Le succès plus que mitigé aux Etats-Unis de la Google TV, un appareil permettant de relier télévision et internet, ne décourage décidément pas le géant californien de miser très gros sur l’audiovisuel. La Google TV, dont les ventes ne parviennent pas à décoller, a été développée par Google avec Sony et Logitech. Durant l’été, Logitech a été contraint de diviser par trois le prix de son appareil, vendu à l’origine pour 299 dollars.

Mais Google n’envisage pas de jeter l’éponge. S’adressant au gratin de la télévision britannique, lors d’une conférence le 26 août dernier à Edimbourg, le président de Google, Eric Schmidt, a indiqué que la Google TV serait vraisemblablement disponible en Europe début 2012.

Et il a profité de l’occasion pour faire la leçon aux professionnels de la télé, qui voient d’un très mauvais œil Google s’attaquer sans vergogne à leur marché publicitaire.

Malgré les statistiques qui montrent que les adultes consacrent infiniment plus de temps à regarder la télé qu’à surfer sur le web, il a expliqué que le monde des radiodiffuseurs prenait des risques en ignorant l’internet « qui est essentiel pour le futur de la télévision », qu’il rend « plus personnalisée, plus participative et plus pertinente ».

Pour appuyer sa thèse, Eric Schmidt trace un parallèle entre la télévision que Google veut promouvoir et les recommandations que l’on trouve sur Amazon ou Netflix, un service de vidéos à la demande et de prêt de DVD par correspondance. Près de 60 % des locations de films chez Netflix sont le résultat des recommandations affichées sur le site et générées par de savants processus informatiques, basés sur les données des utilisateurs. Il entrevoit un futur télévisé où les habitudes de consommation, les choix d’émissions et les interactions sociales au sein de la communauté des téléspectateurs serviront à définir le plus finement possible les envies de chacun. « Plus vous regarderez et partagerez, plus le système sera capable de prédire correctement ce qui vous conviendra », lance en substance Eric Schmidt, pour qui les grilles de programmes figées ont fait leur temps.

Il a également reconnu que le traitement d’immenses quantités de données, nécessaire pour rendre possible cette personnalisation à l’extrême de la télévision, poserait inévitablement des questions relatives à la vie privée « qui sont importantes même si elles ne sont pas nouvelles ».

ALAIN JENNOTTE