Il ne serait pas seulement question de la sécurité nationale des États-Unis. 

Depuis presqu’un an, Huawei est interdit aux États-Unis et les entreprises américaines ne peuvent plus travailler avec la firme chinoise sans une licence spéciale du gouvernement. La raison officielle à cela est que les États-Unis soupçonnent le constructeur chinois d’intégrer des portes dérobées dans ses équipements afin de récolter des informations sur les consommateurs pour le compte de la Chine. Des accusations graves qui ont poussé – sous la pression du Président Trump – d’autres pays (Japon, Australie) à se méfier de Huawei, alors qu’aucune preuve directe n’avait été fournie.

Mais pour l’ancien patron de Google, les accusations du gouvernement américain étaient légitimes pour la sécurité du pays. Lors d’un passage au micro de la BBC, Eric Schmidt a indiqué qu’« il ne fait aucun doute que Huawei s’est engagé dans certaines pratiques qui ne sont pas acceptables pour la sécurité nationale ». L’ancien PDG de Google qui travaille aujourd’hui pour le Pentagone, au sein du Conseil de l’innovation de la défense, a continué ; « il ne fait aucun doute que les informations provenant des routeurs Huawei se sont finalement retrouvées entre des mains qui sembleraient être l’État [chinois]. Cependant, cela s’est produit, nous sommes sûrs que cela s’est produit ».

Des propos auxquels a évidemment réagi Huawei par le biais de son vice-président, Victor Zhang ; « les allégations faites par Eric Schmidt, qui travaille maintenant pour le gouvernement américain, ne sont tout simplement pas vraies et, comme pour des affirmations similaires dans le passé, ne sont pas étayées par des preuves».

Il est vrai que, même s’il affirme en détenir, Eric Schmidt n’a partagé aucune preuve concrète des soupçons d’espionnage des États-Unis à l’encontre de Huawei. Le Président Trump avait également affirmé avoir toute une série de preuves démontrant les agissements du constructeur chinois sans pour autant les présenter publiquement. Cependant, il est vrai qu’une loi en Chine pourrait forcer Huawei à fournir des renseignements sur les consommateurs et les entreprises auxquels il vend ses technologies et produits si le gouvernement chinois le lui demandait, mais rien n’indique que Pékin en a fait la demande.

Une menace économique

S’il prétend que Huawei a commis des fautes, Eric Schmidt a également indiqué que les États-Unis s’en prenaient au constructeur chinois, car celui-ci était particulièrement populaire et gagnait beaucoup de terrain sur de nombreux secteurs. Huawei représentait une menace pour les entreprises américaines.

Selon l’ancien patron de Google, ce sont également de vieux préjugés qui ont poussé le gouvernement américain à tenter de mettre des bâtons dans les roues de Huawei. D’après la pensée américaine, les Chinois « sont très bons pour copier des choses, ils sont très bons pour organiser des choses, ils y jettent un grand nombre de personnes. Mais ils ne feront rien de nouveau. Ils sont très, très bons pour voler, si vous voulez, nos affaires. Ces préjugés doivent être éliminés. Les Chinois sont tout aussi bons, et peut-être meilleurs, dans les domaines clés de la recherche et de l’innovation que l’Occident. Ils y investissent plus. Ils sont pour le dire différemment, il est dirigé par l’État d’une manière différente de l’Occident. Nous devons nous concerter pour être compétitifs ».

L’ancien PDG de Google et d’Alphabet estime que la meilleure solution serait que les États-Unis et la Chine travaillent ensemble en matière de technologie, afin que chacun puisse profiter des avancées de l’autre. « La question est-elle de fonctionner sur des plateformes mondiales ou de fonctionner sur ses propres plateformes ? Plus les plateformes sont séparées, plus elles sont dangereuses. Il est dans l’intérêt de l’Occident que chaque plateforme technologique ait des valeurs occidentales ».