«Les dangers sont nombreux»

L’analyse de Frédéric Donck, directeur du bureau européen de l’Internet Society

Militant depuis 1992 pour un Internet ouvert, l’Internet Society (ISOC) observe de près la polémique actuelle. Le point de vue du directeur de son bureau européen.

Internet va-t-il bientôt disparaître?

Frédéric Donck: Je ne serais pas aussi alarmiste que Tim Berners-Lee. Mais les gens doivent se rendre compte qu’Internet n’est pas donné et garanti. Il faut se battre pour qu’il continue à exister de manière ouverte et accessible pour tous. Les dangers sont nombreux: il y a des gouvernements proches, en France, en Angleterre et ailleurs, qui veulent filtrer le contenu. Ou pire, comme en Egypte, qui réussissent à débrancher leur pays du reste du monde. Avec l’affaire WikiLeaks, des gouvernements bloquent des sites à des fins politiques. Nous voyons aussi des opérateurs qui violent le principe de neutralité d’Internet en favorisant leur contenu et en en bloquant d’autres.

– Que pensez-vous du risque que fait planer l’essor des magasins d’applications?

– C’est une menace réelle: des sociétés imposent des jardins clôturés soi-disant pour le bien des utilisateurs. Or ce n’est plus Internet, mais seulement une partie de celui-ci qui est ainsi accessible. Cette fragmentation peut faire peur. Car l’on peut imaginer que, rapidement, des internautes ne puissent plus découvrir ce qui se fait ailleurs, ou restent prisonniers dans un environnement d’applications.
Et qu’en plus ils ne puissent plus communiquer avec des internautes utilisant d’autres plates­formes. Internet serait ainsi compo­sé de plusieurs îlots indépendants, ce qui serait désastreux.

– Pourquoi?

Car le principe d’Internet est que les données doivent pouvoir circuler librement et n’importe où. Si cela ne se passe plus ainsi, si chacun a une vision biaisée d’Internet, alors la capacité d’innovation faiblira et le principe fondamental de liberté s’estompera.

– Mais l’on constate que les systèmes fermés, tel ceux d’Apple et de Facebook, sont très populaires.

Je ne veux pas désigner de sociétés en particulier. Mais je constate que les systèmes basés sur des normes ouvertes pour téléphones progressent plus vite que les autres. Que notamment les développeurs d’applications préfèrent ces systèmes. Et enfin que, dans ce secteur, tout peut changer extrêmement rapidement.

– Quelle est la marge de manœuvre de l’Internet Society?

Notre mission consiste à sensibiliser les acteurs majeurs des bénéfices d’un Internet ouvert. Nous avons ainsi réussi à mettre autour de la même table des opérateurs et des fournisseurs de services américains pour qu’ils ré­fléchissent à des solutions communes pour les partages de fichiers sur Internet. Nous parlons aussi aux gouvernements.

Propos recueillis par A. S.

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