Si de nombreux consommateurs ont déjà tenté l’expérience, rares sont encore ceux à être pleinement convaincus du potentiel des montres connectées. En pleine transition, le secteur mérite toutefois aujourd’hui qu’on s’y intéresse à nouveau. Explications.

Les premières montres connectées lancées sur le marché n’étaient pas vraiment parvenues à générer l’enthousiasme du grand public. Avec leur design souvent très brut, leurs fonctionnalités génériques et leur autonomie minimaliste, les montres connectées se sont longtemps présentées comme une extension du smartphone, voire une alternative complète au téléphone portable.

La plupart des premiers acheteurs vous le confieront : il ne leur aura pas fallu longtemps avant de ranger leur modèle connecté au placard. Outre l’autonomie désastreuse de ces modèles connectés, qui forçaient l’utilisateur à recharger quotidiennement sa montre, c’est surtout l’absence de fonctionnalité vraiment innovante qui a très vite conduit le secteur dans une niche.

Et puis, un jour, une petite startup a lancé un modèle personnalisable à l’autonomie d’une semaine. La montre Pebble était née. Le succès fut immédiat. Avec leur design très brut et leurs fonctionnalités limitées, les montres Pebble n’étaient toutefois qu’un aperçu de ce à quoi ressemblerait la montre du futur.

Une histoire qui se répète

La petite entreprise n’a jamais pu présenter sa vision définitive de la montre connectée. Rachetée par Fitbit, elle cessera ses activités en 2016. Le fabricant de trackers débutera alors la transition, abandonnant progressivement le secteur des trackers pour proposer à son tour des montres connectées au design très simple et à l’autonomie remarquable. La Fitbit Versa connaîtra immédiatement un gigantesque succès.

Face à Pebble et Fitbit, les géants du tech s’évertueront pendant des années à nous livrer des modèles ultra-connectés se présentant comme des extensions des smartphones. Apple sera toutefois le seul constructeur à parvenir à faire décoller ses ventes. Un changement de cap s’opérera alors progressivement au sein du secteur. Samsung, tout d’abord, décide d’abandonner WearOS, la plate-forme de Google, pour développer son propre système d’exploitation. Huawei lui emboite le pas. Tout comme Fitbit, les deux constructeurs optent pour un OS simplifié, peu énergivore et davantage pensé pour les montres que pour les smartphones.

Les constructeurs comprennent que ce qui fonctionnait avec un smartphone ne fonctionne pas forcément avec une montre connectée. Par exemple, la course à la puissance du processeur n’a aucun intérêt dans le cas d’une montre connectée. Dans le même ordre d’idée, avoir accès à des milliers d’applications sur son poignet n’a également que très peu d’intérêt. Qui voudrait utiliser Instagram, Tinder ou Netflix sur un aussi petit écran? Le suivi d’activités, du sommeil, la personnalisation de l’interface et le réveil sont les fonctionnalités les plus courtisées par les utilisateurs. A quoi bon dès lors venir ajouter le support pour de multiples logiciels qui ne seront de toute façon pas utilisés et peuvent très bien être gérés depuis l’écran du smartphone?

Des montres moins smart

Beaucoup plus esthétiques que leurs ancêtres, les nouvelles smartwatch ont le mérite d’être également beaucoup plus faciles à utiliser. Elles ne se présentent plus comme une extension du smartphone mais comme une alternative aux montres traditionnelles, et c’est précisément sur ce point qu’elles marquent des points. Moins “smart” que leurs ancêtres, elles ne doivent toutefois plus être rechargées toutes les nuits et peuvent donc désormais analyser votre sommeil. Discrètes, elles se positionnent comme des compagnons qui vous accompagnent dans vos activités physiques, vous entraînent à bouger plus et à adopter un meilleur style de vie. Elles trouvent également parfois des utilités inattendues – comme celle du réveil en douceur, par vibrations.

Si les trackers se destinaient presqu’exclusivement aux sportifs, les montres connectées n’excluent aucune tranche de la population. Les constructeurs proposent des modèles destinés aux deux sexes, aux desgins variés et qui s’adaptent désormais facilement à tous les tours de poignet. La personnalisation de l’interface reste l’un des gros atouts. Fitbit a perpétué ainsi la tradition de Pebble avec sa Versa 2, qui permet de télécharger des dizaines de “cadrans” différents. Huawei lui a emboité le pas sur sa Watch GT 2, avec là aussi une boutique en ligne qui permet de télécharger (gratuitement) des dizaines de cadrans pour personnaliser l’écran de sa montre. Plus surprenant encore, les constructeurs semblent tous s’être mis d’accord pour adopter les standards de l’industrie horlogère. Les bracelets des montres sont désormais tous interchangeables. Rien ne vous empêche donc de remplacer le bracelet de votre montre Fitbit par un bracelet en cuir d’une marque plus prestigieuse.

Alors certes, les nouvelles montres connectées ont peut-être perdu en intelligence, mais elles ont gagné au change, se rapprochant un peu plus de l’usage d’une montre traditionnelle couplée à un tracker d’activités. Les raisons qui vous retenaient d’investir dans un modèle connecté jusqu’à ce jour étaient sans doute multiples de l’autonomie au design en passant par l’utilité relative de l’accessoire. Et il est probable que vous soyez encore dubitatif aujourd’hui. Il est vrai qu’une montre connectée n’a qu’une utilité somme toute très relative. Certains y trouveront un réel intérêt, d’autres pratiquement aucun. Leur usage principal reste le même qu’il y a 20 ans : donner l’heure. La personnalisation du cadran, le tracking d’activités, la météo du jour ne sont que des petits plus qui ne justifient pas forcément l’investissement mais facilitent le quotidien. L’usage est créé de toute pièce par le marketing, mais sur le smartphone a déjà pris une certaine place dans votre vie, la smartwatch vous permettra peut-être de récupérer un peu de votre temps perdu sur l’écran de votre mobile… Car au final, c’est sans doute là que réside tout l’intérêt des smartwatch : ne plus se laisser tenter par les millions de possibilités qu’entrouvrent l’accès à l’écran d’un smartphone, réduire les choix à quelques compteurs symboliques et perdre ainsi moins de temps.