La fragmentation de la Belgique, ses différents pouvoirs et l’absence de politique de développement commune seraient de très gros freins au développement de villes intelligentes et connectées. 

Parmi les villes les plus smart de Belgique, Gand, Anvers et Bruxelles seraient les villes les plus actives du pays. « Il y a d’importantes initiatives dans plusieurs villes de Belgique qui utilisent les technologies smart pour atteindre leurs objectifs » explique le Dr Pieter Ballon, spécialiste des Smart cities. Courtrai a par exemple mis en place une politique de smart city travaillant sur des projets liés au parking et à la circulation, grâce à l’open data et à l’utilisation de technologies de caméra. Il s’agit d’une ville très active en ce qui concerne les développements smart, nous explique le Dr. Pieter Ballon. « Certaines villes ont commencé à être innovantes, mais on ne peut pas donner en exemple une ville adoptant les meilleures pratiques ». Chaque ville doit à ce titre résoudre certains problèmes qui lui sont propres. L’objectif est de diminuer la pollution de l’air, des accidents de voiture, ce sont là les véritables indicateurs. Pour l’instant, il estime qu’aucune ville n’y est vraiment arrivée.

Des stratégies de Smart Régions

Si l’on en croit le baromètre Wallon du Smart City Institute, publié en septembre 2019, l’accessibilité, la mobilité et le transport semblent être au coeur des préoccupations des smart cities wallonnes. Les communes wallonnes suivant les axes de la stratégie Smart Region Digital Wallonia développent des projets en collaboration avec des entreprises implantées en Belgique, des experts chargés de développer les projets smart city. Par ailleurs, 62,5% des communes wallonnes « se sont initiées à une démarche Smart City entre 2007 et 2019 ». Dans la pratique, la plupart des idées ont toutefois beaucoup de mal à se concrétiser. 

Du côté flamand, le projet Smart Flanders, lancé en 2017, met l’accent sur l’innovation et l’open data. Son champ d’action regroupe 13 villes flamandes et son objectif est « d’amener les applications des TIC et l’IoT- connectant ainsi les objets entre eux et les individus sur Internet- au sein d’un réseau de gestion de données sécurisé: c’est de ça qu’il est question avec les smart cities »En collaboration avec l’Institut de microélectronique et composants (imec), le programme s’articule autour de quatre axes:  smart architecture, smart environment, smart mobility et smart people.

Plusieurs projets sont en cours pour chaque catégorie, comme la gestion intelligente de l’eau et de sa qualité ou la cartographie de la qualité de l’air. C’est grâce aux données récoltées qu’il sera par exemple possible de développer des solutions intelligentes pour améliorer la qualité de l’air, il s’agit du projet Bel-Air.

Anvers souhaite s’ériger en pionnière dans ce domaine voire en laboratoire de smart city, avec un programme de City of Things (CoT). Divisé en quatre points: CoT pour les citoyens, pour les entreprises, pour les gouvernements et pour les chercheurs. 

Un développement ralenti par la fragmentation du pays

Malgré les projets et efforts de la part de plusieurs côtés, il existe un fossé entre l’innovation et la réalité. Il y a une volonté d’automatiser l’administration belge ainsi qu’une mise en place de plateformes, comme l’e-health ou encore le système informatique de la sécurité sociale belge qui a d’ailleurs récemment reçu un prix internationalToutefois, il n’est pas rare de devoir encore utiliser des méthodes obsolètes, comme le fait de coller des vignettes sur une attestation de soin et d’envoyer le tout par la poste afin de se faire rembourser des frais de santé.

Comme nous le confirme le Prof. Pieter Ballon, « il y a un fossé énorme entre l’innovation, l’organisation et l’implémentation de projets en Belgique.» Le professeur invoque la manière conservatrice et statique dont est organisé le pays comme motif principal. « La Belgique a une tradition de fragmentation avec différents niveaux, différentes zones qui ne se parlent pas. C’est pour cela qu’on ne progresse pas aussi vite que d’autres pays de l’Union européenne et c’est le principal problème malgré une grande volonté d’innover de la part des universités, entreprises, startups et mouvements citoyens. » Pour qu’un projet de smart city fonctionne, il faut qu’une certaine transversalité s’installe. La fragmentation de la Belgique, ses différents pouvoirs et l’absence de politique de développement commune seraient à ce titre de très gros freins au développement de villes intelligentes et connectées. 

Pour autant, il ne faut pas trop s’inquiéter non plus. Selon l’Indice relatif à l’économie et à la société numériques (DESI) de la Commission européenne, la Belgique se situerait en 9ème position du classement européen dans le numérique. Si elle est à la traîne face aux leaders, elle resterait dans le peloton de tête.