La direction de France Soir, au bord de la faillite, a annoncé vendredi en comité d’entreprise vouloir abandonner sa version papier en décembre pour se limiter au seul web, supprimant au passage les trois quarts des emplois, ce qui a provoqué un tollé syndical.

Plus de trois cents manifestants s’étaient rassemblés vendredi matin devant le siège, avenue des Champs-Elysées à Paris. A cette occasion, plusieurs syndicats du secteur ont dénoncé la violente crise qui frappe plusieurs quotidiens français. Selon les derniers chiffres avancés par des représentants au CE de France Soir, sur un effectif total dépassant 140 personnes (pigistes compris), la direction propose 89 licenciements. L’objectif est de garder une rédaction web de 32 journalistes. Les salariés ont décidé de ne pas sortir le journal daté samedi.

Plombé par des pertes abyssales, le titre historique, relancé à grand frais en 2010 par le jeune milliardaire Alexander Pougatchev, fils d’un oligarque russe, n’a pas atteint les objectifs ambitieux qu’affichait son repreneur.

“Ineluctable”

La direction de France Soir, après avoir annoncé vendredi la fin de la version papier du quotidien en décembre, a jugé “inéluctable” ce passage au 100% numérique, disant tabler sur un retour à l’équilibre d’exploitation en 2015. “En devançant une évolution qui est désormais inéluctable et en concentrant ses équipes et ses moyens sur un projet tout numérique, France Soir se donne les moyens de se développer
dans un secteur qui offre des perspectives de croissance”, selon un communiqué.

“France Soir peut s’appuyer sur les performances de son site internet dont l’audience, à plus de 3,2 millions de VU (visiteurs uniques) en moyenne par mois, a été multipliée par quatre”, a ajouté la direction, sans préciser sur quelle période. Selon le secrétaire du Comité d’entreprise, Stéphane Paturey, ce projet de passage au tout digital “s’appuie sur des éléments fantaisistes et infondés. Une audience internet qui, par magie, serait multipliée par deux en quatre ans pendant que le chiffre d’affaires publicitaire s’envolerait de façon exponentielle, passant de 300.000 euros environ cette année à 1,2 million l’an prochain puis à 4,8 millions dans quatre ans”, a ajouté M. Paturey, soulignant que les salariés “se battraient pour sauver le titre”.

(afp)