Avec Outward, le petit studio Nine Dots prend le postulat de proposer une aventure RPG plus réaliste que d’habitude. Un choix intéressant de la part des développeurs, mais au-delà de cette orientation du gameplay, est-ce que Outward en vaut vraiment le coup ? Prendre de la distance avec une règle si ancrée, c’est bien, mais est-ce que le reste du jeu est à la hauteur ? Voyons ça.

Réalisme et fantaisie

L’aventure d’Outward débute à la suite du naufrage d’un bateau dans lequel se trouvait notre héros. À moitié nu sur la plage, sans aucun moyen de défense, il tente tant bien que mal de rejoindre le village. L’accueil n’est pas très chaleureux puisque notre personnage est tenu pour responsable par les habitants qui pointent du doigt la malédiction dont a hérité notre personnage. S’en suivent des menaces d’expulsion du phare familiale si on n’arrive pas à rembourser ses dettes. Pour y arriver, nous devrons partir à l’aventure à travers les nombreuses terres d’Aurai afin d’arriver à récolter la somme demandée.

Une quête principale à laquelle s’ajoutera une multitude de quêtes secondaires nous poussant toujours plus à l’exploration et à la découverte des différentes terres d’Aurai. Une expédition qui ne sera pas très longue puisque la quête principale demandera une dizaine d’heures de jeu pour être réalisée. Les quêtes annexes et l’exploration pure pourront tout de même augmenter la viabilité du jeu. Malheureusement, les terres d’Aurai ne sont pas particulièrement intéressantes en dehors des points d’intérêts et des monstres. On se retrouve donc face à un RPG en monde ouvert sans grand intérêt…

Une gestion en tout temps

La particularité d’Outward est l’attention portée aux besoins vitaux de notre avatar. De par son orientation réaliste, il faudra prendre en compte une multitude d’éléments pour garder en vie notre personnage; dormir, manger, boire, s’équiper du bon équipement pour éviter les coups de chaud ou les coups de froid, mais aussi organiser son sac à dos pour ne pas être ralenti, tout cela devra être pris en compte tout au long de notre expédition au risque de se retrouver dans une mauvaise posture, voire de trouver la mort.

La gestion ne se limite pas à la survie de notre personnage, il faudra également se montrer stratégique dans les objets qu’on conserve dans notre inventaire afin de se nourrir et boire, mais également, réaliser l’une ou l’autre potion ou soin pour les combats. À noter que pour s’alimenter, la cuisson des aliments sera primordiale si on veut éviter l’intoxication alimentaire et réduire la résistance de notre héros. Encore faut-il avoir sur soi de quoi faire un feu, construire un sac de couchage, se fabriquer des armes rudimentaires.

Des fabrications entachées par le manque d’ergonomie des différents menus de construction, inventaire et équipements.

Le joueur pourra toujours se rendre chez les artisans du coin afin d’améliorer ses armes et vêtements et acheter des vivres. Comme dans les RPG plus traditionnels, les villes seront peuplées de PNJ plus ou moins intéressants, dont certains nous proposeront des quêtes annexes.

Une aventure exigeante

Notre avatar n’a d’ailleurs rien d’un surhomme, les monstres et autres ennemis se révéleront rapidement coriaces. Il faudra donc compter sur la ruse, la fuite ou les potions qui permettent de rendre nos armes plus efficaces pendant un temps grâce à des poisons. Penser à déposer son sac avant le combat s’avère très utile pour se déplacer plus rapidement.

Les rencontres inamicales seront particulièrement exigeantes. En plus de garder en tête la gestion vitale de notre personnage, il faudra gérer les attaques brutales des ennemis. Attaques, esquiver, diviser pour mieux attaquer, si les monstres et l’environnement se rapprochent de l’univers RPG fantastique dont on a l’habitude, la résistance de notre héros se révèle beaucoup plus réaliste que le reste. Un décalage intéressant qui donne une aventure particulièrement exigeante. Volonté des développeurs ou problème de gestion des monstres, on ne peut pas vraiment trancher. 

En tout cas, toute décision et avancée seront définitives. Si on se fait anéantir durant une quête ou un combat, il n’y a pas moyen de recommencer puisqu’Outward repose sur une sauvegarde automatique. Il ne sera donc pas possible d’annuler une décision ou le résultat d’une mission. D’ailleurs, les choix lors des dialogues auront parfois des impacts – limités – directs sur notre aventure, nous offrant l’un ou l’autre avantage ou entrouvrant les portes d’une nouvelle mission.

Si par malheur notre avatar venait à mourir – ce qui arrive relativement souvent étant donné l’exigence d’Outward -, il n’y a pas vraiment de game over. L’aventure ne s’arrête pas, on fait face à un scénario de défaite. On est simplement renvoyé à l’un ou l’autre camp ou dans un lieu sûr, avec tout notre équipement et or à nos pieds, avec pour explication qu’un voyageur nous a croisé mal-en-point sur son chemin et nous ait venu en aide.

Le joueur pourra tout de même se faire aider durant son périple. Que ça soit en local ou en ligne, le mode coopératif se révèle particulièrement intéressant et utile pour venir à bout des monstres. En local, les deux joueurs jouent en écran divisé et ne sont pas rattachés en dehors de sortie ou entrée dans certains endroits, ce qui laisse une (trop ?) grande liberté à chacun.

Résultat correct… pour une petite équipe

Outward propose aux joueurs de personnaliser son personnage ; couleurs de peau et de chevelure, coupe de cheveux, sexe, expression du visage. Un aspect qu’on retrouve souvent dans les RPG et qui devrait plaire aux amateurs de ce genre de propositions, malheureusement si la personnalisation de notre personnage est bienvenue, un soin plus poussé sur l’esthétique de celui-ci n’aurait pas été du luxe. Toutes les propositions de physiques pour notre héros se révèlent particulièrement laides. Au final, on aura plutôt tendance à se référer au corps aléatoire, qui a le mérite de nous dédouaner de la laideur de notre héros. Au pire, il sera un peu plus mystique avec des cheveux verts ou mauves.

Le manque de soin se remarque également sur les graphismes en général. Bien que relativement variés dans les villes, les différents environnements ont chacun leur identité que ça soit dans les terres arides ou enneigées. Encore une fois, chacun impliquant une adaptation des équipements de notre héros. Un réalisme contrebalancé par les différentes créatures qui y circulent. On retrouve davantage l’aspect RPG traditionnel dans certains décors (coquillages géants, purificateur d’eau étrange, pierres phosphorescentes) et monstres. 

Malgré ces aspects positifs, le tout n’est pas forcément très agréable à l’œil tout bonnement parce que cela reste encore très contrasté visuellement et peu défini. Les personnages et autres monstres sont fort cartonneux, comme le reste des décors- désespérément vides. C’est bien simple, on a l’impression d’être face à un environnement de MOORPG des années 2000. Logique, dans la mesure où une petite dizaine de développeurs seulement ont planché sur ce projet… Il est toutefois regrettable qu’en plus d’être très laid, le jeu soit très buggué.

Côté réalisation sonore, le constat n’est guère plus flamboyant. Seulement une partie des dialogues ont été doublés. Une première phrase lâchée en début de conversation, pour laisser le texte et les choix de réponses défiler à l’écran. Un doublage de l’ensemble des dialogues aurait très certainement demandé beaucoup trop de temps à Nine Dots Studios. Il n’empêche qu’on en vient à se demander pourquoi avoir proposé quelques doublages tout court? Musiques d’ambiance et bruitages ne se démarquent pas non plus franchement, donnant à Outward l’allure d’un RPG très générique.

Conclusion

Avec Outward, le petit studio Nine Dots nous propose un RPG atypique qui lorgne clairement du côté du survival. Un concept intéressant sur le papier qui se retrouvera sur tous les plans du gameplay, que ça soit dans les besoins élémentaires vitaux d’un être humain ou dans sa résistance contre le froid ou les maladies. Réaliste, pas tout à fait puisqu’Outward mélange également plusieurs aspects fantastiques, notamment dans les environnements et le bestiaire, malheureusement très convenu. Son monde ouvert désespérément vide, sa réalisation graphique datée et ses nombreux bugs l’empêcheront toutefois de toucher une large audience. Outward s’adresse principalement à un public de passionnés qui arriveront à reconnaître les multiples qualités du jeu malgré ses défauts. Son faible tarif (une trentaine d’euros) ne pardonnera pas complètement sa réalisation technique désastreuse.

Outward

5.2

Gameplay

6.5/10

Contenu

6.5/10

Graphismes

3.5/10

Bande son

5.0/10

Finition

4.5/10

Les + :

  • Un RPG réaliste, avec un côté survie très développé
  • Un gameplay exigeant
  • Un mode coop' en écran scindé

Les - :

  • Trop élitiste?
  • Une réalisation graphique scandaleuse
  • Des décors totalement vides
  • Le monde ouvert manque d'intérêt