Le rayonnement de nos téléphones inquiète et, malgré des directives européennes qui limitent en théorie le taux maximum d’émission, certains modèles de smartphones dépasse largement les bornes.

L’Agence nationale des fréquences, l’ANFR, est un organisme français qui publie régulièrement sur son site des mises en demeure de smartphones qu’elle mesure avec un DAS plus élevé que la norme. Pour rappel, le débit d’absorption spécifique, ou DAS, correspond à l’énergie émise par les ondes radio des smartphones, dans les pires conditions d’utilisation, et qui est absorbée par l’utilisateur.

Les seuils maximum sont fixés par l’UE à 2 W/kg à la tête, 2 W/kg au tronc et 4 W/kg aux membres (mains, jambes quand le téléphone est dans une poche etc.). Et comme les modèles vendus en France sont dans la grande majorité les mêmes que ceux que l’on retrouve chez nous, nous sommes aussi concernés par les appareils qui dépassent la norme. Il n’est pas rare, toutefois, que les constructeurs qui se font épingler choisissent de simplement sortir une mise à jour qui permet de faire retomber le DAS en dessous de la limite acceptable. Avec parfois des résultats impressionnants : le 13 mars, l’ANFR a publié un communiqué qui montrait qu’après une simple mise à jour, le OnePlus 6T passait par exemple d’un DAS tronc mesuré à 2,56 W/kg, soit 0,56 au-dessus de la légalité, à une valeur beaucoup plus acceptable de 1,17 W/kg. Mais comment une simple mise à jour par internet peut-elle affecter à ce point le rayonnement de nos smartphones ? Nous avons contacté l’agence gouvernementale française pour demander quelques explications.

Le software dirige le hardware

Gilles Brégant, Directeur générale de l’Agence nationale des fréquences, nous explique que si le hardware a son importance, c’est bien la partie logicielle qui chapeaute son fonctionnement : « le hardware, c’est uniquement l’équipement physique qui permet d’émettre. Mais en réalité c’est le software qui pilote tout ça. A partir du système d’exploitation, un constructeur peut définir jusqu’à quelle puissance le téléphone peut émettre, peu importe la puissance maximale que l’antenne peut atteindre ». Facile, à posteriori, de pouvoir rapidement changer la puissance d’émission du téléphone, puisqu’il s’agit en fait de définir jusqu’à quel seuil l’antenne peut émettre, ce qui impacte directement le rayonnement du smartphone.

Mais vu qu’une régulation existe, comment se fait-il que certains téléphones peuvent dépasser la norme quand l’ANFR teste leur DAS ? « Il est vrai que le constructeur doit prouver que son produit est conforme aux exigences pour le mettre sur le marché. Mais le rayonnement dépend aussi de comment l’antenne réagit avec les autres composants du téléphone », explique M. Brégant. « Si un des éléments change en cours de production, par exemple que le constructeur choisit un deuxième fournisseur de batterie alors que les premiers exemplaires de son produit sont sortis avec des batteries d’un premier fournisseur, le DAS peut varier. Cela explique qu’on se retrouve parfois avec des DAS plus élevés que ce qui est initialement annoncé. Les constructeurs les plus sérieux ajustent le DAS quand ils changent un composant, mais ce n’est pas le cas de tous » concède-t-il.

Peu probable que les constructeurs trichent volontairement

Pour expliquer grossièrement les choses, la valeur de DAS est corrélée à la faculté d’un téléphone à capter un réseau même dans les pires cas. On pourrait donc se dire que certaines marques auraient tout intérêt à gonfler le DAS via des mises à jour, sans même que les utilisateurs le sachent, afin de proposer une meilleure couverture réseau.

Mais ce n’est pas aussi simple : premièrement parce que si la supercherie est découverte, notamment via un des tests de DAS effectués par l’ANFR, le téléphone est retiré de la vente le temps qu’il soit mis en conformité. C’est donc un potentiel manque à gagner pour le constructeur. Deuxièmement parce qu’aujourd’hui, trouver une zone blanche où il n’y a vraiment aucune antenne réseau à laquelle se raccrocher devient très rare. Si vous faites le test avec votre mobile, il y a peu d’endroits où vous ne captez plus rien.

« Et puis il ne faut pas oublier que les valeurs de DAS qui sont mesurés, par notre agence ou par les constructeurs, sont les valeurs maximums, c’est à dire dans les pires conditions de réseau possibles, quand il n’y a plus aucune barre sur l’indicateur du téléphone. Donc à quoi bon jouer avec le feu et risquer de ne plus pouvoir commercialiser le téléphone pour un gain qui n’est discernable qu’une infime partie du temps ? » renchérit Gilles Brégant. Il y a une dizaine d’année, quand la couverture réseau n’était pas aussi étendue qu’aujourd’hui, peut-être que le subterfuge aurait eu plus d’impact. Mais de nos jours il semble bien inutile.

Les consignes sont plus ou moins identiques dans les autres pays. De façon générale, les constructeurs qui commercialisent leurs appareils chez nous font donc attention aux règles. En revanche, ce n’est pas le cas des constructeurs qui sont présents uniquement en Chine. C’est ce qui explique par exemple qu’un smartphone acheté en import sur un site internet dépasse parfois largement le DAS maximal autorisé chez nous… Prudence donc!