Seize ans après le troisième opus, Big Ben Interactive redonne sa chance à une franchise que l’on pensait enterrée depuis longtemps.

Les Français de Kylotonn Racing – auteurs des deux derniers épisodes de la franchise WRC – se sont vus confier un projet très ambitieux avec un reboot de la série V-Rally par Big Ben Interactive.

Série culte des amateurs de rallye, la franchise avait connu trois épisodes avant de disparaître des écrans, victime du succès de la série rivale Colin McRae Rally (ex-Dirt).

A la surprise générale, Big Ben Interactive avait annoncé le retour de la franchise début 2018, 16 ans après le dernier volet…

Mais que les fans de la série ne se réjouissent pas trop, car si V-Rally 4 s’en sort plutôt bien dans sa catégorie, il n’a de v-rallye que le nom… Exit la conduite arcade de la franchise et place à un titre qui adopte – de façon assez surprenante – un gameplay plus orienté simulation.

La démarche de Big Ben Interactive était donc plutôt opportuniste car V-Rally 4 ne s’adresse clairement pas aux “anciens fans” de la série, mais davantage aux amateurs de jeux de rallye au sens large. Le titre se positionne même comme une alternative intéressante aux WRC. D’une part, parce que le jeu de Kylotonn propose plus de diversité que son modèle, avec pas moins de cinq disciplines au compteur : le Rallye bien sûr, mais aussi le V-Rally Cross, le Hillclimb, le Buggy et – plus surprenant encore – l’Extreme-Khana.

Autre différence notable avec la série WRC : la licencie officielle n’est pas au programme. Pas d’événement “réel” donc au programme de la carrière solo, mais une belle diversité de parcours qui nous emmènent dans des décors souvent très surprenants. On pense à Monument Valley – destination de rêve dans l’ouest américain -, à la Sibérie ou au parc national Sequoia, aux Etats-Unis. Des décors qu’on n’a pas forcément l’habitude de traverser dans un jeu de course, et qui apportent un petit vent de fraîcheur.

Que les amateurs de belles cylindrées se rassurent : l’absence de licences officielles n’a pas empêché Big Ben de glisser dans son jeu tous les bolides incontournables des plus grandes marques. Il faudra toutefois faire preuve de persévérance pour piloter les meilleurs véhicules, le mode carrière plaçant le joueur aux commandes de vieux bolides.

Niveau conduite, V-Rally 4 surprend également agréablement avec une conduite plus réaliste encore que dans les WRC, qui nécessitera beaucoup de précision et une jolie prise de risques. Fun à prendre en main, le jeu n’en reste pas moins étonnamment exigeant et n’autorise aucun laxisme. Pas de “rewind” ici, puisqu’il faudra recommencer intégralement la course en cas d’accident, ou accepter une sanction au niveau du timing, en cas de sortie de course. Grisant, le pilotage offre son lot de sensations fortes. Le jeu de Kylotonn pêche en revanche au niveau de son moteur physique, pas très réaliste dans les chocs et crashs.

Les premières impressions sont donc très bonnes. D’autant plus que le mode carrière fait preuve d’originalité, avec l’introduction de nombreux paramètres à prendre en compte, en plus des courses, avec la signature de contrats avec les sponsors, le recrutement de staff, la gestion des fonds de l’équipe et plus encore. Les joueurs ne tarderont toutefois pas à déchanter. Tout d’abord, parce qu’au niveau du contenu, V-Rally 4 ne propose que le minimum syndical. 6 destinations avec pour chacune d’elle 3 spéciales à parcourir, qui tourneront en boucle tout au long de la carrière… Voilà qui sent bon les DLC. Bien sûr, il y aura aussi quelques épreuves supplémentaires pour les séquences de hill-climbing ou d’extrême-khana, mais ne vous attendez pas ici à de grosses surprises, et là encore, les tracés se comptent sur les doigts d’une seule main pour chaque discipline.

Ensuite, si les premières courses sont plutôt accessibles, la suite se complique très rapidement. La gestion de la difficulté est tout simplement calamiteuse. Sur certains tracés, le joueur n’éprouvera aucune difficulté à décrocher l’or, en commettant quelques petites erreurs, en difficulté élevée. Sur d’autres, même en rabaissant la difficulté au minimum et en ne percutant aucun obstacle, il finira plus de 40 secondes derrière le gagnant de la course… Pour un jeu “grand public”, V-Rally 4 est étonnamment difficile. Les débutants risquent de ressentir un très fort sentiment de frustration, dès la première heure de jeu. Difficile du coup d’accrocher à un mode carrière qui aurait dû être beaucoup mieux pensé…

C’est d’autant plus frustrant que tous les éléments d’un grand jeu étaient présents. Les tracés sont brillamment dessinés, les décors superbes, les sensations de conduite au rendez-vous, les conditions météorologiques viennent ajouter un peu de piquant, l’IA sait faire preuve de répondant, et les disciplines secondaires ajoutent la petite dose de diversité dont V-Rally 4 avait besoin pour faire mouche.

Kylotonn n’a pas oublié non plus de parer son jeu d’un joli mode multijoueur, en ligne et hors-ligne, avec du split-screen pour joueur à deux sur un seul écran.

Côté réalisation technique, le titre de Kylotonn s’en sort également plutôt bien avec des décors souvent très beaux (à l’exception de l’Afrique), de jolis effets de lumière et des véhicules joliment modélisés. On aurait sans doute apprécié des effets de particules plus impressionnants et un frame-rate plus stable, mais globalement, l’expérience reste plutôt satisfaisante.

Les + :

– De bonnes sensations
– De jolis graphismes
– Des décors surprenants
– De jolis tracés
– Une I.A. qui a du répondant
– Plusieurs disciplines

Les – :

– Trop peu de tracés
– Un mode carrière trop répétitif
– La difficulté très mal dosée
– Quelques baisses de frame-rate

Conclusion

Attendu au tournant, V-Rally 4 déçoit par son contenu trop maigre et sa difficulté très mal dosée. Le jeu de course de Kylotonn avait pourtant presque tout pour séduire : d’excellentes sensations de conduite, plusieurs disciplines, des décors superbes, une I.A. ténue et des tracés vicieux. Malheureusement, tout cela est gâché par une gestion de la difficulté calamiteuse et la répétitivité outrancière d’un mode solo pas très excitant par nature, qui aurait mérité d’être plus travaillé. Les bases d’un excellent jeu sont là, mais la finition porte fortement préjudice à un titre qui avait pourtant tout pour séduire.

12/20