Avec Phantom Doctrine, le studio polonais CreativeForge Games réitère dans le jeu stratégique en mêlant ici aventure, réflexion et stratégie dans le contexte de la guerre froide. Espionnage, épluchage de documents, infiltration et combats au tour par tour au programme.

Après l’espace (Ancient Space) et le Far West (Hard West), CreativeForge nous plonge avec Phantom Doctrine dans un thriller paranoïaque prenant place en pleine guerre froide. Nous sommes en 1983 et, à la tête d’une agence secrète nommée La Cabale, on doit déjouer les plans d’une organisation criminelle qui se fait appeler La Conspiration. Pour ce faire, il faut gérer sa base ainsi que son cheptel d’espions et mener à bien des missions allant de l’analyse de documents top secret à l’infiltration sur le terrain.

Vous décidez d’entamer la partie soit dans les rangs du KGB, soit au sein de la CIA (le Mossad peut également être débloqué à la fin du jeu). Après une petite personnalisation de votre avatar, un court didacticiel vous apprend les bases de l’infiltration. Une fois la première mission sur le terrain achevée, on découvre alors toute l’étendue du gameplay, qui se déroule en trois grandes phases.

Phantom Doctrine worldmap

Une planque à gérer

La gestion de la base permet tout d’abord de recruter ses espions (attention aux agents double !), les assigner à différentes missions ou encore bien sûr gérer leur équipement et leurs capacités. Depuis une carte mondiale, on envoie nos espions en repérage et en mission, on surveille le temps qui s’écoule et on garde surtout un œil sur une jauge de menace indiquant lorsque La Conspiration est sur le point de découvrir la localisation du repère depuis lequel on opère. Lorsque la jauge est pleine, c’est le game over.

Il faudra donc redoubler de prudence pour ne pas compromettre l’identité de ses agents (un changement de papiers peut y remédier), saboter les plans adverses et régulièrement déménager son QG (moyennant argent) pour éviter d’être démasqué. Le sentiment d’urgence est bien présent et l’on sent bien qu’un complot tentaculaire est en cours.

Phantom Doctrine files

Des dossiers à lire

Depuis la base, il est également possible, et même indispensable, d’analyser les documents obtenus lors des missions. C’est la deuxième grande phase de jeu de Phantom Doctrine, consistant à scruter des dossiers confidentiels épinglés sur un tableau en liège. Concrètement, il faut y trouver des noms de code et divers lieux d’opérations secrètes en les surlignant dans un texte. Une fois ces mots-clés découverts, on peut les relier à ceux des autres documents à l’aide de punaises et de ficelle. In fine, cela permet d’établir une nouvelle cible et de faire avancer l’enquête.

L’idée est de prime abord sympathique et nous ramène à ces bons vieux films d’espionnage, mais au bout de quelques heures de jeu on finit par s’en lasser et à les expédier en cliquant un peu partout dans les textes pour faire sortir les codes des lignes de textes. Dommage.

Phantom Doctrine missions

Des missions à subir

Façon XCOM, on a enfin les missions sur le terrain, comprenant infiltration et combats au tour par tour. On doit y envoyer quelques hommes (et femmes) pour dénicher des documents, kidnapper un ennemi, libérer un informateur ou encore désamorcer des bombes. Si des combats sont possibles, la furtivité est recommandée tant l’IA s’avère redoutablement…mal équilibrée. Faites-vous repérer et celle-ci trouvera le moyen de trouver la brèche la plus minuscule qui soit pour vous tirer dessus entre deux bâtiments. Même bien planqué, les ennemis parviennent trop souvent à vous toucher avec leurs tirs. Franchement rageant.

Il est néanmoins tout à fait possible de s’en sortir une fois les renforts appelés car vous disposez de nombreuses actions telles que la neutralisation discrète, les rafales de fusil, les tirs en pleine tête, le lancer de grenades ou encore les exécutions simultanées. Mais pour que tout cela soit un tantinet jouissif, il aurait fallu que le jeu affiche des informations quant aux angles de vue des ennemis et aux lignes de tirs. En l’état, on subit plus ces phases de combats plutôt que de les mener avec excitation, d’autant qu’il faut composer avec un système peu convaincant faisant intervenir des points d’acuité pour effectuer les diverses actions. Ajoutons également de nombreuses incohérences côté infiltration (des gardes qui ne vous voient pas alors que vous passez devant eux, le fait de sauter à travers une vitre sans que cela n’attire l’attention d’un ennemi proche, etc.). Bref, on est loin de Shadow Tactics, l’un des modèles récents du genre.

Phantom Doctrine gunfight

Il faut aussi spécifier que presque toutes les mécaniques de Phantom Doctrine, on les découvre un peu à ses dépends puisque le très court tutoriel présent en début de partie ne montre qu’une partie de l’essentiel. Pour tout ce qui est de la gestion du QG, il faut tâtonner, lire les bulles d’information rébarbatives parfois présentes, voire cliquer un peu partout pour voir ce qu’il va se produire et trouver, par exemple, qu’il est possible d’interroger ses agents pour leur obtenir de nouveaux types d’entraînements.

Côté technique, le jeu n’est pas très bien loti non plus avec de nombreux ralentissements lorsque la caméra se déplace, des temps de chargement longuets et des cinématiques qui font la grimace avec des textures et des visages figés. Heureusement, les missions sur le terrain sont plus détaillées avec des personnages et des éléments de décor de bonne facture. C’est dès lors dommage que le level design soit un peu trop redondant d’une map à l’autre.

Les + :

  • L’ambiance film d’espionnage
  • Gérer un QG d’espions

Les – :

  • Didacticiel bien trop court
  • Une technique dépassée
  • L’IA dopée
  • Ralentissements fréquents
  • Répétitif au bout de quelques heures
  • Temps de chargement longuets

Conclusion

Malgré son joli potentiel, Phantom Doctrine finit par lasser au bout de quelques heures. L’enquête patauge alors, et plutôt que de s’enflammer à l’idée de décortiquer des dossiers ultra secrets, on clique à outrance pour en finir le plus vite possible. Sur le terrain, l’excitation retombe elle aussi très vite avec des combats au tour par tour difficiles à appréhender à cause d’une IA dopée et d’un manque d’indications dans les angles de vue/tirs. Dommage car l’ambiance était soignée et la gestion du QG plutôt complète.

10/20