Après plusieurs volets contre les Aliens, Predator a enfin droit à un titre solo, enfin presque. Avec Predator : Hunting Grounds, le studio IllFonic joue la carte de l’aventure asymétrique ; d’un côté, l’extraterrestre, de l’autre, des soldats en mission dans la jungle. Le tout, uniquement en multijoueurs.

Une créature mythique sous-exploitée

On regrette que le personnage du Predator ne soit pas plus exploité.

Avec son concept de jeu asymétrique, Predator : Hunting Grounds ne s’embarrasse pas d’un scénario. Les joueurs qui n’ont pas vu les films avant de lancer le jeu n’auront droit à aucune introduction à l’univers du Predator ni au combat qu’il mène. Pas de campagne solo au programme, il faudra se contenter d’un bref tutoriel avant de se plonger dans ce titre multijoueurs. Dans Hunting Grounds, le joueur incarne soit le Predator, soit un membre d’une escouade armée déployé en terrain hostile pour réaliser une mission.

Les fans du Predator seront à ce titre très certainement déçus que le personnage ne soit pas plus exploité. Ici, il est juste question d’une menace sans aucun background. Une recontextualisation du Prédateur aurait sans doute été intéressante. Cela aurait permis d’ajouter un peu de substance au jeu. Un manque d’introduction qui laisse penser qu’IllFonic s’adresse exclusivement aux fans de la créature de John McTiernan, comme c’était déjà le cas avec le jeu Friday The 13th : The Video Game.

Une aventure sans intérêt

Lorsqu’on incarne un soldat, la menace est double : les soldats ennemis et le Predator.

Comme nous l’avons dit, Predator : Hunting Grounds prend la forme d’un action-aventure  FPS asymétrique, dans la lignée de Dead by Daylight, qui se joue exclusivement en ligne. Les joueurs peuvent choisir d’incarner un soldat, le Predator ou de laisser ce choix au hasard. En fonction du personnage que l’on incarne, l’objectif de partie sera différent. Lorsqu’on incarne le Predator – mâle ou femelle -, l’objectif est assez simple : repérer et tuer toute forme de vie.

Le gameplay est plus riche du côté des soldats puisque la partie est cadrée par une mission, souvent très basique malheureusement. En équipe de quatre, on doit atteindre plusieurs objectifs en milieu hostile avant de s’échapper par hélicoptère. Si les objectifs sont plutôt différents (récupérer un butin, détruire des brouilleurs de signaux, éliminer une cible précise), les missions sont globalement les mêmes. On est trimbalé d’un côté à l’autre de la carte pour, au final, massacrer tous les ennemis qui se présenteront à nous.

Le fait qu’il y ait une double menace – les soldats ennemis et le Predator incarné par un autre joueur – est plutôt sympa sur le papier, mais le challenge est tout de même limité. En effet, les ennemis humains sont indiqués sur la carte… Difficile de se faire avoir.

On ne peut s’empêcher de penser que le jeu nous prend par la main pour accomplir une mission. Un sentiment que l’on éprouve autant du côté humain que Predator, mais on y reviendra.

D’ailleurs, les soldats ennemis ne sont pas véritablement une menace puisqu’ils sont animés par une intelligence artificielle complètement à l’ouest. Ils nous repèrent très rarement, même lorsqu’on est face à eux et ne sont pas très au point quand il s’agit de nous tirer dessus.

Le potentiel de divertissement du jeu reste donc fort limité. De manière générale, le jeu manque clairement de substance.

Predator, le seul, l’unique

Lorsqu’on est dans les arbres, le jeu nous indique quels chemins on peut prendre. Le joueur ne doit se préoccuper de rien. Le Predator saute automatiquement. Le joueur doit simplement choisir la direction…

Quel plaisir d’incarner ce personnage culte. Il est d’ailleurs particulièrement bien modélisé. On retrouve toutes ses caractéristiques, comme la vision thermique – qui ne permet pas de voir à travers les bâtiments – et la possibilité de devenir invisible. C’est plaisant, mais là aussi, le plaisir est limité. En effet, ces compétences nous permettent de massacrer sans effort les soldats contrôlés par l’IA. On peut d’ailleurs se limiter à tuer ces cibles-là plutôt que les autres joueurs puisqu’on n’a pas vraiment d’objectif lorsqu’on incarne le Predator.

Le manque de challenge se fait également ressentir au niveau des déplacements de la créature. Celle-ci peut faire des super-bonds et se déplacer dans les arbres, afin d’avoir une meilleure vue sur ses proies. Mais on ne comprend pas pourquoi les déplacements du Predator dans les arbres sont autant encadrés. Le joueur n’a pas à s’inquiéter de tomber ni de savoir sur quelle branche sauter puisque le jeu délimite clairement le chemin. Le joueur n’a plus qu’à diriger son personnage et… c’est tout. On a vraiment l’impression d’être pris par la main.

On notera tout de même la possibilité de personnaliser son personnage, humain ou extraterrestre, mais aussi de choisir ses armes principales et secondaires, ses atouts et toutes sortes de choses. C’est sympa, mais cela manque tout de même d’intérêt. En effet, le choix des armes ne semble avoir que peu d’impact sur le terrain. Il est d’ailleurs possible de récupérer d’autres armes dans les locaux ennemis, ainsi que des matériaux étranges qui n’ont pas vraiment d’intérêts, si ce n’est nous faire gagner de l’expérience. Les fans pourront toujours se consoler avec la panoplie d’accessoires permettant de modeler le Predator de ses rêves ; casques, armement, skin du premier volet ou du second.

Des parties en ligne courtes et c’est tout

Le plus gros reproche à adresser à Hunting Grounds concerne toutefois son contenu. Pas de campagne solo, pas de coop’, pas de multi en local, pas de modes de jeu funky ou original. Il faudra se contenter du seul mode de jeu disponible. De surcroît, nous sommes obligés d’attendre que le matchmaking fasse son œuvre et cela peut prendre un certain temps. En effet, lors de son premier weekend de sortie, le jeu a rencontré de gros problèmes à ce niveau, entrainant de longues files d’attente pour jouer. Poireauter 15 minutes pour n’en jouer qu’une dizaine, c’est très frustrant.

S’il est possible de jouer au jeu seul contre des ennemis contrôlés par l’I.A, les parties n’ont que peu d’intérêt. Car dans ce cas, on incarne obligatoirement le Predator et nos cibles sont uniquement les soldats armés. Le challenge est proche de zéro. Les soldats reprennent le cours de leur journée très rapidement, même si l’alarme a été déclenchée, qu’ils ont vu une bête extraterrestre ou qu’ils sont passés à côté des cadavres de leurs camarades.

Proposer d’autres modes de jeu, même contre l’IA, aurait permis de pallier – en partie – le problème. Au final, on a clairement l’impression de s’être fait avoir, et ce d’autant plus que le jeu est quand même vendu 39,99€!

Difficile d’imaginer un gros succès commercial pour ce projet, qui risque malheureusement de très vite voir sa communauté disparaître. Inutile de le préciser : il y a beaucoup de chance que plus personne n’y joue dans 6 mois!

Un manque d’ambition globale

L’environnement est joli, même si tout se ressemble et l’important décalage entre les cinématiques et le rendu durant les phases de jeu.

On retrouve le même sentiment de manque d’ambition au niveau de l’identité visuelle du jeu. Si l’environnement est tout à fait correct, voire joli – la nature est très bien représentée, on se laisse transporter dans la jungle exotique -, le manque de diversité gâche tout. Le jeu ne propose que trois cartes qui partagent le même environnement. On croise les mêmes ruines d’une civilisation éteinte, les mêmes bâtiments ennemis, le même terrain accidenté. L’environnement respecte le cadre des films, mais les cartes sont beaucoup trop limitées. Et évidemment, on connait très rapidement les cartes par coeur…

Le côté asymétrique est également visible au niveau de la modélisation des personnages. À certains moments, elle est parfaitement réussie, notamment dans les courtes cinématiques, alors qu’à d’autres, c’est affligeant. Les mouvements du visage sont mécaniques et globalement, on a plutôt l’impression d’avoir à faire à des robots plutôt qu’à des humains. Ça manque de fluidité et de finitions.

L’aspect technique ne vient malheureusement pas relever le niveau puisqu’on fait régulièrement face à des problèmes de framerate. Les sauts du Predator sont hachurés, ainsi que certains mouvements. La caméra fait souvent des siennes et il arrive que les personnages fusionnent avec les objets ou l’environnement, bloquant la caméra et notre soldat ou prédateur.

Entièrement doublé en français, Predator : Hunting Grounds est globalement agréable à l’oreille. Les bruitages sont parfaits que ça soit au niveau de l’environnement ou au niveau du gameplay. On entend les ennemis à proximité – même si parfait c’est de très loin -, ce qui permet de les tuer furtivement. L’animation audio est également tout à fait correcte dans le menu principal, rien à redire à ce niveau. Quant à l’ambiance musicale, on ne peut s’empêcher de penser qu’elle n’est pas de toute jeunesse. Et c’est le cas puisqu’il s’agit des musiques officielles du film sorti en 1987 composées par Alan Silverstri. Un clin d’oeil qui devrait faire plaisir aux fans.

Conclusion

Avec Predator : Hunting Grounds, le studio IllFonic propose une expérience de FPS asymétrique très décevante dans lequel le joueur pourra incarner au choix un soldat des forces spéciales ou le fameux Predator. Le jeu se joue entièrement en 4 contre 1, en multijoueurs. Pas de mode solo donc ni de mode alternatif malheureusement. Il faudra se contenter de quelques missions choisies aléatoirement, et de façon générale très répétitives. Séduisant sur le papier, le concept du jeu montre vite ses limites. Le gameplay du jeu manque cruellement de substance. Les missions et décors se ressemblent tous, l’IA des ennemis gérés par la console est désastreuse et le gameplay dans la peau du Predator pas franchement convaincant. Avec son contenu rachitique, sa réalisation moyenne et son matchmaking très lent, Hunting Grounds aura du mal à se faire une place parmi les autres titres asymétriques. Et ce, d’autant plus qu’il est vendu 40€ tout de même. 

Predator : Hunting Grounds

4.3

Gameplay

4.0/10

Contenu

2.0/10

Graphismes

5.5/10

Bande son

6.0/10

Finition

4.0/10

Les + :

  • Le personnage du Predator parfaitement respecté
  • L'immersion dans la jungle
  • Le sentiment de menace que représente le Predator

Les - :

  • Un seul mode de jeu, pas de campagne et peu de diversité
  • Un matchmaking désastreux
  • La modélisation des personnages
  • Les parties sont très répétitives
  • Soucis de framerate, de caméra, un gros manque de finition