Le concept de smart city n’est pas nouveau, mais certaines idées reçues persistent.

“La smart city est une ville où fleurit la technologie”

Trop téchnocentrées aux yeux de certains, les smart cities se servent en fait de la technologie comme d’un outil. Il ne s’agit pas là d’un objectif à atteindre en tant que société numérique, car la technologie n’est pas une fin en soi, mais une manière d’atteindre des objectifs. Il serait donc erroné d’opposer humain et technologie en ce qui concerne les villes intelligentes. L’utilisation de la technologie, des données et des TIC sert à atteindre certains objectifs liés à la durabilité de la ville, à l’humain dans la ville ou encore l’habitabilité. Ces objectifs sont liés à l’humain, mais les moyens d’y arriver sont d’ordre technologique. La participation démocratique a toujours été un moyen d’organiser nos villes, maintenant il y a aussi de nouvelles méthodes comme les capteurs de mouvement, les caméras, la technologie basée sur du cloud, l’intelligence artificielle. Il faut donc voir toutes ces choses comme des moyens d’arriver à des politiques pour améliorer les villes. Pas d’opposition donc entre technologie et humain, les deux sont complémentaires.

“Le développement des smart cites risque d’accentuer la fracture numérique”

Les démarches administratives et bancaires étant de plus en plus numérisées, la fracture numérique risque d’être d’avantage accentuée. En d’autres termes, le développement des moyens technologiques mis en place par les smart cities pourrait mettre à l’écart les citoyens n’ayant pas accès à un appareil et une connexion Internet ou même ceux qui disposent de tels moyens mais qui ne savent pas s’en servir. L’inclusion numérique est donc une problématique de taille, mais qui bénéficie d’une attention particulière de la part plusieurs acteurs.

À Bruxelles, des initiatives ont été mises en place concernant l’inclusion numérique et des espaces publics numériques sont à la disposition des citoyens pour remédier ainsi à l’accès au matériel. Comme nous l’indique Céline Vanderborght, après la problématique de l’accès physique au matériel, la stratégie est désormais de faire face à la seconde phase, à savoir la fracture numérique dans son usage. Ce sont les habitants qui ont l’accès physique, une connexion et un ordinateur, mais qui ne savent pas s’en servir. Il y a donc une volonté de développer des formations aux aptitudes numérique, c’est ce qu’on appelle la digital literacy.

“Seules les villes peuvent être smart”

En Belgique, il n’est pas rare de retrouver le terme de smart région, smart territoire ou zone smart, ce qui se rapproche parfois plus de la réalité géographique et démographique locale. Ce n’est pas toujours le cas dans d’autres pays européens, mais cela prend son sens en Belgique. La stratégie Digital Wallonia ou encore Smart Flanders sont par exemple sous-divisées en plusieurs champs de compétences, par ville, puis par commune. La stratégie de smart région offre un « cadre d’appui en vue du renforcement de la cohérence, de l’accélération et de la visibilité des projets menés à l’échelle des villes ». 

Par ailleurs, le terme de smart City peut faire référence, selon les endroits, à un territoire urbain. Il n’y a donc pas de règle prédéfinie en la matière, tout dépend des besoins de chaque territoire. En tant que cité-État, Singapour a par exemple développé le projet smart nation, ce qui correspond à son statut et besoins particuliers.

“Certaines villes sont plus smart que d’autres”

Contrairement aux idées reçues, le fait d’être une smart City n’est pas un état ou un objectif à atteindre. Comme nous l’explique Céline Vanderborght, le fait d’être smart est un processus de profondes transformations qui prennent du temps. Il n’y a donc pas qu’une façon d’être smart et les objectifs varient selon les besoins de chaque ville. C’est la raison pour laquelle le Dr. Pieter Ballon estime que les classements de smart city ne sont pas d’une grande utilité. Le fait d’être smart n’est qu’un instrument. Certaines villes ont pour objectif de réduire la congestion automobile tandis que d’autres souhaitent réduire la pollution par exemple.

Par ailleurs, selon la méthodologie, différents résultats peuvent être observés. En prenant le classement international IMD, Singapour se retrouve en tête, alors que selon le classement de statista, c’est Zurich qui serait la ville la plus smart. Il faut donc faire attention à ces classements et leur méthodologie, car certains ne mettent pas l’accent sur les mêmes éléments. Céline  estime en outre que le plus important est de se comparer à soi-même, aux objectifs fixés et aux évolutions d’année en année, plutôt que de se comparer à des classements.

“La Smart city est une ville de la surveillance”

La collecte de données inhérente au développement de la smart City soulève des questions légitimes concernant la protection des données. Loin des exemples chinois avec son crédit social ou coréen avec Songdo, smart City big brother, l’Union européenne a mis en place des normes concernant la protection des données personnelles (RGPD), ainsi qu’un Délégué à la protection des données, chargé de s’assurer du respect de ces règles. Il est cependant nécessaire pour chaque smart City de mettre en place des dispositifs de sécurité. Il est par ailleurs primordial d’informer les citoyens quant aux technologies utilisées et faire preuve de transparence à ce sujet. En cas contraire, il y a un risque de rejet de la population à l’égard des projets proposés, comme le met en avant l’étude publiée par le Smart City Institute de Liège. De plus, s’il s’agit de récolter des données à l’aide des citoyens, il faut les informer quant à l’usage qui en sera fait, faute de quoi, ils peuvent être perçus comme des “générateurs de données », ce que dénonce l’institut qui prône par ailleurs une participation des smart citizens en tant que source d’intelligence de la smart City.