Edité par Pqube, Song of Memories est le visual-novel événement de ce début d’année. Ambitieux, le titre est vendu plein pot. Et pour cause puisqu’outre une réalisation graphique impressionnante, il propose une aventure passionnante et une durée de vie absolument colossale.

Rares sont les visual-novel à avoir droit à une sortie en Occident. L’éditeur britannique Pqube a toutefois bien compris qu’il existait un marché pour ce type de jeu. Après Arcade Spirits, il embraye avec la sortie de Song of Memories, un projet ambitieux qui joue la carte du fan-service et de l’étrange.

Vendu plein pot (une quarantaine d’euros tout de même), le titre se caractérise par une réalisation technique impressionnante pour ce type de production. Les artworks sans expression cèdent ici leur place à des images animées et de superbes cinématiques qui rappellent les meilleurs mangas. Les animations faciales et labiales des personnages donnent littéralement vie à cet univers, et une véritable personnalité à chaque protagoniste. On le sent, les développeurs de Song of Memories se sont donnés les moyens de réussir et le résultat est à la hauteur de nos attentes.

Inspirée, la direction artistique rappelle les meilleures productions animées du pays. Tout au plus lui reprochera-t-on un certain manque d’originalité. Mais une chose est sûre : l’univers dépeint dans Song of Memories a ses charmes. Les personnages aussi.

Outre sa réalisation graphique, Song of Memories se démarque également des autres visual novel par son univers décalé. La première heure de jeu nous fait pourtant découvrir un titre au scénario très classique puisqu’on y incarne un jeune étudiant nippon, ses tranches de vie et surtout ses relations sentimentales avec les jeunes filles du lycée.

Les débuts sont plutôt lents, mais la qualité d’écriture est tellement bonne qu’on en vient à vite s’attacher aux personnages centraux – de la jeune gymnaste qui s’attache d’amitié pour le héros à sa sœur qui l’accompagne dans tous ses déplacements, ou sa meilleure amie, qui sort de l’hôpital après avoir subi un grave accident de voiture. Les dialogues sont riches, les décors variés et les quelques cinématiques qui entrecoupent l’action d’une rare efficacité.

Seul regret : le sentimental a tendance à prendre un peu trop le pas sur le relationnel, et le titre dispose d’un casting presqu’exclusivement féminin. Les otakus apprécieront le fan service, les autres auront peut-être un peu de mal avec cette approche… On notera au passage que les arcs narratifs sont plutôt bien pensés. Sans atteindre la profondeur d’un Detroit, le jeu propose un nombre impressionnant d’embranchements narratifs, le joueur pouvant choisir l’orientation du scénario selon ses envies. La plupart des choix portent toutefois sur la vie affective du héros. La rejouabilité du titre n’est donc pas franchement exceptionnelle. Ceci étant dit, avec sa quarantaine d’heures de jeu, Song of Memories a largement de quoi justifier son prix de vente…

Après quelques heures de jeu, le titre prendra une toute autre direction. Le changement de direction se fait de façon progressive et est à ce titre plutôt intelligent puisque quelques éléments fantastiques interviendront dans le scénario pour nous mener progressivement à la fin du monde… Une tournure SF qui n’est pas pour nous déplaire.

Il ne faudra toutefois pas s’attendre à un titre d’une grande noirceur. Song of Memories récupère des éléments un brin débilisants des Sailor Moon et autres animés grand public. Au début de l’aventure, notre héros découvrira ainsi un smartphone qui lui permettra de faire apparaître différentes IA qui lui viendront en aide lorsqu’il sera attaqué par différentes créatures. Il devra alors entamer une séquence d’affrontement durant laquelle il sera amené à utiliser différentes attaques et à appuyer en rythme sur plusieurs boutons pour repousser les assauts des créatures. Si l’idée d’ajouter un aspect ludique à l’aventure est en soi brillant, on regrettera que les contrôles soient aussi simplistes et que ces séquences de jeu aient tendance à se multiplier. Grotesques, elles gâchent quelque peu le (semi)sérieux de l’aventure.

Bourré d’humour, le jeu impressionne surtout par sa qualité d’écriture, la richesse de sa bande sonore, ses doublages de qualité en français (malgré quelques typos), et sa gigantesque durée de vie.

A moins de ne pas du tout accrocher à l’univers, difficile de ne pas être séduit par ce titre qui a de nombreux atouts à faire valoir. On lui reprochera toutefois quelques petits défauts, de ses personnages peut-être un peu trop caricaturaux à ses dialogues un brin machos, en n’oubliant pas son côté un peu cochon – caractéristique des productions asiatiques. Song of Memories n’avait clairement pas besoin de ça pour se vendre.

Conclusion

Malgré ses petits défauts, Song of Memories parvient à séduire grâce à la richesse de ses dialogues et de son univers. Le jeu édité par Pqube bénéficie d’une traduction française de qualité et se distingue des autres visual novels par sa réalisation impressionnante. Exit les images fixes et place à des animations de qualité, qui rappellent les meilleurs animés. Si les débuts de l’aventure sont plutôt lents, on en vient très vite à s’attacher aux différents protagonistes – certes quelque peu stéréotypés, mais qui ont le mérite d’avoir tous une personnalité bien développée. L’intrigue parviendra même à surprendre le joueur en développant quelques éléments fantastiques après quelques heures de jeu, qui mèneront petit à petit le joueur vers un final grandiose. Comme souvent dans les productions nippones, il faudra toutefois composer avec clichés machos et séquences érotiques, qui ont certes leur place dans un jeu où le sentimental occupe une place centrale, mais qui ont tendance à être un peu trop nombreuses…

Song of Memories

7.1

Gameplay

4.0/10

Contenu

9.5/10

Graphismes

7.5/10

Bande son

7.0/10

Finition

7.5/10

Les + :

  • Une durée de vie colossale
  • La direction artistique, superbe
  • Des personnages attachants
  • Traduit en français
  • Un scénario rondement mené

Les - :

  • Quelques symboles qui ne passent pas
  • Les affrontements, ratés
  • L'érotisme, un peu trop présent
  • Les clichés un peu machos