Microsoft joue l'audace et donne de la voix

Décidément, Microsoft, qui traîne depuis des années une réputation d’entreprise ringarde et hors du coup (inutile de vous rappeler les épisodes Mac vs PC), a décidé de jouer les gros bras depuis quelques mois: la sortie de l’inattendu Windows Phone 7 – qui, sans juger du succès final, a le mérite d’innover sur plusieurs aspects -, l’alliance controversée avec le géant essoufflé de la téléphonie mobile Nokia et, cette semaine, le rachat de Skype.

Chaque semaine, Geeko se penche sur un sujet ayant fait l’actualité tech, l’analyse, le décrypte. Chronique.

Alors qu’on attendait Google ou Facebook, c’est donc Microsoft qui a raflé la mise. Et pour un petit pactole: 8,5 milliards de dollars. La plus grosse acquisition de Microsoft et, de l’avis de plusieurs observateurs, un montant hors norme pour une entreprise qui affiche un chiffre d’affaires annuel dix fois moindre et… des pertes nettes en 2009 et 2010.

Une idée saugrenue ?

Pourquoi alors Microsoft a-t-il sorti autant de cash pour acquérir le leader mondial de téléphonie internet ? Premièrement, pour “accélérer les plans de développement de l’entreprise”, dit-on en choeur chez les deux protagonistes. Comprenez: Microsoft a l’intention de décliner Skype sur toutes ses plateformes, de ses services de communication (MSN, Hotmail, Outlook,…) à son nouveau système d’exploitation mobile en passant par… votre salon et sa console Xbox.

Concernant l’application mobile, Microsoft réalise sans doute un coup double: une meilleure intégration de Skype sur les téléphones équipés de Windows Phone 7 (voire une installation automatique sur la prochaine génération des téléphones Nokia, comme le parient certains analystes ?) et une présence garantie sur les plateformes de ses concurrents (Android, iPhone, BlackBerry).

Avec Skype, Microsoft s’offre de facto une alternative crédible et reconnue des utilisateurs à Google Voice et Apple Facetime sur WP7. “Skype est une marque incroyable, adorée par des millions de gens dans le monde, c’est même devenu un verbe” a déclaré, enthousiaste, Steve Ballmer. Et en face, les concurrents peuvent difficilement décider de se passer de Skype pour éviter d’embarquer un produit copyrighté Microsoft sur ses téléphones…

Mais Skype va aussi faire irruption dans votre salon. Contrairement à Google ou Facebook, Microsoft a investi le foyer avec sa console Xbox. La combinaison entre la Xbox – et son nouveau capteur Kinect, d’ailleurs – et les technologies Skype ouvre des perspectives saluées par bon nombre d’analystes. La vidéoconférence via la télévision, une technologie jusqu’ici confidentielle, trouve ici un terrain fertile pour se développer.

Trop cher ?

Reste le prix. Comme dans toutes les acquisitions du genre, la question du prix alimente toutes les conversations. Le prix payé est-il trop élevé ? La Bourse a en tout cas sanctionné le rachat avec une chute de l’action de Microsoft. “Cela n’a aucun sens en terme d’investissement financier”, a estimé un analyste de Forrester. “Skype ne génèrera jamais suffisamment de chiffre d’affaires et de bénéfice pour que le coût de l’acquisition soit compensé”.

Sanctionné pour avoir osé ? L’innovation, c’est un mot qui colle désormais mieux à Apple, Facebook ou Google. L’entreprise de Redmond doit faire des choix audacieux pour rattraper le train d’enfer imprimé par ses concurrents. Dans cette perspective, le rachat de Skype semble, stratégiquement, à la fois risqué et riche de promesses. Mais, comme le dit le SeaBoard Group, “on n’en aura pas la réponse avant trois ou quatre ans”. A suivre, donc…