII, alors qu’Imperator Rome revient sur la république romaine. Des jeux au contenu titanesque, avec une gestion ultra-poussée et un design efficace mais qui ne plaît pas à tous. Avec CK3, le game designer Henrik Fåhraeus et son équipe étaient bien décidé à changer radicalement leur fusil d’épaule. L’objectif était donc clair : proposer un contenu toujours aussi faramineux, mais accessible à tous. Pour cela, il fallait repenser un design austère et peu attirant, mais également un tutoriel qui laissait entrevoir quelques lacunes.

Le tutoriel fait dorénavant un état des lieux complet et permet de comprendre la quasi totalité du jeu. En vous mettant dans la peau d’un duc irlandais, Murchad de Brain, CK3 vous permet de vous familiariser aux mécaniques, sans se prendre la tête par rapport à un pays aux dimensions hors-normes. Un tutoriel bien conçu et évidemment plus que nécessaire pour un titre extrêmement chronophage. En effet, les titres de Paradox sont réputés pour nécessiter un investissement considérable en heures. Ce n’est absolument pas un reproche, loin de là. Mettre sur pieds les bases de sa gouvernance, mais aussi sa politique étrangère prends plusieurs heures, et l’on se plaît à se perdre dans d’aussi beaux menus. Pour marquer le coup, le jeu profite d’une refonte totale de son interface, avec un style plus moderne, plus complet mais également plus explicite.

L’interface a bénéficié d’un lifting complet. Elle se déplace d’ailleurs de la gauche vers la droite.

De prime abord, un détail nous a surpris au lancement de la partie : l’ensemble des menus et options ont migré de la gauche à la droite. Ce n’est certes qu’un détail pour n’importe quel joueur, mais pour les habitués à Paradox, c’est un changement important. Un détail qui prend pourtant tout son sens une fois que l’on découvre la refonte graphique que subi la série. Plus sombre, mais également plus moderne, CK3 est de toute beauté, tant dans la forme que dans le fond. La forme, entendez par là les menus, ont été entièrement revus. On notera par exemple l’énorme travail effectué sur les écrans de gestion du pays. L’écran de détail de notre politique est simplifié, avec des informations plus claires mais également plus simplifiées. En revanche, on notera un approfondissement des menus de complot, que nous évoquerons plus loin dans ce test.

Seconde grosse nouveauté de cet opus : une amélioration graphique significative. Outre ces menus qui donnent un réel coup de fraîcheur à une interface qui en avait profondément besoin, Crusader Kings 3 se révèle significativement plus beau que son prédécesseur. En cause, 8 années se sont écoulées entre les deux opus, et des technologies évidemment plus perfectionnées qu’à l’époque. La carte est bien plus détaillée qu’avant, et le tout se révèle délicieusement harmonieux. Au-delà de l’aspect global du titre, les menus se permettent de devenir plus vivants. Autrefois critiqué pour son aspect rigide et plutôt austère, Crusader Kings propose désormais de réels personnages 3D, qui donnent beaucoup de peps et de chaleur à l’ambiance. Ceux-ci se parent même d’émotions en fonction de leur situation ou des événements, et c’est un pur bonheur de voir notre dirigeant “prendre vie”. C’est un fait, Crusader Kings 3 est un beau jeu de stratégi – si pas le plus beau – développé par le studio suédois.

Enfin, comment évoquer l’aspect visuel du titre sans mentionner la sublime direction artistique qu’est la sienne ? Nous avons déjà évoqué la profonde refonte des menus et la jolie mise à jour du moteur graphique, mais la patte artistique globale vaut également le détour. Profondément ancré dans un style moyenâgeux, CK3 nous donne réellement l’impression d’être un dirigeant de l’époque médiévale. Les musiques sont parfaitement composée, avec une influence classique-médiévale très forte et sonnent comme des grandes épopées qui nous donneraient envie d’envahir le Royaume de France en étant à la tête de notre petit duché espagnol.

La direction artistique est tout simplement irréprochable.

Vous l’aurez compris, le travail sur l’ambiance et l’aspect de Crusader Kings 3 est titanesque, mais il n’est rien en comparaison à celui abattu sur le contenu du titre. Paradox a pris la fâcheuse habitude de fournir de très bons jeux à leur sortie, puis de les agrémenter avec une flopée de DLC étalés sur plusieurs années. Ainsi, Crusader Kings 2 a beau être sorti il y 8 ans, son dernier DLC, Holy Fury, date de 2018 et était déjà le seizième. Une politique tarifaire qui laisse à désirer, mais qui devrait s’atténuer avec ce nouvel opus. En effet, les développeurs ont annoncé qu’ils fourniraient moins de contenus additionnels en marge de la sortie, et un contenu de base qui serait conséquent. Et une fois en jeu, on sent très bien que les développeurs ne nous ont pas menti. Crusader Kings 3 profite de nombreuses fonctionnalités apportées auparavant avec des DLCs, et se permet même de les approfondir.

Certains de ces DLC apportaient une dimension RPG à Crusader Kings 2. Remarquez par exemple Way of Life, qui offrait une gestion plus poussé du contrôle de son dirigeant. Désormais, vous aurez la possibilité de façonner le mode de vie de votre personnage tout au long de son existence et de ses choix. De nouveaux arbres de “compétences” apparaissent lorsque vous désignez le mode de vie de votre dirigeant. Les modes déjà présents auparavant restent bien présents et son même fortifiés : Diplomatie, Martialité, Intendance, Intrigue et Erudition. Une fois votre choix fait, vous aurez dès lors le choix entre 3 intérêts, aux bonus variés. Ce n’est qu’avec le temps que vous aurez la possibilité d’engranger de l’expérience vous permettant de débloquer des compétences.

CK3 prend des airs de RPG, avec un arbre de compétence pour votre dirigeant.

En plus d’un arbre des compétences propre à votre personnage, il en existe désormais un pour votre dynastie, qui a également bénéficié d’un profond réaménagement. Dorénavant, votre dynastie se verra affublée d’héritages, qui influenceront drastiquement votre règne. Chaque dynastie aura son propre style et sera donc orientée vers la guerre ou la gloire. Ce sera au chef de la dynastie de faire le choix de l’héritage. Être le chef de la dynastie vous conférera d’innombrables avantages. Au-delà de l’influence que vous aurez sur la dynastie toute entière, cela vous permettra également de rayonner par delà vos frontières. Si vous ne débutez pas comme chef de la dynastie, pas de panique. L’épée et le combat vous permettront d’affronter le patriarche et d’espérer régner sur la famille.

Un accent tout particulier est également mis sur les traits de personnalité des personnages. Ceux-ci étaient déjà présents dans l’épisode précédents, et influençaient légèrement le cours des parties ainsi que les événements. Désormais, ils proposent un axe supplémentaire, avec la diplomatie. En effet, vous aurez désormais beaucoup plus d’interaction avec les dirigeants voisins (dont l’IA laisse d’ailleurs à désirer, mais nous y reviendrons). Tout comme vous, ils auront leur propre traits de personnalité qui détermineront la manière dont ils réagiront à vos choix. Si vous désirez par exemple vous liez d’amitié avec le Roi de France, vous pourrez lui écrire une lettre. Libre à vous de choisir le sujet de cette missive, mais vous devrez tenir compte du comportement de votre destinataire. Le système est le même lorsque vous vous adresserez à l’élu(e) de votre cœur. Prenez toutefois garde à choisir le bon conjoint. Celui-ci peut être très important dans votre gestion du pays, et il pourrait vous aider dans certaines tâches, afin de faire augmenter vos points d’érudition, de martialité,…

En revanche, vos traits de caractère auront un impact sur votre santé mentale. Ainsi, si vous effectuez des choix contraires à votre façon de vivre et de penser, vous encourrez le risque de voir votre stress augmenter. Et c’est là que l’on se rend compte du degré de réalisme qu’emporte CK3. Imaginons un personnage bon et compatissant. Le faire exécuter ou torturer dans ses geôles un prisonnier fera monter sa jauge de stress. Plus sa jauge montera, plus votre dirigeant sera mal dans sa peau, et plus ses tracas seront importants. Arrivera un moment où il sera trop perturbé psychologiquement, au point de se faire du mal, voire de porter atteinte à sa vie. Crusader Kings 3 est criant de vérité, et son orientation RPG est une pure réussite. De quoi inspirer de nombreux jeux qui souhaiteraient continuer dans cette voie.

La religion est également revue, avec la possibilité de créer une nouvelle foi avec ses caractéristiques.

Rappelons nous également du DLC Holy Fury, qui mettait un accent tout particulier sur la religion et les croyances. Désormais, si la religion paraît prendre une place secondaire dans votre gestion du pays, elle est désormais plus importante dans votre vie personnelle. Exit la souveraineté inconditionnelle de la papauté, vous avez dés à présent la possibilité d’être votre propre “chef religieux”. Pour ce faire, vous pouvez créer une nouvelle branche – ou foi – dans votre religion. Directement inspiré de ce que proposait Civilization VI, Crusader Kings pousse le vice encore plus loin en choisissant le nom, son adjectif, le nom des croyants,… Libre à vous également de choisir ses principes, mais aussi ses doctrines et son chef. L’option varie également selon votre religion. Que vous soyez catholique, protestant ou animiste, les options sont nombreuses et permettent des possibilités presque infinies.

Mentionnons enfin le système de hameçons et de secrets qui ajoutent en fourberie dans votre règne. On le sait, les dirigeants politiques ont toujours été friands de chantage, et connaître le moindre petit secret pouvant décrédibiliser votre rival ou voisin peut tourner à votre avantage. Les secrets révolutionnent à eux seuls le lien que vous avez avec votre entourage. Grâce à divers événements ou à votre maître-espion, vous découvrirez certains dossiers plutôt compromettants. Ainsi, en faisant chanter votre opposant, vous pourrez lui soutirer plusieurs informations ou actions bénéfiques à votre pays. Certains secrets sont plutôt coquasses, comme l’inceste ou l’impuissance. Révélez ces secrets vous mettra vos ennemis à dos, mais pourrait les affaiblir politiquement. Outre ces secrets, levons le voile sur les hameçons. Ils fonctionnent sensiblement de la même manière que ces premiers, mais avec une petite nuance. En lieu et place des faveurs de Crusader Kings 2, ils se divisent en deux catégories : les hameçons faibles et les forts. Ils permettent quant à eux de forcer des interactions, comme un mariage ou un changement de contrat féodal : vassalité, …

Enfin, si Crusader Kings 3 est un aussi bon jeu, c’est parce que les défauts qui sont les siens se comptent sur les doigts d’une main. On regrettera ainsi le manque de crédibilité dans certains choix et actes de l’IA et donc des voisins. Cela peut parfois être dommageable, notamment lorsque vous aurez à gérer votre politique mais également les choix hasardeux de vos rivaux. De plus, il est dommage que les dirigeants ne se soient plus cantonnés qu’à deux époques différentes. Si le titre se termine toujours lorsque vous atteignez la moitié du 15ème siècle, il n’est désormais plus possible de démarrer qu’en 867 ou en 1066. C’est en effet un choix fort des développeurs qui ne se concentrent que sur deux périodes importantes de l’époque médiévale. Cependant, il est dommage que l’on ne retrouve d’autres époques, tels que le sacre de Charlemagne par exemple. Cela devrait néanmoins arriver dans de possibles DLC, ce qui est devenu plutôt habituel chez Paradox.

Conclusion

Crusader Kings 3 est de ces jeux de stratégie qui vous marquent. De bout en bout, le titre est une réelle mine d’or, à tel point qu’il est très difficile de lui reprocher quoi que ce soit. CK3 est extrêmement bien fourni, au point de se permettre le luxe de proposer des fonctionnalités apportées avec les DLC du second épisode. Avec un design entièrement revu, la franchise franchit un nouveau pallier. Exit par exemple les traditionnels portraits de personnage, ce sont de réels personnages en 3D qui garnissent les menus et options. Des menus plus vivants, mais aussi plus complets et explicites, ce qu’avaient du mal à réaliser les développeurs. La direction artistique du jeu est splendide, les mélodies sublimes. Pourtant, c’est bien dans son gameplay que le jeu brille. D’une rare profondeur, le titre propose de gérer tous les aspects de la vie de son royaume, des religions aux successions en passant par la diplomatie. Un titre passionnant au point d’en devenir chronophage. 

Crusader Kings 3

Gameplay 9.5/10
Contenu 9.0/10
Graphismes 8.0/10
Bande son 9.0/10
Finition 9.0/10
8.9

On aime :

De très bonnes nouveautés, avec des bases approfondies

Un aspect RPG approfondi qui n'est pas pour déplaire

Une refonte graphique au top

Une direction artistique et musicale sans fausse note

Les portraits 3D apportent plus de chaleur

On aime moins :

L'IA pas totalement au point

Plus que deux dates de départ, ce qui devrait changer avec les DLC