Quelle joie pour l’étudiant de prendre une simple photo d’un livre dans une bibliothèque pour en scanner le texte ou pour le notaire de numériser ses documents rien qu’avec son iPhone. Tout cela est rendu possible grâce à Prizmo et Prizmo Go deux applications développées au sein de Creaceed, une pousse plus si jeune que ça et qui grandit lentement mais sûrement.

Mettre ses travaux à profit pour une appli

Tout commence dans la tête d’un seul homme, Raphaël Sebbe. Ingénieur polytechnique de formation, diplômé en 2000 à l’université de Mons, il poursuit ensuite un doctorat entre 2002 et 2007 sur l’imagerie médicale, sur le traitement des images par les scanners. Après ces cinq années de recherche, Raphaël Sebbe mettra son savoir-faire au profit du développement d’une application qui permet de numériser le texte de simples photos avec reconnaissance optique des caractères (OCR).

L’ingénieur se passionne pour les produits frappés d’une pomme et découvre avec le reste du monde l’arrivée de l’iPhone en 2007. Développant des applications Mac depuis 2003, il ouvre sa boîte en 2008 sur fonds propres. L’éditeur d’applications Creaceed est né et ne compte alors que deux membres.

Sauter sur l’occasion

L’arrivée soudaine de l’iPhone ouvre un vaste univers d’applications qui ne demandent qu’à être implantées sur l’App Store. L’idée de Prizmo est déjà bien présente mais la qualité de l’appareil photo ne permet pas encore d’effectuer un scan efficace. Prizmo voit d’abord le jour sur Mac en 2009 avant de faire son entrée sur l’App Store un an plus tard. Téléchargeable pour 9,99€, l’OCR rencontre un franc succès grâce à son inégalable rapidité “malgré le peu de puissance de calcul délivré par l’iPhone“, commente Raphaël Sebbe. Prizmo s’améliore petit-à-petit au fil des mises à jour et au gré des iPhone toujours plus puissants.

Beaucoup de copies ont suivi“, précise l’ingénieur. “Des applis gratuites mais moins abouties.” Seules quatre ou cinq OCR atteignent véritablement un bon niveau parmi des centaines d’applications, selon lui.

Ce succès, Raphaël Sebbe l’explique notamment par une utilisation de son appli par les étudiants ou dans le cadre du business. Elle trouve également sa place auprès des malvoyants et des aveugles, pour qui l’appli peut servir de lecteur de courrier dactylographié.

Une petite sœur est née

Bien des années plus tard, après 6 mois de gestation, naît la petite sœur de Prizmo en avril 2017 : Prizmo Go. Même principe, mais plus direct et gratuit. Le fonctionnement est réduit à son plus simple appareil : photo et scan de texte. Les options s’achètent, notamment avec le pack premium à 7,99€ qui permet de partager son texte, le copier-coller et de cliquer sur les adresses mails et les numéros de téléphone.

Le succès est au rendez-vous, l’appli comptabilise près d’un million de téléchargements. Creaceed tente une nouvelle formule pour Prizmo Go, un abonnement à 10€ par an en plus des achats intégrés, celui-ci offre des fonctions avancées comme la reconnaissance et la traduction de texte dans le cloud. Les utilisateurs s’y convertissent peu à peu, rapporte Raphaël Sebbe.

Android ? Pourquoi pas après tout.

Premier développeur belge d’applications sur l’App Store, Creaceed s’est toujours concentré sur des produits destinés aux appareils Apple. Mais l’idée de se lancer sur la plateforme rivale est séduisante.

Raphaël Sebbe jugeait jusqu’alors les appareils Android pas assez puissants et les OS peu évolués. Aujourd’hui, capable de rivaliser avec Apple, ceux-ci pourraient facilement accueillir Prizmo parmi leurs apps.

Mais se développer sur un tout autre segment requiert des compétences spécifiques et du temps. Deux choses dont Creaceed ne dispose pas en suffisance pour l’instant, un développement sur Android nécessiterait d’embaucher une ou deux personnes supplémentaires. Et ça, l’entreprise se réserve ce choix stratégique à un moment opportun.

Creaceed, la graine qui pousse lentement

L’éditeur d’applications pour Apple a soufflé en 2018 ses dix bougies et pourtant l’entreprise ne compte que quatre personnes et un stagiaire entre ses murs. Une croissance lente, mais non moins intentionnelle. Son fondateur explique sa démarche, il se définit comme un “artisan“. “On ne veut pas refaire ce qui existe“, chaque produit doit être poli à la perfection.

C’est pourquoi, malgré des idées plein la tête, l’éditeur ne se concentre que sur un nombre limité d’applications. Leur popularité divergent et les domaines sont multiples, avec un point commun : la technologie de traitement d’image. Creaceed compte notamment Hydra parmi ses créations, une application de traitement de photos très poussée pour réaliser des clichés réussis dans des conditions parfois très complexes. “Chaque application demande 12 à 18 mois de développement“, explique Raphaël Sebbe.

Un pari sur la qualité, plutôt que sur la quantité, qui fonctionne sur le long terme. “Travailler avec des passionnés pour avancer dans la durée“, résume Raphaël Sebbe. Un choix qui repose également sur ses fonds propres.

Les compteurs de l’entreprise sont au vert chaque année depuis sa création, Creaceed préfère à ce stade garder son autonomie par rapport à d’éventuels financements, une démarche prudente qui s’explique en outre par la crainte de produire au nom d’investisseurs une appli qui ne rencontre pas son public.