Twitter et Facebook accusés de soutenir Sarkozy

L’équipe de François Hollande tire la sonnette d’alarme à l’égard de la politique de Sarkozy. Le président de la République française aurait bénéficié d’un support disproportionné des réseaux sociaux dans sa campagne. D’une part, Twitter aurait joué le rôle d’un organisme censeur en supprimant plusieurs comptes d’opposants à la politique du président. D’autre part, Facebook aurait favorisé la campagne de Nicolas Sarkozy en lui permettant de créer une Timeline avant sa disponibilité officielle et en bénéficiant du support des équipes de Facebook France. Des accusations très graves qui laissent déjà résonner un énorme scandale…

L’affaire avait déjà fait beaucoup de bruit en France il y a quelques semaines, mais elle prend désormais des proportions alarmantes suite aux réactions de François Hollande et de son équipe. Le candidat socialiste tire la sonnette d’alarme concernant l’utilisation des réseaux sociaux dans le cadre des élections. L’affaire la plus récente concerne Twitter. Dans un article paru dimanche sur son site, Internet Sans Frontières dénonce la suppression de cinq comptes Twitter par le réseau social américain. Les comptes en question – @nicolassarkozy, @mafranceforte, @fortefrance, @SarkozyCaSuffit, n’étaient pas en infraction vis-à-vis des règles d’utilisation du réseau et auraient été supprimés suite à la création du profil officiel du candidat UMP aux élections. Si dans le premier cas la thèse du nom trop proche de celui de la personnalité est défendable, ce n’est en rien le cas des autres profils, qui auraient été supprimés “suite à une dénonciation”, ce que d’aucuns voient comme le signe de pression sur Twitter de la part du camp Sarkozy pour supprimer certains profils qui font mauvaise publicité à leur candidat. Néanmoins, radier les profils en question est considéré, par certains, comme un véritable déni de démocratie et en désaccord avec les règles d’utilisation du réseau social.

“Des accusations très graves”

A cette affaire s’ajoute celle de la Timeline Facebook de Nicolas Sarkozy. François Hollande reproche à Facebook France d’avoir pris parti pour le candidat UMP en lui donnant accès en primeur à la Timeline Facebook et en ayant permis à certains employés de l’entreprise américaine de travailler activement sur sa ligne du temps durant les heures de travail. Un écart que le député PS Christian Paul juge “très grave“, dans la mesure où cela serait considéré comme un “abus de bien social, une contribution en nature, et donc un financement illégal de la campagne.” Outre cette contribution, qui doit encore être prouvée, c’est surtout le fait que le président ait eu droit à la primeur de la ligne du temps qui contrarie l’opposition. Une accusation à laquelle Facebook France a répondu en précisant que “la ligne du temps avait été proposée à plusieurs partis“, sans aucun favoritisme donc. Hollande reconnait avoir été en contact avec Facebook, mais nie avoir eu des indications sur les nouvelles fonctionnalités expérimentées, assurant qu’un certain favoritisme a permis à Sarkozy de tirer son épingle du jeu. Sarkozy aurait-il réellement bénéficié d’un traitement de faveur ou les équipes d’Hollande seraient-elles tout simplement passées à côté de quelque chose sans s’en rendre compte et s’en seraient vexées? Quoi qu’il en soit, les conséquences médiatiques sont importantes. Sarkozy est parvenu à se mettre adroitement en avant, comme un président moderne qui utilise les réseaux sociaux pour se tenir dans l’ère du temps, alors que François Hollande apparaît comme plus farouche aux nouvelles technologies.

François Hollande, en tout cas, ne décolère pas. Il ajoute dans un email adressé à Facebook par l’intermédiaire de Fleur Pellerin, chargée des questions numériques dans son équipe, que “L’implication de Facebook dans la campagne présidentielle française est inacceptable. Si vous avez vraiment travaillé sur ces outils depuis des semaines ou des mois, vous auriez dû les offrir à tous les candidats, à égalité, et les rendre publics au même moment […]. Je ne peux pas accepter qu’une société prenne partie dans une campagne présidentielle en offrant une aide technique et intellectuelle à un candidat et lui donner ainsi un avantage significatif.

Pour l’heure, l’affaire reste assez floue, l’équipe d’Hollande portant des affirmations sans fondements, l’équipe Sarkozy se contentant d’une réponse très brève et Facebook semblant vouloir se décharger de toute responsabilité.

Un blog de l’Express assure pourtant avoir eu confirmation de la participation d’employés de Facebook à la création de la Timeline de Nicolas Sarkozy, affirmant par ailleurs que Facebook France aurait travaillé indépendamment de la maison mère et n’aurait donc pas respecté les lignes de conduite imposées par la société de Zuckerberg. Des accusations que la maison mère “regretterait vivement si elles s’avéraient exactes” et qui pourraient conduire à un véritable scandale si elles sont effectivement exposées. En attendant, la réponse de l’Elysée est claire : “Nous suivons l’actualité du Web, avons pris connaissance des nouvelles fonctionnalités quand Mark Zuckerberg les a rendues publiques, et avons vu tout de suite les avantages que nous pourrions en tirer, rien de plus.” Une déclaration qui ne contredit pas forcément la primeur de la Timeline accordée à Nicolas Sarkozy et qui laisse entendre que l’équipe chargée de la communication du président n’a pas eu recours à l’aide directe de Facebook, tout en restant assez vague sur les accusations. D’après ce qui se dit dans le milieu, l’affaire ne devrait pas s’arrêter là…

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[ Source : L’Express ]