Le système de reconnaissance biométrique de Facebook inquiète aussi en Suisse

La pression augmente sur Facebook. Coup sur coup, des voix viennent de sélever aux Etats-Unis et en Norvège pour s’inquiéter des progrès du réseau social en matière de reconnaissance biométrique.

En fonction depuis un an, le système d’identification des visages devrait rapidement s’améliorer, Facebook ayant acheté en juin la start-up israélienne Face.com, spécialiste dans ce type de détection. Une évolution qui inquiète aussi en Suisse.
Concrètement, Facebook «tague» (ou identifie) une personne dès qu’une photo d’elle apparaît sur le site, et associe les images au profil concerné. Depuis l’été 2011, le réseau effectue cette opération sur
les 300 millions de photos mises en ligne chaque jour via la technologie de Face.com, qui identifie les visages en fonction de leur forme, de la distance entre les yeux et le nez ou encore le type de lèvres.

Des opérations qui soulèvent désormais une double inquiétude. Début août, le responsable norvégien de la protection des données a annoncé l’ouverture d’une enquête, déclarant que «Facebook a un outil très
puissant et son fonctionnement n’est pas très clair. Le site a des centaines de millions de photo et nous devons en parler avec lui
». Aux Etats-Unis, le sénateur Al Franken a de son côté demandé l’ouverture d’une enquête contre Facebook, accusé de forcer par défaut ses utilisateurs à voir leurs visages identifiés. «Les gens choisissent d’être sur Facebook car ils veulent partager savec d’autres», lui a répondu Rob Sherman, responsable de la vie privée chez Facebook. Un argument balayé par Al Franken, qui a noté que Google n’activait pas, sur son réseau social Google+, la reconnaissance faciale par défaut. Et qu’il faut six clics pour la désactiver sur Facebook.

Voici d’ailleurs la procédure de désactivation: Aller dans les paramètres de confidentialité. A côté de «Journal et identification», sélectionner «Modifier les paramètres». Puis à côté de «qui voit les
suggestions d’identification lorsque des photos dans lesquelles vous semblez apparaître sont téléchargées
», sélectionner «Personne», puis cliquer sur «OK».

En Suisse aussi, les pratiques de Facebook inquiètent. «Nous exigeons une information claire et détaillée des personnes concernées et leur consentement explicite («opt in»). Or, dans la configuration de base de Facebook, la reconnaissance faciale est activée d’entrée et le «opt out», c’est-à-dire la désactivation, est en plus assez compliqué à obtenir», relève Francis Meier, collaborateur scientifique auprès du Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence. Et de poursuivre: «Maintenant, la technique n’est pas encore parfaite, mais il est fort probable que d’ici peu l’on pourra, en prenant une photo d’une personne, connaître son nom, son adresse, son numéro de
téléphone etc. Le risque est grand que des tiers utilisent ces systèmes pour identifier des personnes et traiter leurs données à leur insu
». Selon Francis Meier, les préposés à la protection des données
européens se concertent pour parler d’une seule voix auprès de Facebook et Google.

Google, justement, n’a pas introduit la reconnaissance de visages dans son service «Goggles», qui permet de prendre en photo un objet avec son téléphone et d’effectuer ensuite une recherche visuelle sur
Internet. Mais à priori, le moteur de recherche est en mesure techniquement de faire progresser «Goggles» dans ce sens.

Anouch Seydtaghia