Après un Black Ops IV séduisant mais dépourvu de mode solo, Call of Duty nous revient avec un reboot en bonne et due forme qui tire son inspiration du premier Modern Warfare. 

Après l’abominable Advanced Warfare, Activision avait tenté de redonner du piquant à sa franchise en nous livrant un titre 100% axé sur le multijoueur. Avec son mode Battle Royale et l’inévitable mode Zombie, Black Ops IV était parvenu à fédérer une jolie communauté de fans. L’absence d’un mode solo avait été toutefois vivement critiquée par les joueurs, qui étaient nombreux à s’étonner de ce changement de direction. Bien décidé à se faire pardonner par la communauté de fans, Activision a donc mis en chantier un nouveau volet, qui a été cette fois confié aux développeurs du premier Modern Warfare. L’objectif : remettre sur les rails la franchise et nous livrer le meilleur épisode de la série…

La mise en scène est très soignée.

Et autant le dire d’entrée de jeu : si l’objectif n’est pas totalement rempli, ce Modern Warfare est un reboot très convaincant pour la franchise. Pour autant, il ne faut pas s’attendre à de profonds bouleversements puisque Modern Warfare hérite de toutes les qualités et défauts de ses ancêtres.

Le mode solo fait son grand retour avec une campagne assez courte (comptez entre 4 et 6h de jeu), mais terriblement efficace. Le scénario du jeu est pourtant sans grande surprise puisqu’ici, le joueur traquera une organisation terroriste à l’origine d’une attaque meurtrière dans le centre-ville de Londres tout en affrontant régulièrement les forces russes sur le champ de bataille. L’aventure solo offre une belle diversité de décors, avec des passages très dépaysants dans les paysages montagneux de la Géorgie et d’une république indépendantiste russe qui nous rappelle l’Afghanistan.

On ressent dans ce Modern Warfare les relents d’Al-Qaïda, de la guerre d’Afghanistan et même – occasionnellement, quelques références à la guerre de Syrie. D’un réalisme glaçant, le scénario du jeu n’hésite pas à juxtaposer plusieurs points de vue, et le fait avec brio. Le jeu n’hésite pas non plus à surprendre le joueur à travers la quinzaine de missions qui composent sa campagne. On retrouvera ainsi une mission d’élimination de terroristes dans une planque qui se boucle en moins de 5 minutes top chrono mais offre des sensations fortes tant la séquence de jeu est criante de réalisme. Dans la peau d’un soldat des forces spéciales, le joueur devra éliminer les terroristes retranchés, tout en faisant attention d’éviter de blesser les femmes et enfants qui sont avec – et peuvent d’ailleurs se transformer de façon très abrupte en des meurtriers eux aussi. Autre passage marquant : celui où le joueur incarne un enfant qui doit fuir son village en ruines. La mise en scène du jeu est particulièrement soignée et rappelle d’ailleurs celle des grosses productions hollywoodiennes.

Le résultat est globalement très séduisant, même s’il a souvent tendance à tomber dans le voyeurisme malsain. On pourra également reprocher au scénario de Modern Warfare de placer encore et toujours les Américains dans le rôle des gendarmes de la paix… Il ne fallait malheureusement pas en attendre plus d’un jeu développé par un studio américain. Les Russes et Arabes récupèrent donc encore les rôles des grands vilains qui veulent détruire les démocraties occidentales et le jeu est bourré de clichés et de vilains stéréotypes. Si l’on met de côté ces éléments pratiquement indissociables de la franchise, le nouveau mode solo reste toutefois une belle réussite.

Le jeu d’Infinity Ward propose une campagne solo mouvementée, qui se boucle toutefois en moins de 5h.

Côté gameplay, le nouveau Modern Warfare est une copie quasi-conforme des anciens épisodes de la série. On se retrouve face à un FPS très accessible et finalement très pop-corn. Chaque séquence de jeu a été créée dans un but bien précis. On alterne ainsi les séquences de nettoyage avec des séquences d’infiltration et d’assaut. Quelques gadgets sont même de la partie, avec notamment des séquences de jeu qui vous mettront aux commandes de drones. Le cocktail est efficace mais toutes les séquences de jeu ne se valent pas. Globalement, on pourrait reprocher à Modern Warfare son level-design parfois mal fignolé. L’attaque terroriste de Piccadilly Circus par exemple, donne une curieuse sensation de confusion, en grande partie liée au level-design médiocre du niveau et aux ficelles trop apparentes du jeu. Les séquences de shoot pures sont souvent très jouissives, même si on reprochera au titre un certain manque de nervosité.

Les 14 missions du mode solo se bouclent en moins de 5h top chrono, ce qui reste très léger pour un mode solo. C’est un fait toutefois, on n’achète généralement pas un Call of Duty pour sa campagne solo uniquement. Le jeu propose sont lot de modes multijoueurs. Et à ce niveau, bonne surprise : il n’y aura cette année pas de season pass. L’éditeur change radicalement de stratégie en optant cette année pour une formule 100% gratuite. Si la démarche est bonne, elle trahit malheureusement un certain manque d’ambition de la part du studio. Les joueurs de Black Ops IV seront ainsi surpris de constater que le mode Zombie est aux abonnés absents, au même titre que le mode Battle Royale, qui avait grandement contribué au succès du dernier volet. Infinity Ward est revenu à une formule plus classique, en proposant une demi-douzaine de modes de jeu. La moitié d’entre eux n’offrent malheureusement qu’un intérêt très limité, à l’image du mode 2 vs 2, qui se joue sur de toutes petites cartes, plutôt technique mais dont on fait vite le tour. Autre déception : le mode NVG, qui se joue entièrement de nuit, avec le casque à vision nocturne sur la tête et le laser de visée, qui permet de repérer facilement les ennemis. S’il fait preuve d’une certaine originalité, ledit mode manque cruellement de substance. Fallait-il réellement dédier un mode de jeu à cet usage? Enfin, on citera brièvement le mode Special Ops, qui fait office de mode coop sur 3 niveaux à la difficulté particulièrement élevée. Le concept est sympathique sur le papier, et il est vrai que la difficulté relevée de plusieurs crans rend le challenge très intéressant avec des amis, mais la mini-campagne qui nous est ici proposée manque cruellement de piquant et souffre de la comparaison avec le mode solo. On a ici très clairement la sensation de se retrouver face à un shooter sans aucune personnalité, qui rappelle d’une certaine manière le mode Special Ops de Warface.

Dans la campagne, le joueur pourra prendre le contrôle de drones.

La bonne surprise de ce volet, c’est le mode Ground War, qui propose des affrontements à 32 contre 32 sur une vaste carte. Le concept est simple : chaque faction doit capturer des points sur la carte qui deviendront de nouveaux points de spawn une fois capturés. Plusieurs véhicules sont à disposition et le level-design est propice aux ambuscades. La richesse de ce mode de jeu vient bien sûr de la gestion du champ de bataille, qui forcera les joueurs à communiquer pour organiser plusieurs attaques en simultané. La recette fonctionne plutôt bien si l’on ne tombe pas sur des joueurs qui se la jouent solo…

Le mode Kill confirmed, qui ne comptabilise les points qu’une fois le matricule des soldats tombés sur le champ de bataille récupéré, se montre toujours aussi efficace, au même titre que le mode Domination.

La bonne surprise vient finalement du cross-platform, intégré par défaut, qui permet aux joueurs consoles d’affronter les joueurs PC. On notera au passage que le jeu supporte également l’utilisation du combo clavier / souris sur consoles, ce qui est suffisamment rare pour être noté.

La visée est précise, mais le jeu manque de nervosité.

Pour le reste, Modern Warfare reste fidèle à son ADN. La bande son du jeu est très efficace, avec des doublages de qualité et des musiques immersives mais aucun morceau épique que l’on fredonnera toute la soirée. Même topo pour ce qui est de la réalisation, globalement très convaincante, avec des effets visuels superbes et des décors soignés, mais un manque global de détails dans les modélisations. Modern Warfare est certes très joli, mais on est très loin de la claque graphique, sur PC comme sur consoles.

Conclusion

Après un Black Ops IV totalement axé sur son mode multijoueur, Call of Duty nous revient avec un Modern Warfare très séduisant, qui parvient à tirer son épingle du jeu avec son mode solo d’une rare intensité et d’un réalisme glaçant. Certes, on pourra reprocher au titre d’Infinity Ward un certain voyeurisme et son patriotisme presque malsain. Toutefois, la nouvelle campagne de Modern Warfare s’avère très efficace et recèle de passages marquants, à l’image de cette séquence de jeu où l’on incarne un enfant qui fuit les combats dans un village du Moyen-Orient, ou de l’attaque de l’Ambassade américaine. Le plaisir est toutefois de courte durée puisqu’il ne faudra que 5h pour boucler l’aventure. La partie multijoueur déçoit quant à elle, malgré le nombre impressionnant de cartes proposées. Le nouveau mode Ground War, qui se joue à 32 contre 32, se révèle passionnant, mais les combats ont tendance à y être chaotiques. La plupart des autres modes de jeu montrent très vite leurs limites. Le mode Spec-ops, axé sur la coop, ne compense quant à lui pas vraiment l’absence du mode Zombie. L’autre grand absent cette année, c’est bien sûr le mode Battle Royale, lui aussi aux abonnés absents. S’il nous a longtemps été vendu comme un véritable reboot, ce nouveau Modern Warfare s’inscrit finalement totalement dans la continuité des trois précédents volets. En dehors de son sens aigu de la mise en scène, il ne faut donc pas s’attendre à une révolution.

Call of Duty : Modern Warfare

7.4

Gameplay

7.0/10

Contenu

7.0/10

Graphismes

7.5/10

Bande son

7.5/10

Finition

8.0/10

Les + :

  • La campagne solo prenante, avec une immersion complète
  • Le mode Ground War, plutôt sympathique
  • Une réalisation soignée
  • Du cross-platform dès le lancement
  • Pas de Season Pass ni de frais cachés

Les - :

  • Une campagne solo beaucoup trop courte (5h)
  • Pas de mode Zombie ni de Battle Royale
  • La partie multijoueur un peu bâclée
  • Le patriotisme américain qui transpire partout
  • Un gameplay qui manque toujours de nervosité