Après cinq ans d’absence, la saga de jeux de gestion de Kalypso Media revient avec un nouvel épisode. Développé cette fois-ci par Limbic Entertainment, ce 6ème volet tente de dépoussiérer les mécanismes de gestion sur lesquels la saga Tropico s’était trop reposée avec les précédents titres.

Développement et manipulations

Si l’emblématique El Presidente est toujours de la partie, le joueur pourra tout de même choisir le sexe du président, ainsi que son apparence. À part cela, Tropico 6 ne réinvente pas le scénario de la saga. À coup de leviers financiers et politiques, notre bon vieux El Presidente – femme ou homme – devra mener à bien le développement de son île en tentant, au passage, de se remplir les poches. Évidemment, les amateurs de la série retrouveront la patte caractéristique de Tropico : l’humour.

Comme tout bon jeu de gestion, l’aventure démarrera timidement. Le joueur devra se préoccuper du bien être de ses habitants avant de pouvoir envisager un agrandissement de son territoire. Logement, travail, divertissement et accès aux soins seront des éléments à prendre en compte. Pour développer cela et son île de manière générale, il faudra se reposer essentiellement sur l’exportation de ses ressources, en fonction de ce qu’a à offrir son terrain. Or, cet aspect est également lié aux développements de l’exploitation de ses ressources. Autrement dit, la gestion sera évidemment au centre et le joueur ne devra pas laisser de côté un aspect de son île au risque de voir s’effondrer son règne comme un château de cartes.

L’époque à laquelle se situe le jeu aura également son importance, autant sur les infrastructures – plus nombreuses qu’auparavant – et exigences des habitants que sur les relations internationales.

Poussant le concept de gestion à l’extrême, Tropico 6 amènera le joueur à se préoccuper des différentes factions que constitue sa population. Écologistes, capitalistes et communistes tenteront d’imposer leur idéologie, mais pour s’assurer la paix sur l’île, El Presidente devra trouver des compromis qui contentent tout le monde. Une tâche qui ne s’avère évidemment pas des plus faciles. Corruption et influence seront au rendez-vous. Au joueur de choisir quel pot de vin accepter ou refuser pour bâtir tel ou tel bâtiment. En cas de non-satisfaction, certains manifestants pourront toujours répandre des calomnies sur leur président(e).

Enfin, si le joueur préfère le désordre et le chaos, le nouvel opus de Tropico permet de nouveau de délaisser une faction au profit d’une autre, quitte à s’attirer les représailles de la première.

La dimension politique aura forcément son importance. El Presidente devra mener correctement sa barque pour obtenir l’approbation du peuple – et négocier avec les autres grandes puissances. Une stratégie à mener lors des élections à grands coups de discours optimistes. Le joueur pourra modifier comme bon lui semble les lois et décrets afin de favoriser son essor économique et l’opinion publique à son encontre.

Pour développer son île, le joueur pourra compter une fois de plus sur « la bibliothèque » qui permet de déverrouiller certains bâtiments, mais également certains décrets et politique en général, grâce à l’obtention de points. De quoi permettre au joueur de mieux façonner son empire comme il le souhaite.

Des nouveautés sans révolution

Les amateurs de longue date de Tropico retrouveront très rapidement leurs marques dans ce nouvel opus. Tropico 6 ne révolutionne pas vraiment la licence, bien qu’il propose quelques nouveautés fortes agréables. Parmi elles, l’introduction d’archipels qui obligeront les joueurs à repenser leur manière de gérer leurs terrains et ressources. En effet, les points d’intérêts seront dispersés sur les différentes mini-iles, il faudra donc voyager pour rassembler les ressources utiles. Fort heureusement, Tropico 6 propose de bâtir des liaisons entre les îles, des ponts ou des tunnels.

L’aspect morcelé des points d’intérêts forcera le joueur à adapter le développement de ses villages. Il faudra développer davantage d’habitations et lieux de divertissements et autres à proximité des lieux de travail des habitants. À mesure de la progression, des solutions feront leur apparition, notamment le bus ou le métro qui fluidifieront les trajets. Une fois tous ses aspects adoptés, on reste face à quelque chose d’assez vide. Au final, le joueur s’adapte et le problème est réglé et oublié. Il aurait été peut-être plus intéressant d’introduire des outils de gestion du trafic, histoire de donner plus de moyens au joueur.

Dans ce nouvel opus, les joueurs fidèles de la licence feront connaissance avec le système de raid. Un système qui permet de s’en prendre à un ennemi, de récupérer un butin, des ressources, nourrir des pensées rebelles, etc. Des leviers qui varient en fonction de l’époque à laquelle le joueur est. Ainsi, il pourra développer une flotte de pirate ou un bâtiment d’espionnage pour manipuler un peu plus la partie comme il le souhaite. Cerise sur le gâteau, El Presidente pourra mettre la main sur des monuments emblématiques de ses ennemis ; Statue de la Liberté, Tour Eiffel, etc. Le joueur pourra s’en servir pour rendre son île d’autant plus bling-bling. On retrouve ici le côté loufoque de la série Tropico.

Autre nouveauté : le négociant. Exit le système de dynastie, place aux méthodes douteuses à coups de conversion illégale. Le négociant proposera plusieurs solutions au joueur pour lui faire gagner de l’argent sur son compte en Suisse. Ce compte aura d’ailleurs une place importante pour débloquer des plans de construction, soudoyer une faction ou un nouveau décret. Si dans les précédents volets de la série Tropico le compte en banque suisse n’avait que peu d’intérêt, il devient beaucoup plus intéressant ici.

Des nouveautés intéressantes qui ne feront tout de même pas oublier le manque d’outils de microgestion du jeu, une absence que l’on peut reprocher à l’ensemble de la série des Tropico. En cas de chute économique, le jeu ne propose pas beaucoup d’options pour redresser la barre. Il faudra simplement mettre le paquet sur les exportations et diminuer les dépenses. Rien de bien exaltant.

Le manque de diversité se fait également sentir au niveau des factions et de leurs demandes. Celles-ci sont redondantes, pareilles pour leurs interventions. Elles sont identiques d’une partie à l’autre, ce qui gâche forcément la surprise et l’intérêt général des revendications des factions.

Plaisir pour les yeux

La force de Tropico 6 repose beaucoup sur les cartes et les décors. Progressant à travers les époques et les âges, il est véritablement plaisant d’admirer l’architecture et les monuments historiques et emblématiques durant le développement de notre île. Un peu trop coloré, les décors restent magnifiques. La météo a un impact sur la visibilité et la beauté des cités. Les détails sont travaillés et offrent un vrai plus au jeu.

Conclusion 

Après 5 ans d’absence, Tropico fait son « grand » retour avec plusieurs nouveautés intéressantes. Malheureusement, celles-ci n’arrivent pas à réellement à révolutionner la série. Au final, Tropico 6 reprend tout ce qui a fait le succès de la licence, sans corriger ce qui lui faisait défaut. Ainsi, le titre manque encore d’outils de microgestion et s’avère rapidement redondant. L’ambiance loufoque et l’humour caractéristique de la série restent deux éléments clés qui font une nouvelle fois mouche. Ce nouvel épisode de jeu de gestion reste tout de même très agréable et devrait sans trop de difficulté satisfaire les amateurs du genre et de la série.

Tropico 6

6.9

Gameplay

7.0/10

Contenu

7.0/10

Graphismes

7.5/10

Bande son

6.0/10

Finition

7.0/10

Les + :

  • L’ambiance et l’humour fonctionnent toujours
  • La présence d’archipels pousse à repenser sa stratégie
  • Campagne assez longue et autres modes de jeu
  • Des ajouts intéressants
  • La dimension politique et la vie réaliste des habitants

Les - :

  • Peu de grosses nouveautés
  • Les interventions et demandes des gestions redondantes
  • Certaines gestions sont peu claires et aléatoires
  • Manque d’outils de microgestion