Avec Carrion, le petit studio indé Phobia Game propose d’incarner un monstre amorphe affamé. Un concept qui devrait très certainement séduire les joueurs lassés de jouer les héros aventuriers en tous genres. Installez-vous confortablement, il y a des humains au menu.

Le point de départ de Carrion est bien simple. Vous incarnez un monstre difforme qui prend sa revanche après avoir été l’objet de toutes sortes d’expériences scientifiques. Délivré de votre bocal, vous aurez tout le loisir de dévorer les scientifiques sans défense, d’assassiner les soldats armés et de démembrer les autres mercenaires lourdement équipés.

Carrion vous fait incarner une sorte de monstre amorphe dont l’objectif est de tuer ou de dévorer tout être humain qu’il croisera.

Le but du jeu de Carrion est bien d’explorer les différents niveaux d’une base militaire pas très nette et d’assassiner tous les êtres humains qui se dresseront sur votre passage. Un concept particulier qui inverse la construction habituelle des jeux vidéo. Et le résultat est plutôt bien réussi. On prend « plaisir » à massacrer les pauvres scientifiques sans défense qui hurlent à la mort en voyant s’approcher un monstre sanguinaire aux tentacules meurtriers. Agripper et projeter les soldats armés au plafond, balancer des meubles sur les mercenaires n’aura jamais été aussi jouissif que dans Carrion.

Si le concept de Carrion est plutôt simple, la progression du jeu est tout de même intéressante. Au fur et à mesure de notre exploration, on pourra débloquer des nouveaux pouvoirs pour massacrer plus facilement nos ennemis humains ou pour faire face aux adversaires mieux équipés.

En mangeant des humains, le monstre grossit.

En tant que monstre sanguinaire, on pourrait croire qu’on a forcément le dessus sur nos proies. Dans les faits, ce n’est pas forcément le cas. La vie de notre chère créature se réduira à vitesse grand V à la moindre balle de pistolet. C’est pourquoi le joueur ne pourra pas toujours y aller de manière frontale. Il devra se déplacer sans se faire voir, lancer son tentacule au bon moment ou projeter sa « toile » de manière à bloquer ou à assommer un ennemi et se dépêcher d’aller le manger. Au final, on se retrouve à espionner nos cibles, à se positionner de manière à les tuer rapidement sans se faire repérer. Le jeu nous pousse en effet à devenir un véritable prédateur sanguinaire, à faire preuve de stratégie. Et on ne va pas se mentir, c’est plaisant. D’autant plus que grignoter des petits bonshommes permet à notre créature de se régénérer et de gagner en taille. On a donc tendance à manger leur cadavre.

La visibilité n’est pas forcément optimale dans le jeu, notamment lorsqu’il y a plusieurs ennemis.

Mais la création du petit studio Phobia Game présente tout de même plusieurs défauts. Les premières minutes du jeu sont en effet plutôt compliquées. On a eu du mal à savoir vers où il fallait se diriger. Réussir à comprendre le fonctionnement du tentacule de notre bête adorée nous a également pris un peu de temps. Il faut viser avec le Joystick droit tout en appuyant sur la touche RT et viser directement ensuite vers l’endroit où projet l’humain, la porte ou le meuble. Ce n’est pas forcément évident, d’autant plus qu’il faut faire attention aux ennemis. Ajoutez à cela une visibilité réduite avec tous les tentacules qui vont dans tous les sen et la pression des tirs ennemis. Survivre tout en massacrant les bonshommes sera plutôt compliqué.

Après avoir compris « le truc » et malgré le manque de visibilité, les sensations de contrôle sont vraiment bonnes. La manière dont se déplace le monstre en glissant sur les murs est particulièrement chouette et renforce l’idée de prédateur.

Le jeu est divisé en plusieurs niveaux par lesquels il faudra repasser pour actionner des leviers et ouvrir de nouvelles portes.

Lorgnant du côté des metroidvania, Carrion poussera le jouer à explorer les différents niveaux du jeu, à revenir sur ses pas, voire à changer de niveau pour pouvoir progresser en actionnant divers leviers. Une construction qui peut un peu perturber, mais qui rappelle en même temps certains vieux jeux avec une progression procédurale dans l’enchaînement des pièces. Malheureusement, dans ce cas-ci, on se perdra assez facilement puisque le jeu ne propose aucune carte ni aucune autre forme d’aide. Il arrive donc qu’on se retrouve à refaire plusieurs niveaux pour trouver la nouvelle sortie que l’on vient d’ouvrir en actionnant divers leviers. Et le fonctionnement  reste malheureusement le même au fil des niveaux.

L’esthétique pixel art est vraiment réussie.

Pour mettre en forme son idée, Phobia Game a opté pour une esthétique pixel art. Un choix intéressant et particulièrement maîtrisé qui vient souligner le côté malaisant et dégouttant du jeu. Parce que, oui, massacrer et dévorer des humains projettera une quantité importante de sang un peu partout sur les murs.

Avec sa construction en niveaux, Carrion arrive plutôt bien à renouveler ses décors. À un moment donné, on se trouve dans des couloirs austères d’un laboratoire militaire et à un autre moment, dans une sorte de labyrinthe de forêts extraterrestre. C’est étrange, mais sympathique. On notera également un joli travail sur les lumières – que l’on peut casser pour assassiner en toute discrétion – de différentes couleurs ; jaune, rouge, violet, avec des sortes de diamants fluorescents ici et là. C’est particulièrement joli, mais cela contraste tout particulièrement avec les endroits beaucoup trop sombres à travers lesquels on ne voit plus rien et on avance à tâtons.

Enfin, l’ambiance gore est renforcée par des bruitages particulièrement réussis tant au niveau des mouvements de notre bête, que des coups de feu – un poil trop fort -, des cris des ennemis, des explosions, projections et autres démolitions d’objets.

Conclusion

Carrion inverse les codes en nous proposant d’incarner un monstre amorphe aux tentacules meurtriers, lancée dans une course meurtrière dans un complexe scientifique.  Un concept particulier, mais jouissif autant par sa cruauté que par les nouveaux pouvoirs que notre monstre acquière au fur et à mesure de sa ballade meurtrière. Être un monstre ne fera pas tout, Carrion exige une certaine forme de stratégie, d’adopter un comportement de prédateur. C’est plaisant. D’autant plus que la direction artistique est splendide, avec des graphismes en pixel-art. On regrette en revanche le manque de lisibilité lors de phases de combat. Avec tous les tentacules qui bougent, les décors et les ennemis, on ne s’y retrouve plus. D’ailleurs, la prise en main demandera un certain temps d’adaptation pour gérer correctement le tentacule meurtrier de notre bête. Si le concept est plaisant, le divertissement peine un peu à se renouveler et l’histoire se boucle finalement assez vite. Comptez 5h environ pour en voir le bout! Au vu du prix auquel il est proposé (19,99€), et de sa maigre rejouabilité, cela reste un peu léger. 

Carrion

7.2

Gameplay

7.0/10

Contenu

7.0/10

Graphismes

7.5/10

Bande son

7.0/10

Finition

7.5/10

Les + :

  • Un concept joussif
  • Une direction artistique aux petits oignons
  • Un sentiment de toute puissance
  • Le système de pouvoirs évolutif et le grossissement de la bête
  • L'animation du monstre

Les - :

  • Une prise en main compliquée
  • Une certaine répétitivité
  • Certains passages beaucoup trop sombres
  • Pas bien long (5h)