Lancé initialement en Suède, le Parti Pirate a connu un franc succès aux élections européennes au point d’être représenté au Parlement. En parallèle, de nouvelles branches sont nées un peu partout en Europe. Si les branches allemandes, néerlandaises ou autrichiennes du Parti Pirate conservent comme objectif commun la lutte pour la liberté d’expression sur la toile, les programmes diffèrent sensiblement, avec notamment le thème de la légalisation de la drogue en Allemagne. Les causes défendues par les différents partis semblent en tout cas beaucoup plaire au grand public. Aux dernières élections allemandes, le Parti Pirate germanique décrochait près de 9% des votes. La tendance est également à la hausse en Autriche et aux Pays-Bas. Explications avec Christian Engström, l’un des fondateurs du Parti Pirate suédois, ex-écologiste et acteur majeur dans la lutte contre ACTA.

Un phénomène qui est né d’un gros buzz sur Internet

Pour être honnête, j’ignore pourquoi le mouvement Pirate est né en Suède“, explique Christian Engström, représentant du Parti Pirate au Parlement Européen à Bruxelles. “J’imagine que c’est parce que la Suède était l’une des pionnières dans l’ouverture de l’Internet, ce qui a bien sûr stimulé les partages de données entre utilisateurs“, qui mènera notamment à l’ouverture du site Pirate Bay et du Bureau Pirate. “Et puis, il y a eu cet homme, Falkvinge, qui n’avait aucun rapport avec le Bureau Pirate ni Pirate Bay, et qui a décidé d’ouvrir un Parti Pirate sur Internet. C’était à moitié sérieux et à moitié une  blague. En réalité, le site a été consulté plus de 3 millions de fois dans les 48 heures qui ont suivi son ouverture et Falkvinge s’est dit qu’il avait quelque chose d’intéressant entre ses mains.”

Le premier Parti Pirate est né en 2006 en Suède. Son leader, Richard Falkvinge, a travaillé de concert avec Christian Engström, ex-membre du parti écologiste et ex-vice président du Parti Pirate, faisant désormais office d’avant-garde au Parlement Européen. En mai 2009, le Parti Pirate décrocha 7,1% aux élections européennes, s’octroyant ainsi un siège au Parlement Européen et se donnant la chance de convertir un plus large public à sa cause de réforme équitable du Web.

Le Parti Pirate suédois base son argumentation autour de trois sujets centraux : “la réforme copyright, la protection des droits fondamentaux et la transparence des gouvernements.”

Un parti qui a du poids au niveau européen

Nous avons reçu approximativement 0,6% aux élections locales / nationales. En revanche, nous avons connu un certain succès aux élections européennes en recevant 7% des voix des électeurs.” explique Christian Engström. En d’autres termes, le parti n’a de raisons d’exister qu’au niveau européen. “Notre ambition est de préserver les droits fondamentaux sur l’Internet, comme la liberté d’expression ou le droit aux conversations privées” explique-t-il. “Ces droits, essentiels pour une démocratie à l’esprit ouvert, sont constamment en danger […] et sont d’une manière corrompus par l’industrie du divertissement. […] Pour certaines raisons, en Europe, l’industrie du divertissement s’est montrée capable de convaincre de manière efficace les politiciens que leurs besoins sont plus importants que nos droits.” C’est d’ailleurs pour cette raison que le parti a visé directement les élections européennes, pour avoir un poids suffisamment important que pour pouvoir influencer la politique de l’ensemble de l’Union Européenne.

Une influence qui se ressent à l’étranger

Partout en Europe, de nouveaux partis pirates apparaissent. Ils seraient plus de 50 dans le monde d’après le Parti suédois. Pour Christian Engström, “la raison pour laquelle les partis pirates sont en vogue un peu partout, c’est parce que les problèmes sont les mêmes partout.” “Nous avons un nombre de politiciens assez âgés qui n’ont pas compris à quel point l’Internet est important. Ils voient toujours l’Internet comme une forme de jouet” explique-t-il. Pour lui, les politiciens sont une guerre en retard, ils n’ont pas compris que l’Internet ne sert pas qu’à télécharger illégalement. “Pour beaucoup de gens, Internet sert à s’informer, gérer son compte bancaire, acheter des courses.” Leur enlever l’accès Internet comme cela se fait en France ou au Royaume-Uni, c’est atteindre directement à la vie privée des utilisateurs et cela représente un déni de démocratie.

En Allemagne, le Parti Pirate local a décroché près de 9% des votes et s’offre actuellement 13% des intentions de vote pour les élections de 2013. Il serait devenu la troisième force politique du pays, juste devant les écologistes. En théorie, ils pourraient décrocher 70 à 80 sièges aux élections législatives si on en croit les sondages. C’est plus qu’il n’en faut pour influencer la politique d’un pays et permettre au public de faire entendre sa voix dans la réforme des copyrights et brevets, dans un pays où la plupart des clips vidéos sur Youtube sont inaccessibles pour une question de droits d’auteurs, d’exploitation et de copyrights. Mais les pirates allemands ont d’autres ambitions. Ils visent, en plus d’une réforme moderne du copyright la légalisation des drogues douces, la protection des animaux, le mariage homosexuel, l’adoption des couples homosexuels, le développement des transports en commun et une transparence politique totale. Leur programme séduit beaucoup les jeunes électeurs, et en particulier la jeunesse écologiste, qui est partagée au niveau des intentions de votes.

Dans le reste de l’Europe, d’autres partis pirates commencent également à se faire connaitre, avec plus ou moins de succès. On pense notamment aux partis néerlandais et autrichiens, qui ont déjà frôlé l’obtention de sièges au Parlement Européen. Puis, bien sûr, il y a d’autres pays où le Parti Pirate commence seulement son développement, comme en Belgique. En 2010, aux élections fédérales, le Parti Pirate belge a décroché 0,26% des votes dans l’arrondissement de BHV. Assez pour faire un peu parler de lui, mais pas assez pour avoir une présence sur le terrain.

Et qui résonne à nouveau en Suède

Le succès du Parti Pirate allemand fait également des émules en Suède. “Nous sommes actuellement en train de juger l’idée d’élargir les concepts fondamentaux défendus par le Parti Pirate” explique Christian Engström. La discussion s’annonce néanmoins compliquée, puisque certains thèmes sont beaucoup plus sensibles que d’autres en Suède, notamment la question de la légalisation des drogues douces, mais dans l’ensemble, le Parti Pirate suédois “est très inspiré par ce que font leurs collègues allemands“, et voudrait adopter certaines de leurs idées dans son programme. Un effet de résonance qui permet à l’intégralité du groupe pirate d’évoluer année après année.

“Nous sommes des pirates, nous aimons copier et voulons être copiés!”

Cependant, Christian Engström reste réaliste : l’idée du Parti Pirate était de défendre le droit des internautes et la liberté du net. Pour lui, le Parti Pirate n’a de raison d’exister que pour faire passer des idées et aider à réformer le système. “Si les autres partis reprenaient nos idées et réalisaient nos objectifs, nous n’aurions plus de raison d’exister et nous pourrions fermer le parti. Après tout, nous sommes des pirates, nous aimons copier et voulons être copiés.

Mais “la politique est un jeu très lent” nous confirme-t-il, et avant que les mesures de réforme du copyright, des brevets et de transparence ne soient toutes adoptées, beaucoup d’eau aura sans doute coulé sous les ponts, ce qui laisse déjà entrevoir un bel avenir au Parti Pirate sur la scène politique européenne.

Propos recueillis par Etienne Froment pour Geeko.

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1 COMMENTAIRE

  1. l’association des “corsaires” vous soutient …elle reclame la libre ciculation des petits pensionnes belges dependant de la grapa (auj ils ne peuvent pas “quitter” leur domicile plus de Quatre semaines par an)ainsi que la suppression des mutuelles politiques belges et de l obligation de payer une complementaire (voir les sites “grapa” et “complementaire de mutuelle” sur skynet)Nous conseillerons le vote en votre faveur…. aidez-nous!!!

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