Tesla a littéralement chamboulé le secteur automobile, forçant les constructeurs traditionnels à se réinventer.

Crédit photo : AFP
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L’automobile fait partie de ces domaines qui, comme l’informatique ou la téléphonie mobile, se transforment à une vitesse telle qu’il est parfois compliqué de suivre leur évolution. Il suffit de quelques mois de développement pour qu’une marque implémente dans sa gamme une technologie révolutionnaire dont on ne soupçonnait pas l’existence. Ajoutez à ce délai un an ou deux et la technologie se sera généralisée chez tous les grands constructeurs. Par « grands constructeurs » on entend les noms de l’industrie automobile qui produisent en grand nombre des voitures de série, et qui sont immédiatement identifiables par le grand public.

Pour en citer quelques-uns, Audi, Citroën, Ford ou encore Toyota parlent à tout le monde, principalement parce qu’ils sont présents depuis des décennies (plus d’un siècle pour certains) et qu’ils ont une histoire riche.

Les grands constructeurs sont aujourd’hui dans une compétition acharnée qui leur est imposée par les Etats, ces derniers mettant en place des normes anti-pollution de plus en plus drastiques. Ennemi tout désigné : le moteur thermique. Polluant, bruyant, inefficient, il est l’objet de tous les maux ces dernières années. Les grands constructeurs doivent donc s’adapter, coller à des cahiers des charges toujours plus sévères, avec pour conséquence des budgets de Recherche et Développement qui explosent. On notera au passage que les grandes villes européennes sont loin d’être toutes équipées en transports en commun non polluants.

Remplacer par exemple tous les bus en circulation dans Bruxelles par des modèles à propulsion électrique serait déjà un premier pas vers une légère baisse des émissions de C02 dans la ville, sans impacter les propriétaires de voitures plus anciennes. Toujours est-il que pour les constructeurs historiques, la tâche est rude. Ils doivent s’adapter, modifier leurs habitudes de production et trouver des stratégies qui leur permettent de continuer d’exister malgré la difficulté d’écouler les stocks et de concevoir des moteurs conformes aux prochaines normes anti-pollution. En plus de cela, ils sont désormais également face une concurrence extérieure représentée par les nouveaux acteurs du monde automobile.

L’offensive Tesla

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Le plus populaire de ces nouveaux acteurs est sans conteste Tesla. Non pas parce que le constructeur a sorti la première voiture électrique au monde (les premières voitures électriques datent du 19ème siècle, avant même l’invention du moteur à explosion !) mais plutôt parce que la marque est la première à s’être établie de façon durable en ne commercialisant que des véhicules électriques de série. Le plan de son fondateur, l’iconique Elon Musk, était de sortir premièrement une voiture de sport pour construire son image de marque, puis de lancer un véhicule premium pour amasser de l’argent et fidéliser sa clientèle et enfin de sortir un modèle plus abordable pour finir d’asseoir la marque.

Tout a été respecté à la lettre, puisqu’à la Roadster sortie en 2008 ont succédé les cossus Model S (2012) et Model X (2015), sans oublier la plus récente et moins onéreuse Model 3, commercialisée à partir de 35.000 dollars. Depuis la commercialisation de la Model S, Tesla a véritablement créé une rupture dans l’industrie automobile. Parlez de voiture électrique à votre groupe d’ami, il est certain qu’au moins une des personnes du groupe vous citera Tesla, même sans être passionnée par l’automobile. La marque est presque devenue une icône en elle-même et compte son nombre de fidèles qui ne jurent plus que par les produits californiens.

Un attachement qui n’est pas sans rappeler une autre marque américaine à l’image rayonnante : Apple. Certains n’hésitent d’ailleurs pas à comparer ouvertement Tesla à Apple. Il est vrai que les deux entreprises ont eu des fondateurs aussi visionnaires qu’excentriques et que l’engouement du public autour des deux marques est assez similaire, mais la comparaison s’arrête là. Quand Apple dépose le plus de brevets possibles et attaque en justice quiconque vient empiéter sur ses plates-bandes, Elon Musk a choisi la direction opposée pour Tesla. Le constructeur laisse en effet le libre accès à ses brevets depuis 2014, dans le but d’accélérer l’adoption de l’électrique comme énergie primaire pour le transport.

Dans un article publié sur son blog, Elon Musk écrit : « Chez Tesla, nous nous sommes sentis obligés de créer des brevets, de peur que les grandes sociétés automobiles ne copient notre technologie pour ensuite utiliser leur production de série, leur capacité de vente et leur puissance marketing pour nous submerger. Nous avions complètement tort ». L’américain pense en effet qu’il serait bien plus judicieux que tout le monde s’entraide, et que cela ne nuirait pas à l’image de Tesla : « Notre vraie concurrence, ce n’est pas la poignée de voitures électriques créées par les autres marques, mais plutôt la masse étouffante de voitures à essence produites chaque jour dans le monde. Nous sommes convaincus que Tesla, les autres fabricants de voitures électriques et le monde entier profiteraient tous d’une plate-forme technologique commune à évolution rapide ».

La stratégie est risquée, mais pourrait rapporter gros : en laissant d’autres constructeurs approcher sa technologie, Tesla pourrait se délester d’une partie des coûts importants liés à l’installation de nouvelles bornes de recharges rapides par exemple. Si le réseau s’agrandit, les gens seront moins frileux à l’idée d’acheter une voiture électrique puisqu’ils savent qu’ils pourront la recharger peu importe où ils vont. Et comme Tesla a déjà une image de marque très forte dans le monde, le tout pourrait attirer de nouveaux clients.

Eveil mondial

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Ces dernières années ont vu une recrudescence de sociétés nouvellement créées dans le but de s’installer sur le marché de l’électrique. Aucune n’a réussi à dépasser Tesla en termes de vente ou de notoriété mais certaines ont tout de même un pied dedans. La Chine est active dans le domaine, Faraday Future promettant communiqués après communiqués que son FF91, à mi-chemin entre SUV et monospace, sera commercialisé dans les mois qui viennent.

LVCHI Auto, un petit nouveau tout droit venu de Shangai a également fait son apparition au salon de l’auto de Genève avec une berline de luxe nommée Venere. Sur son site internet, LVCHI annonce même ses plans de produire un coupé, une voiture compacte et une auto destinée à la ville. Conscient de la machine à sensations que peut être une auto, certains constructeurs, à l’image d’Henrik Fisker (fondateur de la marque de luxe éponyme), tentent de prendre en compte toutes les attentes des automobilistes : « Je pense que le futur de la mobilité sera très fragmenté et qu’une même personne voudra à la fois avoir accès à un mode de transport facile et simple, mais aussi vivre une expérience émotionnelle particulièrement intense. L’avenir promet une relation forte avec une marque plutôt qu’avec un type de véhicule en particulier ».

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le nouveau bébé du designer danois est baptisé Emotion, jeu de mot anglais entre Electric Motion qui signifie mouvement électrique et Emotion, l’émotion. Sur le secteur des voitures de sport, impossible non plus de passer sous silence le Croate Rimac, dont la C_Two annonce des performances d’un autre monde : 0 à 96 km/h en 1.85 s seconde, 412 km/h en pointe et une puissance de 1914 chevaux (c’est plus qu’une Bugatti Chiron).

Crédit photo : DR
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En clair, tout le monde veut se tailler la part du lion dans un marché en plein essor. Nous ne sommes qu’au début du processus et il reste encore à déterminer quelle technologie des batteries ou de la pile à combustible sera la plus utilisée dans le futur pour stocker l’électricité nécessaire à mouvoir un véhicule.

Vu les coûts colossaux de développement qui sont en jeu, il se pourrait que dans les années à venir, certains constructeurs automobiles actuels modestes disparaissent au profit de nouveaux acteurs fraichement débarqués dans le secteur. Nous sommes actuellement spectateurs d’une transition extrêmement importante dans l’histoire de l’automobile, dictée par l’avancée technologique et la volonté de s’acheminer vers un futur à priori moins dangereux pour la planète.

Retrouvez l’intégralité de notre dossier “La voiture du futur” à cette adresse.