Premier jeu du studio québécois Typhoon, composé de vétérans dUbisoft, d’Electronics Arts ou encore de WB Games, Journey to the Savage Planet se positionne à la croisée d’un Borderlands et d’un No Man’s Sky dans une version loufoque et absurde. Un mélange qui fait mouche ?

Une sacrée dose d’humour

Tuer des monstres et interagir avec l’environnement en mettant des claques est jouissif.

Dès les premières minutes, Journey to the Savage Planet annonce la couleur : l’aventure se fera sous le signe de l’humour et du cynisme. Le jeu nous fait incarner un explorateur envoyé par Kindred Technologies, une entreprise spécialisée dans l’exploration interstellaire, sur une planète inconnue. L’objectif de notre explorateur de l’espace est de visiter la planète sur laquelle il a atterri afin de répertorier l’ensemble de la flore et de la faune en vue d’une potentielle colonisation. Un synopsis qui n’a rien de très original, mais qui se révèle malgré tout remarquable tant le titre de Typhoon Studios se veut décalé et irrévérencieux.

Si les messages officiels décrivent l’aventure de notre héros comme une véritable opportunité, la mission de notre compagnon a plutôt un goût de voyage sans retour puisqu’il a été envoyé sur la planète AR-Y 26 sans de carburant pour le retour. Le second degré est le mot d’ordre dans ce jeu, avec une bonne dose de cynisme et d’autodérision. Le jeu se veut satirique vis-à-vis d’une société humaine dirigée par des méga-sociétés. Le ton particulièrement décalé de Journey to the Savage Planet est renforcé par les nombreux spots publicitaires pour des produits surprenants – note spéciale aux « animaux » de compagnie faits de restes de nourriture.

Difficile de ne pas se laisser charmer par cet univers complètement atypique où le ton des vidéos officielles de Kindred et de l’assistant vocal embarqué renforce le côté décalé du jeu. L’assistant virtuel se fera d’ailleurs un plaisir de commenter les moindres faits et gestes de notre héros que ça soit en bien ou en mal, tout au long de son exploration.

Un mélange des genres

Pour atteindre le niveau suivant, il faudra faire appel à des graines et à son grappin.

Difficile de classer Journey to the Savage Planet tant il mélange des éléments de gameplay de plusieurs genres. À la croisée des FPS, des jeux de plateforme et de puzzle, le titre place tout de même l’exploration au cœur de l’aventure. Une exploration qui se fera sous la forme de niveaux et d’énigmes à résoudre pour progresser sur la planète, à la manière d’un Metroidvania.

Pour y parvenir, il faudra débloquer des outils et améliorer son équipement en récoltant des ressources (carbone, aluminium et silicone). Notre héros pourra également se renforcer en gobant une substance orange étrange qui aura pour effet secondaire de le condamner à mort au bout d’un moment. Quelle ironie. Parmi les outils à débloquer, on trouve notamment le grappin et le jet-pack qui seront bien utiles pour explorer les hauteurs de la planète. On regrette cependant le manque de maniabilité du jet-pack. Une fois en l’air, il est presqu’impossible de contrôler notre héros et donc difficile de corriger un saut une fois qu’on est lancé.

Des combats brouillons 

Les combats au blaster sont vraiment l’un des points faibles du jeu.

L’aspect FPS est assez rudimentaire, on utilise notre arme qu’à de rares moments et uniquement pour les monstres un peu costauds. On privilégiera plus souvent les gifles pour se débarrasser des nuisibles. Rien de tel qu’une bonne claque pour faire exploser un oiseau-boule casse-pied. Néanmoins, à plusieurs reprises, l’utilisation du blaster sera inévitable et bien utile, que ça soit pour récupérer des ressources ou pour anéantir des monstres plus récalcitrants. Un exercice qui se révèle particulièrement difficile tant la gestion de l’arme n’est pas aisée et ses tirs sont approximatifs… Une difficulté qui est amplifiée par le fait que les monstres ne sont vulnérables qu’à certains endroits bien précis. Une logique que l’on retrouve sur l’ensemble des “boss”. Il faudra donc viser juste et rapidement au risque de se faire piétiner.

Les combats à proprement parler se révèlent beaucoup trop exigeants en comparaison avec le reste du jeu. Un décalage qui ne joue pas en la faveur de Journey to the Savage Planet puisqu’on a surtout l’impression que les développeurs ont tenté de rendre délibérément cet aspect compliqué pour allonger la durée de vie du jeu. De plus, en cas de nombreux ennemis, il sera difficile de s’y retrouver.

On pourra tout de même compter sur des bombes collectibles pour nous aider à repousser les adversaires, qu’il s’agisse de bombe incendiaire, d’acide ou encore de glue. Des aides qu’il faudra récupérer en interagissant avec notre environnement à grands coups de claques.

Trop de liberté tue la liberté

Les passages secrets et énigmes sont nombreux.

Le jeu propose de nombreuses petites énigmes et passages secrets – dont certaines parfaitement absurdes – qui viendront allonger sa durée de vie. La plupart des passages secrets ne pourront d’ailleurs être explorés qu’une fois certains outils débloqués ce qui pousse les joueurs à revenir sur leurs pas. Un point qui joue en la faveur de Journey to the Savage Planet. Les joueurs peuvent ainsi choisir de suivre la quête principale ou de découvrir tous les secrets cachés de la planète. On regrette tout de même l’absence de carte pour s’y retrouver. Les joueurs devront retenir les niveaux ou explorer à tâtons pour retrouver les énigmes.

Quant à l’objectif principal, à savoir répertorier l’ensemble la flore et de la faune, celui-ci ne semble au final pas si important que cela. À aucun moment l’assistant virtuel ne rappelle à notre héros son objectif, préférant se concentrer sur les monuments laissés par une ancienne civilisation. D’ailleurs, le scan des plantes et autres bestioles ne rapporte en réalité rien à notre explorateur.

Au final, l’exploration est riche et variée bien que l’objectif premier soit laissé de côté. Une certaine lassitude se fait tout de même ressentir au bout de quelques heures. Au-delà de l’humour et de son aspect amusant, Journey to the Savage Planet souffre d’un manque de profondeur narrative ce qui est bien dommage. Il aurait peut-être été intéressant de développer davantage l’histoire de cette planète mystérieuse et des traces d’une civilisation extraterrestre disparue. À moins que tout cela ne soit qu’un nouveau trait d’ironie des développeurs.

Une direction artistique au top 

L’univers est beau et diversifié.

Si la narration de Journey to the Savage Planet se révèle légère, ce n’est pas le cas de son univers. Évidemment, le ton absurde et cynique des protagonistes nourrit énormément l’ambiance du jeu, mais la direction artistique développée dans le jeu tient une place importante. Les différents niveaux explorés se différencient assez bien, nous proposant des biomes enneigés, caverneux ou encore à la végétation dense. La flore et faune y sont particulièrement diversifiées ce qui pousse le joueur à scanner sans cesse son environnement pour répertorier de nouvelles espèces de monstres, de plantes et de machins inoffensifs apeurés.

Graphiquement parlant, le jeu ne casse pas trois pattes à un oiseau-globe. Il manque clairement de finition et de travail, mais sa direction artistique lui confère un certain charme.

Journey to the Savage Planet est entièrement doublé en français, certains personnages s’offrent même un doublage québécois ce qui renforce le côté décalé du jeu – sans aucune critique envers ce magnifique accent -, mais certains mots de vocabulaire renforceront le côté décalé du jeu. Les doublages sont particulièrement efficaces et collent parfaitement à l’univers loufoque du jeu.

Enfin, le titre de Typhoon Studios s’offre une ambiance sonore très correcte, avec d’excellents bruitages – note spéciale aux cris des bestioles effrayées par notre héros -, ainsi que des musiques originales qui resteront longtemps en tête.

On notera au passage que le jeu est jouable en coop, mais uniquement en ligne, ce qui est tout de même assez regrettable.

Conclusion

Avec une bonne dose d’humour et de cynisme, Journey to the Savage Planet se révèle être un jeu d’exploration totalement loufoque et atypique. Empruntant des éléments aux FPS et aux jeux de plateforme, le titre développé par Typhoon Studios s’illustre parfaitement dans le fait de développer un univers original où la flore et la faune sont à découvrir. Les joueurs adeptes des jeux d’exploration à la Metroidvania et des univers atypiques et loufoques trouveront aisément leur compte avec ce jeu, bien que celui-ci souffre tout de même de plusieurs défauts (de l’imprécision des tirs aux combats brouillons, en passant par une certaine lassitude qui finit par s’installer et un concept sous-exploité). Vendu une trentaine d’euros, Journey to the Savage Planet a le mérite de sortir à un mois peu chargé en sorties, et pourrait à ce titre trouver son public.

Journey to the Savage Planet

6.7

Gameplay

6.5/10

Contenu

7.0/10

Graphismes

6.5/10

Bande son

7.0/10

Finition

6.5/10

Les + :

  • Une bonne dose d’humour
  • Un univers riche et original
  • Un gameplay amusant
  • Le doublage des personnages
  • Un prix doux : 30€

Les - :

  • Pas de coop en local
  • Des combats brouillons
  • Un jet-pack au contrôle compliqué
  • Le récit manque de profondeur
  • Une certaine lassitude finit par s'installer